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Masters : Alexander Zverev, le week-end qui peut tout changer

Zverev, le week-end qui peut tout changer

Le 19/11/2018 à 09:35Mis à jour Le 19/11/2018 à 11:31

MASTERS - Magistral ce week-end face à Roger Federer puis Novak Djokovic, Alexander Zverev a effectué un grand bond en avant à Londres en remportant le Masters avec la manière. Il lui reste maintenant à passer le cap en Grand Chelem. Mais le Zverev qui abordera 2019 aura désormais des certitudes nouvelles sur lesquelles s'appuyer.

Un vrai coup de maître. A 21 ans, Alexander Zverev est bien loin de l'heure des bilans. Mais si la carrière de la grande tige de Hambourg doit tenir dans les années à venir les promesses de la jeune pousse allemande, il faudra sans doute se souvenir de ce week-end de la mi-novembre. Tout n'aura pas commencé ici, à Londres, mais il y aura probablement un avant et un après Masters 2018. Zverev n'est plus, depuis ce dimanche soir, le joueur qu'il était 48 heures plus tôt. Il est des moments, comme ceux-là, qui vous changent une carrière et un joueur. C'est peut-être (sûrement) un de ces moments que vient de vivre l'Allemand.

Très prosaïquement, il y a donc ce titre, le plus grand de sa carrière jusqu'ici. Le Masters, ce n'est pas le Grand Chelem, et il s'en faut de beaucoup, pour tout un tas de raisons. Mais ce ne sont pas non plus les Masters 1000, où Sascha Zverev avait déjà étalé son talent en quelques occasions. Même s'il a à mes yeux perdu un peu de sa valeur avec la suppression de la finale au meilleur des cinq sets, le tournoi des maîtres garde un prestige certain. Par définition, pour le gagner, il faut battre des joueurs de tout premier plan. Si ce n'est pas le Grand Chelem, c'est potentiellement un formidable marchepied vers des succès plus majeurs encore.

Les limites du précédent Dimitrov

Il y a certes des contre-exemples. Il y a tout juste un an, il était tentant de penser que le sacre londonien de Grigor Dimitrov allait le propulser vers de nouveaux sommets. Ce fut tout le contraire. Pour le Bulgare, le Masters 2017 risque de constituer un sommet, non une étape vers celui-ci. Mais comparaison n'est pas raison.

Si l'issue était identique, le chemin emprunté ne l'était pas. Pour l'emporter, Dimitrov avait battu, dans l'ordre : Thiem, Goffin, Carreno Busta, Sock puis à nouveau Goffin en finale. Avec tout le respect que l'on doit aux victimes nommées ici, c'est incomparable avec ce que Zverev vient d'accomplir en l'espace de 24 heures : battre successivement Roger Federer et Novak Djokovic, en deux sets, en patron.

Le Grand Chelem, la seule épreuve de vérité

La chrysalide Zverev, parfois frustrante ces dix-huit derniers mois, a-t-elle éclos pour de bon ? Il faudra pour cela transposer ce degré de performance sur quinze jours, sur une scène majuscule. Le Grand Chelem reste l'épreuve de vérité ultime pour être un grand champion. En réalité, c'est même la seule. Il n'y a pas, dans le tennis, de grand champion sans grande performance en Grand Chelem. Mais il parait juste et légitime de penser que l'Allemand est mieux armé après ce Masters qu'il ne l'était avant.

L'anomalie, ce n'est pas que Sascha Zverev affiche un bilan maigrichon en Grand Chelem au regard de son potentiel, voire de son classement. L'anomalie, de nos jours, c'est qu'un joueur se soit hissé à 20 ans sur le podium du tennis mondial et s'y soit ancré solidement. Il n'est pas illégitime de dire que, pour un Top 5 depuis maintenant un an et demi, une seule apparition en quart de finale en Grand Chelem est insuffisant. Mais à écouter ou lire certains, Zverev était bon à être enterré. Fini. Un espoir déçu. Il est arrivé si haut si vite que beaucoup ont fini par oublier qu'il n'a encore que 21 ans.

Il avançait à son rythme, et il l'a sacrément accéléré

Ainsi va la croissance des jeunes plantes. Parfois, elles donnent le sentiment de ne pas évoluer puis, d'un seul coup, brutalement, elles poussent. Zverev a probablement davantage grandi en deux jours qu'en un an et demi.

Son tonitruant week-end londonien ne va pas minimiser les attentes autour de sa personne. C'est de bonne guerre. Il lui reste un cap à franchir, et c'est le plus complexe de tous. Physiquement, mentalement, le Grand Chelem, c'est autre chose. Mais avec le jeu qui est le sien et les certitudes qui sont désormais les siennes, il n'y a pas de raison pour qu'Alexander Zverev ne franchisse pas cet obstacle.

En mai 2017, alors qu'il venait de se prendre les pieds dans le tapis dès le 1er tour à Roland-Garros, deux semaines après son premier titre en Masters 1000 à Rome, j'avais évoqué une "crise de croissance". Le mot le plus important, en l'occurrence, était croissance. Pas crise. Zverev a appris de ces échecs, comme il bénéficiera de son couronnement à Londres. La maturation d'un apprenti champion passe autant par des échecs comme celui-ci, et des victoires comme celle-là. Il avançait à son rythme, et il l'a sacrément accéléré. Le temps d'un week-end qui pourrait tout changer.

Alexander Zverev au Masters
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