ATP 500 Rotterdam - Daniil Medvedev et le syndrome du blues de la NextGen

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Après son gros gadin australien, Daniil Medvedev reprend la compétition à Rotterdam la semaine prochaine. On le verra ensuite à Marseille. Le Russe a besoin de rebondir, car il accuse clairement le coup depuis plusieurs mois, un peu à l'image d'un Stefanos Tsitsipas. Le vainqueur de l'US Open 2021 est-il encore capable de se réinventer un avenir ?

Daniil Medvedev a perdu sa boussole.

Crédit: Getty Images

Que leur reste-t-il ? A part une poignée de miettes et une tonne de questions. Elle était la NextGen. Celle d'après le Big 3 – Big 4. Celle supposée être peuplée de successeurs. Aujourd'hui, alors qu'elle est encore dans la vingtaine, la force de l'âge et théoriquement celle des ambitions et de leur expression, elle est en train de regarder les trains passer. Les 13 derniers tournois du Grand Chelem ont été gagnés par les vieux de la vieille nés dans les eighties (Rafael Nadal, Novak Djokovic) ou le duo magistral des qui a vu le jour dans les années 2000 (Carlos Alcaraz, Jannik Sinner). La NextGen regarde passer le train et compte les points.
Tous les cas ne se valent pas. Alexander Zverev, en dépit de ses turpitudes finales en Grand Chelem, n'est pas franchement en décrépitude. Certaines de ses limites finales en Grand Chelem continuent d'obstruer son horizon sur la route des étoiles, mais enfin le garçon est numéro 2 mondial et il va plutôt bien. Disons qu'il n'est pas Stefanos Tsitsipas. Ou Daniil Medvedev. Les deux autres principaux fleurons de cette génération.
Le Russe a une chose pour lui. Il a déjà un titre du Grand Chelem. Même s'il a perdu cinq finales majuscules à côté, son sacre à l'US Open en 2021 le place dans un cercle fermé, celui des joueurs nés dans les années 90 figurant au rang des vainqueurs en Grand Chelem. Ils ne sont pas cinquante. Ils ne sont que deux. Dominic Thiem et lui. Personne ne lui enlèvera ça. Il l'a pour toujours. Mais à bientôt 29 ans, il semble en revanche au creux de la vague. On ne le reconnait plus. Depuis un petit moment. Mais le récent Open d'Australie a marqué une étape importante dans sa phase descendante des derniers mois. Il vient même de toucher un point bas.

Spectateur de son propre déclin

Déjà passé près de la catastrophe au premier tour contre le 418e mondial, il a pris la porte au deuxième face au jeune Learner Tien. Sur dur, c'est un véritable accident industriel pour lui. A Melbourne ou New York, il faut remonter à… l'Open d'Australie 2018 pour trouver trace d'une élimination aussi précoce. Il avait 21 ans et n'était encore personne. Un an plus tôt, il s'inclinait en finale au même endroit contre Jannik Sinner après avoir mené deux sets zéro. Le genre de défaite qui fait mal à la tête et au bide, surtout quand ce n'est pas la première fois (coucou Rafa 2022) mais il était encore tout là-haut, dans la discussion. Ce n'est plus le cas.
L'année 2024 a sans doute marqué une césure définitive. Un point de rupture. Ses trois défaites contre Sinner (Australie et US Open) et Alcaraz (Wimbledon) ont fait beaucoup de mal à Daniil Medvedev. C'est un peu comme s'il avait, non pas accepté (encore que) mais intégré que ces deux-là sont désormais devant lui. Loin devant. Il n'est pas le seul. Zverev aussi bute sur le tandem hispano-italien. Sauf que Medvedev, lui, n'est pas en retrait que face à eux. Son problème est bien plus large.
Face à Tien, deux choses ont été frappantes et un peu douloureuses à voir : sa balle ne fait plus mal, elle n'avance plus. Et il ne prend plus l'initiative à l'échange. Il ne propose presque plus rien. Il est devenu passif, presque spectateur de son propre déclin.
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Au bout de la nuit, au bout de lui même : le résumé de l'exploit de Tien face à Medvedev

Video credit: Eurosport

Mais il y a autre chose, même si les deux éléments sont peut-être liés : a-t-il toujours l'envie ? Parce que son épouse venait de donner naissance à leur deuxième enfant, le Moscovite de Monaco est arrivé en Australie sans une préparation adéquate. Peut-être n'est-ce là qu'une impression trompeuse, mais il ne semblait pas totalement concerné. 

A la croisée des chemins

Reviennent alors des mots prononcés après sa laborieuse sa qualification au premier tour. Stefanos Tsitsipas (éliminé d'entrée) venait de s'épancher sur le sentiment qui était le sien d'avoir été un peu écrasé par les exigences de la vie du tennisman. Et lui, Daniil, ressent-il ça par moments ? Sa réponse en disait beaucoup, même si elle est un peu passée inaperçu sur le moment :
"D'une certaine manière, oui, tout le temps. Pas quand tu as 21 ans. Tu voyages, tu adores ça, même sur les challengers. Après, sur le circuit principal, tu as une vie meilleure, plus confortable. Alors tu adores ça. Puis arrive un moment où tu te dis... que ça devient de la routine. Ce n'est pas le bon mot, mais si je prends mon cas, quand j'ai commencé à fonder une famille, c'est devenu parfois beaucoup plus difficile de partir de la maison. Plus tu vas haut, plus tu vises haut, plus tu deviens exigeant avec toi-même. Stefanos a gagné des Masters 1000, le Masters, il a deux ou trois finales de Grand Chelem. Donc dès que tu es un peu dans le dur, comme quand tu perds au premier tour d'un Grand Chelem, c'est dur, très dur."
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Daniil Medvedev après son élimination au 2e tour de l'Open d'Australie

Crédit: Getty Images

Deux jours plus tard c'est lui qui prenait la porte et la fin de sa tirade prenait alors a posteriori l'allure d'un autoportrait. Le blues du tennisman s'apparente parfois à celui du businessman. Surtout s'il émane de la NextGen. Le blues de Zverev n'a pas tout à fait le même parfum que celui de Tsitsipas ou Medvedev, mais ils peuvent tout de même monter un club en ce moment.
Pour entretenir le feu sacré, seule la victoire, ou a minima le sentiment d'avancer, de se rapprocher de ses ambitions et de ses rêves, maintient la motivation et irrigue l'envie dans les veines. C'est peut-être la première fois depuis des années que Daniil Medvedev ressent que quelque chose est en train de lui échapper durablement. Le train avance trop vite pour qu'il accroche le bon wagon.
Pour la première fois depuis près de deux ans, il est sorti du Top 5. Depuis l'été 2019, il n'a passé que trois petites semaines en dehors du Top 10, début 2023. Mais il a de gros points à défendre d'ici la fin mars : demie à Dubaï et à Miami, finale à Indian Wells, soit environ un tiers de son capital actuel. S'il ne retrouve pas la flamme, il pourrait se retrouver entre 10 et 15 à l'issue du premier trimestre. Le classement n'est de toute façon qu'une conséquence. Une illustration de problèmes de fond. Première conséquence, il a décidé de mettre fin à sa collaboration avec Gilles Simon, qui avait intégré son staff il y a près d'un an.
Parce qu'il est un personnage atypique et attachant, parce qu'il est un joueur rare, unique en son genre même, il faut souhaiter que Daniil Medvedev trouve la foi et les solutions pour relever la tête. Mais il est vraiment à la croisée des chemins aujourd'hui.

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