ATP Pékin - Demi-finales - Jannik Sinner - Alex De Minaur, 10-0 : le tennis et l'enfer de l'incompatibilité

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Jannik Sinner est-il déjà en finale à Pékin ? Mardi, en demie, le numéro 2 mondial affronte Alex de Minaur, face auquel il présente un bilan immaculé : 10 victoires en 10 matches. Pour l'Australien, il s'agit de son propre aveu du "pire matchup" possible. Il y a des joueurs comme ça, face à qui on n'y arrive jamais. De Minaur n'est pas le premier à trouver son Némésis absolu.

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"Personne ne bat Vitas Gerulaitis 17 fois de suite". Vous avez sans doute tous entendu au moins une fois cette phrase du regretté Vitas Gerulaitis, une des plus célèbres tirades de l'histoire du tennis. Il l'avait prononcée après avoir enfin vaincu Jimmy Connors, à sa 17e tentative. Pour l'anecdote, l'Américain avait trouvé pire que "Jimbo" en la personne de son meilleur ami, Björn Borg, face auquel il n'a jamais gagné, s'inclinant… 17 fois en 17 confrontations. Pourtant, des joueurs moins forts que Gerulaitis ont réussi à prendre le dessus un jour sur Borg. Mais telle est la loi infernale des "matchups", générant parfois des incompatibilités non pas d'humeur, mais de jeux.
Presque tout le monde trouve un jour sa kryptonite. Ce n'est pas seulement une affaire de niveau pur et dur. C'est souvent, aussi, et même surtout, une question de matchup. Certains joueurs n'y arrivent pas contre d'autres. Cela se ressent de manière palpable sur le terrain et se traduit dans le bilan commun, le fameux "head to head". Dans ce domaine, personne ne fait mieux, ou plutôt pire, que Gaël Monfils contre Novak Djokovic : 20 matches, 20 défaites. Bien sûr, le niveau intrinsèque joue. "Les gars, c'est Djoko", avait souri le Français.
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Mais il y a autre chose. "Il arrive à me bloquer dans une phase de jeu où je n'arrive plus à trouver de solutions ou à lui poser des problèmes", soulignait-il sur Eurosport il y a quelques mois. "Quand je rentre sur le court, j'y crois, j'ai mon plan, avait ajouté la Monf'. Parfois, j'arrive à lui poser des problèmes. Je lui pose des questions, il n'y répond pas tout de suite, mais une fois qu'il a trouvé la réponse… À l'inverse, je n'ai pas la réponse aux questions que lui me pose." L'aspect psychologique finit aussi par impacter les deux protagonistes, pour le meilleur et pour le pire.

Même Federer…

La liste est longue et les martyrs parfois célèbres. Le 17-0 de Roger Federer contre Mikhail Youzhny. Le même tarif du Suisse contre David Ferrer. Chez les dames, Chris Evert a fini à… 25-0 contre Virginia Ruzici, une lauréate de Roland-Garros, tout de même. La Française Nathalie Tauziat, finaliste à Wimbledon, a quant à elle fait des cauchemars chaque fois qu'elle a dû croiser la route de Steffi Graf, qu'elle n'a jamais battue en 21 duels.
Même un Roger Federer a connu ce phénomène, face à Rafael Nadal. Mats Wilander avait décrypté pour nous en 2017 le "drame" tactique vécu par le Suisse, surtout sur terre battue. "Federer-Nadal, du point de vue de l'incompatibilité tactique, c'est un des pires matchups de tous les temps, avait même estimé le consultant d'Eurosport. Il a une toute petite lacune technique, parce qu'il ne possède pas ce grand revers au-dessus de l'épaule qui aurait pu lui permettre de contrer Nadal sur terre. Mais ce tout petit déficit a engendré un problème tactique insurmontable. Parce que Nadal a le jeu parfait face à un joueur avec ce type de faiblesse."
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Alex de Minaur est, lui aussi, un très bon cas d'étude. Dans la série "pire matchup de l'histoire", l'Australien peut lever le petit doigt pour dire "Moi aussi !". Son cauchemar à lui se nomme Jannik Sinner. 10 défaites en 10 matches et 24 sets à 1. Comme s'il affrontait un clone en plus abouti qui fait tout un petit peu mieux que lui. Alors, avant de croiser l'Italien pour la 11e fois mardi en demi-finale à Pékin, le "Demon" ne doit donc pas être particulièrement confiant et c'est un euphémisme. Pourtant, avant sa tentative précédente, en janvier dernier à l'Open d'Australie, il s'était donné du cœur à l'ouvrage. Il jouait bien, il était chez lui, et il y croyait. Mais sur la Rod Laver Arena, le quart de finale avait viré au carnage : 6-3, 6-2, 6-1.
On y va, on se bat. On essaie tout
À la sortie du court, dépité mais lucide, l'espoir avait laissé place à un certain abattement teinté de fatalisme. "Je vais être complètement honnête et transparent, avait-il soufflé. C'est difficile. En termes de match up, je pense qu'il est probablement le pire adversaire pour moi, et ça se voit dans les confrontations directes. On y va, on se bat. On essaye tout. On adopte toutes les approches possibles. Mais il n'y a pas pire pour moi que de l'affronter. Le bilan chiffré ne ment pas. Si je suis dans une autre partie du tableau, qui sait ? Je pense sincèrement que je pouvais aller plus loin dans ce tournoi. Mais pas contre lui."
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En face, le bourreau éprouve-t-il lui aussi le même sentiment dans le sens inverse ? Une sorte de conviction que tout va bien se passer. Il faut évidemment se prémunir de cette forme de raisonnement. L'automaticité n'existe pas si l'on n'y met pas les ingrédients nécessaires. "J'ai l'impression que chaque match est différent. Parfois, le rythme d'un match peut changer très, très vite. Par exemple, si je me fais breaker au deuxième set, le public s'en mêle et ça peut vite changer, avait pointé Sinner après leur duel en Australie. Je dois toujours m'attendre à quelque chose de différent de sa part. On ne sait jamais à quoi s'attendre à chaque match. Je dois donc être très préparé à chaque éventualité. Aujourd'hui, j'étais prêt."
Mardi, il devra l'être à nouveau. À ce niveau, la confiance est indispensable, son excès un baiser mortel. Même quand on s'appelle Jannik Sinner. Même quand affronte sa victime préférée. De Minaur, lui, va se convaincre que c'est possible, qu'il peut le faire. "Vous savez, ce qui est super avec le tennis, c'est que chaque fois que vous rentrez sur le court, tout le monde est à 0-0", avait-il dit à Melbourne avant de prendre son habituelle raclée. Y croire ne suffit pas. C'est pourtant un préalable indispensable. Allez, haut les cœurs, "Demon".
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