Valentin Vacherot, l'enfant de Monaco qui fait tomber les légendes "locales" comme Novak Djokovic : "Sentir qu'il joue pour Monaco, ça le galvanise"
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 11/10/2025 à 14:18 GMT+2
Né à Monaco et formé au Monte Carlo Country Club, Valentin Vacherot a baigné depuis son enfance au milieu des grands champions, avec lesquels il s'entraîne souvent sur les prestigieux courts de la Principauté. Il y a parfois notamment croisé Novak Djokovic, avant de le dominer en demi-finales du Masters 1000 de Shanghai samedi. Une boucle bouclée... Ou le début d'une histoire invraisemblable.
Deux balles de match pour un exploit XXL : la fin de match de Vacherot face à Djokovic
Video credit: Eurosport
Depuis quelques jours, Monaco est à feu et à sang. On y vit au rythme des exploits insensés de Valentin Vacherot, devenu à Shanghai le premier enfant du pays – et le joueur le plus mal classé de l'histoire (204e mondial) – à se hisser en finale d'un Masters 1 000, après avoir battu ce samedi la légende Novak Djokovic.
Le Prince Albert, grand fan de sport et de tennis en particulier, est paraît-il en ébullition. Sa petite-cousine Mélanie-Antoinette de Massy, présidente de la Fédération monégasque de tennis et du Monte-Carlo Country Club, a pris fissa un avion pour la Chine. La tranquille Principauté est en état d'alerte générale.
Ce match Vacherot - Djoko, c'était plus qu'un match. C'est un casino royal, pratiquement. Monaco avait bien sorti quelques champions jusque-là, au premier rang desquels le demi-frère et entraîneur de Valentin (Benjamin Balleret), huitième de finaliste au tournoi de Monte Carlo en 2006. Ou le père de ce dernier, Bernard, 310e mondial en 1976 et enseignant bien connu au MCCC, où il a formé son beau-fils jusqu'à ses 16 ans. Voire encore les deux joueurs de double Hugo Nys et Romain Arneodo, qui figurent parmi les meilleurs mondiaux de la discipline. Mais Vacherot est en train d'établir des standards à des hauteurs encore jamais vues sur le Rocher.
Il y avait le Masters 1000 de Monte-Carlo, il y aura aussi Valentin Vacherot maintenant
Jusqu'à présent, on connaissait plutôt Monaco la terre d'accueil de grands champions, attirés par le climat propice de la Riviera et, accessoirement, par sa fiscalité avantageuse. Valentin Vacherot, qui est né à Monaco et qui y a toujours été basé en dehors de ses trois années universitaires passées au Texas, les côtoie depuis son enfance, dans le cadre idyllique du Country Club. D'abord dans les pattes de son frangin et idole d'enfance, Benjamin Balleret. Et aujourd'hui en tant que joueur professionnel lui-même, désormais membre à part entière de l'élite puisqu'il fera quoi qu'il arrive, lundi, son entrée dans le top 60.
Hôte d'un des plus grands tournois au monde et du siège Europe de l'ATP, Monaco est, depuis longtemps, une enclave incontournable du tennis. On peut y croiser aujourd'hui, entre deux plages de tournois, la plupart des joueurs italiens (Sinner, Musetti, Berrettini…), mais aussi Medvedev, Wawrinka, Dimitrov, Tsitsipas, de Minaur, Bublik ou encore Rune. Autant de joueurs qui, au gré de leurs passages, sont des partenaires d'entraînement réguliers pour Valentin. Et quand ils ne sont pas là, de jeunes espoirs locaux, comme Lenny Petit, ou issus d'académies voisines, notamment bien sûr l'académie Mouratoglou ou celle de Jean-René Lisnard à Cannes, sont prêts à lui donner la réplique.
C'est là, dans cet Eldorado au vivier sans fin, que Valentin Vacherot s'est construit. Son capitaine de Coupe Davis, Guillaume Couillard, y a notamment croisé jeudi, sur un court d'entraînement, Grigor Dimitrov. Parmi la pléiade de joueurs résidant sur place, le Bulgare est un de ceux qui connaît le mieux la nouvelle attraction monégasque : il a souvent tapé la balle avec lui, et (pas si facilement) deux fois à Monte Carlo, cette année et l'an dernier.
"Du coup, il est hyper intéressé par son parcours et quand je l'ai croisé, il venait de regarder son match contre Rune (jeudi), raconte Couillard, qui s'était signalé en 2013 en disputant… face à Benjamin Balleret le plus long tie break de l'histoire (36-34 !) à l'occasion d'un Future en Floride. Il est impressionné par sa solidité physique sur ce tournoi, là où on voit beaucoup de joueurs "exploser". Il a aussi trouvé que Rune avait mal joué le coup tactiquement, en ne variant pas suffisamment le jeu. C'est vrai que Valentin, quand on lui joue en cadence à hauteur de hanche, c'est un roc. Le souci, c'est que Djokovic n'est pas mal non plus dans ce domaine…"
Novak Djokovic, parlons-en. L'homme aux 24 Grands Chelems, qui était donc l'adversaire de Valentin Vacherot en demie, est lui aussi une figure de la Principauté, où il possède toujours une propriété. "Mais il y est beaucoup moins depuis le Covid, c'est la raison pour laquelle Valentin s'est moins entraîné avec lui qu'avec d'autres, témoigne Guillaume Couillard. En revanche, il l'a souvent côtoyé, que ce soit à la salle de gym, au restaurant, ou à l'occasion de parties de foot ou de golf. Car son frère, Benjamin, était assez proche de Novak. D'ailleurs, ça peut être un vrai avantage avant de l'affronter."
En côtoyant ces joueurs-là, Valentin a pu mesurer la qualité de leurs entraînements. Mais il a aussi pu réaliser que ce sont des humains avant tout.
Jusqu'alors, peu importe son adversaire, quelque chose a transpiré chez Valentin Vacherot au fil de ses pérégrinations chinoises : une forme de décomplexion, de tranquille assurance. Il fallait avoir une bonne dose de confiance en soi, tout de même, pour décocher cet énorme passing de revers croisé en bout de course à 4-4 au tie break du deuxième set contre Holger Rune. Surtout de la part d'un joueur qui n'a encore jamais figuré dans le top 100. Mais s'il ne l'avait pas encore vraiment prouvé, Valentin n'a jamais douté de son appartenance à ce grand monde dans lequel il baigne depuis toujours. Le syndrome de l'imposteur ? Très peu pour lui.
"Le fait de côtoyer des stars à l'entraînement, c'est une vraie chance car ça aide à les désacraliser, poursuit Guillaume Couillard. Quand tu rencontres une légende, la première fois, tu la regardes avec des yeux d'enfant. Mais au bout de la cinquantième fois, tu la vois avant tout comme une personne normale. En côtoyant ces joueurs-là, Valentin a pu mesurer la qualité de leurs entraînements. Mais il a aussi pu réaliser que ce sont des humains avant tout, avec des jours où ils sont moins bien, des jours où la machine se grippe. Je crois que ça lui a beaucoup servi. Aujourd'hui, peu importe qui il a en face, il déroule sa partition."
Le conte de Monte-Carlo, d'autant plus extraordinaire que partagé en famille avec Arthur Rinderknech, aurait pu, pourtant, ne jamais exister. Car les parents de Valentin, eux, sont Français – basés à Roquebrune-Cap-Martin, qui est sur le plan cadastral la ville dans laquelle est implanté le Monte Carlo Country Club. Et il aurait très bien pu, lui aussi, choisir la France. "Mais il a choisi naturellement Monaco car c'est son pays de cœur et la Fédération monégasque l'a beaucoup aidé, souligne sa maman, Nadine, qui est pour sa part une ancienne cadre technique de la FFT, et qui est par ailleurs la sœur de Virginie Paquet, maman de Rinderknech et elle-même ancienne joueuse.
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Valentin Vacherot lors d'un entraînement partagé en 2022 avec Novak Djokovic à Monte Carlo (DR)
Crédit: Eurosport
Depuis 2021 et son retour des Etats-Unis, Valentin Vacherot est donc devenu un pilier de l'équipe monégasque de Coupe Davis. "Notre leader sportif, mais pas forcément le leader de vestiaire car nos deux joueurs de double sont plus expérimentés, tout comme Benjamin Balleret qui, à 42 ans, nous dépanne parfois encore en simple, développe l'heureux capitaine de cette équipe évoluant dans le Groupe Mondial 2. Mais l'avantage avec Valentin, c'est que c'est un énorme "matcheur". Les jours précédents notre dernière rencontre contre Chypre, il était catastrophique à l'entraînement, mais on ne s'inquiétait pas : on sait qu'en match, il hausse toujours son niveau. C'est une grande qualité."
Une qualité boostée par l'effet de groupe dont Valentin s'est toujours nourri, que ce soit lors de son épopée américaine partagée aux côtés de son fameux cousin, ou, aujourd'hui, en Coupe Davis. Assez loin de l'image privilégiée qu'il lui arrive de renvoyer, le clan monégasque cultive avant tout un fort sentiment d'appartenance identitaire. Sentiment que l'explosion de Valentin, forcément, contribue à souder.
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Monte-Carlo, tournoi menacé par l'ATP ? "On ne le voit pas passer sur dur"
Video credit: Eurosport
"À Monaco, on fonctionne vraiment comme une grande famille, poursuit encore Guillaume Couillard. On est tous très amis en dehors. On a un groupe WhatsApp qui fonctionne à longueur d'année. Lors de la victoire de "Val" contre Rune, les mecs se sont filmés en train d'éclater de joie devant la télé du club, et on lui a envoyé la vidéo. Je sais que ça le transcende. Valentin, c'est vraiment un joueur d'équipe et il a le cœur rouge et blanc. Le fait de sentir qu'il joue pour Monaco, ça le galvanise, vous n'avez même pas idée à quel point."
Et cela a suffi pour créer un exploit hors de ce monde face à Novak Djokovic. Vacherot aurait pu commencer à considérer que son tournoi était "fait". Ou commencer à piocher physiquement, après une campagne entamée en qualifications et marquée par trois matches en trois sets.
Il a déjà montré qu'il avait le niveau pour être dans les 50, voire mieux.
Quoi que c'est peut-être là, dans le domaine physique, que Vacherot impressionne le plus ses proches. "Je ne suis pas tellement surpris par son tennis, il a déjà montré qu'il avait le niveau pour être dans les 50, voire mieux, et il y serait peut-être déjà s'il ne s'était pas blessé, souligne Bernard Balleret qui, plus jeune, s'est épuisé plus d'une fois, lui aussi, à jouer les sparring-partners pour Björn Borg, l'une des premières grandes stars du tennis à élire domicile à Monaco. Quand je l'entraînais, le souci, c'était plutôt le déplacement. Mais il a fait un gros travail avec Benjamin." "Et puis, contrairement aux autres, il ne craint pas l'humidité. Ça doit être l'air du Sud et de la mer !", renchérit pour sa part sa maman.
Fatigue ou pas, légende en face ou pas, Valentin Vacherot pourra en tout cas compter sur le soutien massif de tout un Etat derrière lui. Un exploit lui permettrait sûrement de rejoindre le pilote de Formule 1 Charles Leclerc dans la catégorie honorifique des sportifs individuels les plus adulés de la Principauté. Et si ce n'est pas pour demain après sa finale, ce sera peut-être pour plus tard. Car à 26 ans, Valentin Vacherot semble encore au pied du Rocher. Et suffisamment bien harnaché pour pouvoir poursuivre son ascension monacale.
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