ATP 250 Majorque - Chez Corentin Moutet, le service à la cuillère n'est pas une arme de filou, c'est une arme tout court
Par Laurent Vergne
Mis à jour 26/06/2025 à 11:40 GMT+2
Amuseur ? Provocateur ? Non. Tacticien. Corentin Moutet a encore multiplié les services à la cuillère mercredi lors de son match contre Daniel Altmaier, remporté en deux sets (7-6, 7-6) à Majorque. S'il n'a gagné que 50% des points dans cette configuration, le Français l'a en revanche presque toujours remarquablement délivré. Et il sait l'utiliser au bon moment.
Corentin Moutet a la main verte, et la main habile.
Crédit: Getty Images
Ce n'est pas une arme toujours fatale, mais c'est une arme. Corentin Moutet aime le service à la cuillère, ce n'est ni un scoop ni une nouveauté, mais chez lui, c'est un coup tactique, jamais une manière d'amuser la galerie. Mercredi, lors de sa victoire en huitièmes de finale du tournoi de Majorque contre Daniel Altmaier (7-6, 7-6), le Français a sorti ce service pas moins de six fois.
Quand il le sort, c'est toujours parce qu'il est convaincu que c'est le coup le plus opportun à jouer à l'instant T et que cela lui donne au moins autant si ce n'est davantage de chances de faire le point qu'en claquant une première balle classique. Face à Altmaier, ce choix n'a pas toujours été couronné de succès, puisqu'il a fait le point une fois sur deux. Il l'a gagné trois fois et perdu à trois reprises.
Mais si l'on regarde de près ces six points, impossible de prétendre que Moutet fait n'importe quoi. Au contraire. Dans l'exécution, sa maîtrise est remarquable. Sur ces six services à la cuillère, seul l'avant-dernier est mal touché. Altmaier a alors pu effectuer un retour de coup droit en forme de coup d'attaque et il a fait le point tout de suite derrière. Mais sur tous les autres, il a toujours été contraint de relancer dans des conditions délicates. Sur les 3e et 4e points, il commet d'ailleurs la faute en retour. Sur le premier et le dernier, le mérite lui revient d'avoir négocié une balle rasante et fuyante.
L'adaptation, le maître-mot
Avec un peu moins de vigilance de son adversaire, Corentin Moutet aurait donc très bien pu gagner 4 ou 5 de ses 6 échanges. Il utilise donc bel et bien à bon escient son service à la cuillère. Il sait le masquer et il sait le rendre complexe à maîtriser et à négocier. C'est un coup qu'il travaille et cela se sent. Depuis un match contre Dominic Thiem au challenger de Bordeaux l'année dernière, parce qu'il avait repéré que l'Autrichien se tenait très loin derrière sa ligne de fond, le gaucher tricolore est devenu coutumier du fait.
Que le public aime ça, c'est incontestable (encore qu'il avait été copieusement sifflé lors de l'Open d'Australie au mois de janvier, mais il affrontait Alexei Popyrin, un… Australien, ceci expliquant probablement cela), il cherche à se donner les meilleures chances de faire le point, même si le risque de finir par être catalogué à terme comme un joueur fantasque est réel. Mais peu lui importe, et à raison. Si c'est efficace, pourquoi s'en priver ?
La preuve que Corentin Moutet l'utilise comme une arme tactique ? Au gré des matches et des adversaires, son utilisation du service à la cuillère peut s'avérer beaucoup plus parcimonieuse. Il s'adapte aux circonstances. "Cela dépend vraiment de la position du joueur en face, expliquait-il le mois dernier à Roland-Garros. Contre un joueur qui se tient très près de sa ligne, ce n'est pas le meilleur coup à utiliser. J'essaie de m'adapter."
Face à Altmaier, il a flairé à plusieurs reprises que c'était une option intéressante pour "dézoner" l'Allemand. Le remettra-t-il dans sa palette jeudi en quarts de finale contre le jeune Américain Learner Tien, tombeur de son compatriote et tête de série numéro un, Ben Shelton ? Ce dernier ne pourra en tout cas pas plaider l'effet de surprise. Il sait que Corentin Moutet peut dégainer cette arme à tout moment. Pas pour faire le show, mais pour faire le point.
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