Rolex Paris Masters - Bercy, c'est fini et ça fait bizarre
Publié 04/11/2024 à 13:19 GMT+1
Le tournoi de tennis de Bercy était né en 1986 avec le sacre de Boris Becker. Devenu le Masters 1000 de Paris-Bercy, puis le Rolex Paris Masters, il s'est achevé avec la victoire d'un autre Allemand, Alexander Zverev. La boucle est bouclée. L'épreuve va perdurer, mais elle quitte Bercy pour La Défense. Le tennis enterre près de quatre décennies de souvenirs et surtout une âme.
Pioline sur l'après Rolex Paris Masters : "Une nouvelle identité se construira dans un nouveau lieu"
Video credit: Eurosport
Chaque année, à l'issue du Rolex Paris Masters, ou du Masters 1000 de Paris-Bercy, appelez-le comme vous voudrez, le rituel de l'impressionnante machine se mettait en place dès la cérémonie de la finale achevée. Il fallait voir ça. Des dizaines de personnes turbinant dans tous les sens, comme dans un ballet à l 'apparence confuse mais où tout est en réalité parfaitement rodé.
La vitesse et l'efficacité avec laquelle l'ouvrage de démontage du court et des infrastructures se déployait pour faire place nette au prochain évènement à installer à l'Accor Arena, salle multisports par excellence, impressionnait toujours. Dès le dimanche soir à 19h à peine, flottait alors un petit parfum de nostalgie en salle de presse. Mais ce n'était qu'un au revoir et on disait à Bercy, "à l'année prochaine".
Mais cette fois, tout était différent. Après la victoire d'Alexander Zverev contre Ugo Humbert, il y avait dans toute cette machinerie de fin de semaine un aspect définitif. Pas de "see you next year". C'était un adieu à Bercy. Il ne faut jamais dire jamais, mais avant de revoir un court de tennis dans cette salle, il risque de se passer beaucoup, beaucoup de temps. Peut-être qu'un jour, la Laver Cup viendra poser ses luxueuses guêtres ici. Ou, pourquoi pas, les ATP Finals. Cela aurait de la gueule. Mais tout ceci n'est pas à l'ordre du jour et jusqu'à preuve du contraire, le tennis et Bercy, c'est fini.
Si l'Accor Arena a vécu bon nombre de pages sportives de légendes en quatre décennies, sans parler des spectacles et des concerts, le tournoi de tennis était devenu un des emblèmes de la pyramide verte. C'était le rendez-vous annuel des vacances de la Toussaint. Celui de l'automne. Le pendant de Roland-Garros au cœur du printemps. Le fan de tennis en France, particulièrement à Paris, est un enfant gâté. Sans doute ne s'en rend-il pas toujours bien compte. La Ville Lumière possède un Grand Chelem et un Masters 1000. Quelle autre ville au monde peut se targuer de ça ? Cherchez bien. Il n'y en a pas d'autre. Londres a eu un temps Wimbledon et le Masters mais ce n'est plus le cas.
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Quelle sera l'ambiance à La Défense ?
Crédit: Getty Images
Tout est à reconstruire
Puis avec Bercy, le tennis à Paris vivait d'une manière différente. Hors de la lumière du jour. Que le soleil inonde Paris ou qu'il pleuve, qu'il fasse 15 degrés ou -5, peu importe. Dans le cœur de l'antre de l'Est, dans la "chaleur de Bercy", comme le disait un des tauliers du lieu, Johnny Halliday, la foule était comme protégée du monde extérieur. Bien sûr, elle le sera aussi à La Défense, à partir de l'année prochaine. Mais l'immense majorité des spectateurs avec lesquels nous avons parlé cette semaine appréhende le déplacement à l'autre bout de la capitale. Parce qu'il y a tout à reconstruire.
Quand on dit "tout", on veut dire une identité, une âme, un lien entre le béton et l'humain, entre le lieu et ceux qui le peuplent, qui le rendent vivant. Bercy était incroyablement vivant quand il était question de tennis. Parce que son public était unique. Bruyant, presque toujours. Enervé parfois. Injuste et excessif de temps à autre. Ses huées. Ses avions en papier, à une époque. Ah, les avions en papier qui virevoltaient dans la salle, parfois jusqu'à tomber sur le court. C'était à la fois insupportable et drôle. Ceux qui l'ont connue s'en souviendront sûrement.
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Forget sur le déménagement de Bercy : "Le problème, ce n'était pas le court central..."
Video credit: Eurosport
On disait "le public de Bercy" parce qu'il était à part, différent. Certains joueurs ont eu du mal avec lui mais, globalement, l'endroit jouissait d'une cote d'amour énorme auprès du circuit. La semaine dernière, la dernière semaine donc, beaucoup de joueurs en ont parlé comme d'une "des plus belles salles du monde". Peut-être y avait-il là une part de convenance avec le grand départ annoncé, mais surtout beaucoup de sincérité.
A l'Arena La Défense, il faudra repartir d'une feuille blanche, ou presque. Le plus grand défi sera de créer une identité propre. "Il y a tout ce qu'on mettra en place, tout ce que l'on sait faire, le show, le spectacle, mais l'ambiance, l'identité, même à Bercy, ça ne s'est pas créé en un ou deux ans", rappelait Cédric Pioline dimanche. Le directeur du Rolex Paris Masters demande donc du temps et de l'indulgence pour La Défense. "Ça va se faire au fil du temps, ajoute-t-il. Mais ça reste un Masters 1000, les meilleurs joueurs du monde seront là et niveau ambiance, regardez la natation lors des Jeux Olympiques, ça donne de l'espoir."
C'est vrai. Alors gardons de l'espoir. Mais c'est comme quitter une maison dans laquelle on a vécu pendant vingt ans. On y a passé son enfance, sa jeunesse, on y a bâti une vie et façonné des souvenirs. Quand on s'en va, même pour une demeure plus spacieuse, le déchirement est là. Un lieu, ce n'est pas qu'un ensemble de béton. Nous le remplissons de ce que nous sommes. Bercy était rempli de ça, rempli de nous, rempli de 39 années de tennis. C'est tout cela qui est abandonné. C'était peut-être nécessaire pour s'adapter aux exigences du tennis moderne. Mais le vide est immense.
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Le dernier héros de Bercy ? Le résumé de l'exploit de Humbert contre Alcaraz
Video credit: Eurosport
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