Retraite - Dominic Thiem, la coupe à moitié pleine

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C'est l'heure de la retraite pour Dominic Thiem. Et celle du bilan. Rares sont les champions qui raccrochent aussi jeune de nos jours. Mais à 31 ans, l'Autrichien n'en pouvait plus. Son corps, surtout, qui l'a lâché il y a maintenant plus de trois ans. Reste une frustration, qui ne doit toutefois pas faire oublier que son titre en Grand Chelem fait plus que compenser ce qu'il n'a pas pu conquérir.

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Ce n'est probablement pas ce qu'il avait imaginé. Prendre sa retraite à tout juste 31 ans, quand d'autres poussent désormais jusqu'à l'approche de la quarantaine ou même au-delà. Et encore. 31 ans comme sortie officielle, mais sa date de péremption physique a été atteinte il y a plus de trois ans. Bien trop jeune. Dominic Thiem a eu le temps d'atteindre le sommet de tout aspirant champion avec une victoire en Grand Chelem mais, d'une certaine manière, tout s'est arrêté là pour lui. Derrière, ce fut la dégringolade, les blessures, la fin inévitable.
L'histoire de l'Autrichien, c'est celle du verre à moitié vide ou à moitié plein. Un gigantesque "oui mais", entre accomplissement majuscule et regrets éternels. Quand la machine a commencé à se dérégler, en 2021, il était tout en haut. Vainqueur en Grand Chelem, numéro 3 mondial, avec la possibilité d'aller encore plus loin. Car son jeu lui permettait de briller quasiment partout, avec le gazon en seul bémol. Sur terre battue, évidemment. Pendant plusieurs années, derrière Rafael Nadal, évidemment hors concours, il était probablement le numéro 2 sur la surface, au coude-à-coude avec Novak Djokovic.
Mais sur dur, il était également devenu un crack. Titre à l'US Open, finale à l'Open d'Australie et au Masters, titre à Indian Wells… Dominic Thiem n'était plus un terrien depuis belle lurette, il était devenu un champion complet. Vu sa capacité à être compétitif partout, on le voyait même aller chercher la place de numéro un mondial, comme Daniil Medvedev le fera après lui. C'était jouable. Il entrait dans la plénitude de son expression physique (en tout cas il était supposé entrer dans cette période...) alors que le Big 3 ne faisait plus, ou moins, une priorité absolue du classement ATP.
J'attends avec impatience le retour à une vie normale
Il y a donc un arrière-goût d'inachevé dans la trajectoire de l'Autrichien, avec cette question en suspens à laquelle personne n'aura jamais de réponse : jusqu'où serait-il allé ? Pouvait-il devenir, au moins provisoirement, le nouveau patron du circuit ? Combien de Grands Chelems aurait-il remporté si son corps l'avait laissé s'épanouir bien au-delà de cette première consécration new-yorkaise ? Ce qui aurait pu être le début de quelque chose a finalement eu valeur de bouquet final.
Les trois dernières années de sa carrière ont été pénibles à vivre et à voir. Physiquement détruit, psychologiquement touché, Dominic Thiem a erré comme une âme en peine. Ce n'est qu'une fois prise la décision, au mois de mars dernier, de mettre un terme à sa carrière à la fin de la saison 2024, qu'il a retrouvé une forme d'apaisement, comme il l'avait expliqué à New York à l'occasion de son dernier US Open.
"Oui, je suis heureux, avait-il alors confié. Ces dernières années ont été épuisantes, à essayer en vain de revenir à mon niveau, mais une fois que j'ai pris la décision cette année en mars, à partir de ce moment, j'ai été content. (…) J'attends avec impatience le retour à une vie normale, le fait d'être à la maison. C'est pourquoi je pense que ce n'est pas si difficile pour moi de m'arrêter, et que je suis vraiment aussi content de ma décision."
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"Pendant deux ans, Thiem a fait partie des tout meilleurs"

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Génération sacrifiée

Mais les points d'interrogation et les points de suspension autour de sa carrière et de son élan coupé net sont sans doute plus simples à digérer grâce à sa victoire à l'US Open. Même si Nadal et Federer n'étaient pas là, même si l'exclusion de Djokovic avait facilité la tâche de tous les autres prétendants, même si ce tournoi reste le plus "glauque" de l'histoire du Grand Chelem puisque le seul à s'être déroulé intégralement à huis clos, Covid-19 oblige, peu importe. Dominic Thiem l'a gagné et personne ne pourra lui enlever le fait de compter parmi les vainqueurs en Grand Chelem.
Il est même presque un miraculé dans cette génération complètement naufragée. Thiem est un des deux joueurs nés dans les années 90 à avoir épinglé un Majeur, l'autre étant Daniil Medvedev, un an après lui, également à l'US Open. A titre de comparaison, 11 joueurs ayant vu le jour dans les années 80 comptent au moins un Grand Chelem et ce malgré l'étourdissante hégémonie du Big 3. Avant eux, et même pendant, certains ont réussi à exister : Marat Safin, Juan Carlos Ferrero, Lleyton Hewitt, Andy Roddick, Stan Wawrinka, Andy Murray, Marin Cilic et Juan Martin Del Potro.
Encore mieux, ils sont 14 nés dans les 70's à faire partie de cette catégorie et les dépositaires des années 2000 sont déjà aussi nombreux que Thiem et Medvedev grâce à Sinner et Alcaraz. On a du mal à imaginer que la liste s'arrête là dans les années à venir. La génération 90 est vraiment à part, et pas dans le bon sens. Alors, plus que des regrets, Dominic Thiem peut se targuer d'être un spécimen rare dans cette ère sacrifiée. Il méritait de faire partie de la caste des vainqueurs en Grand Chelem. Il a saisi sa chance. Il a pris son tour. C'est plus qu'une consolation.
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