Jo-Wilfried Tsonga et la Coupe Davis, une frustration pas encore digérée : "On ne voulait pas de moi, c'est tout"
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 18/11/2025 à 20:35 GMT+1
Patron d'académie, propriétaire de tournois, businessman… Depuis sa retraite en 2022, Jo-Wilfried Tsonga se démène sur beaucoup de fronts. Mais pas au sein de l'équipe de France de Coupe Davis, dont les portes lui ont été barrées pour des raisons sur lesquelles l'ancien numéro un français ne souhaite plus polémiquer. Sans pour autant les oublier.
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Video credit: Eurosport
Ils sont aujourd'hui capitaine de Coupe Davis (Paul-Henri Mathieu) ou de Billie Jean King Cup (Alizé Cornet), directrice de Roland-Garros (Amélie Mauresmo) ou directeur du Rolex Paris Masters (Cédric Pioline), membre de la cellule expert (Richard Gasquet) voire capitaine de l'équipe de France masculine de tennis-fauteuil (Yannick Noah). Parmi des dizaines d'autres exemples, ou d'autres fonctions. En général, la machine est bien huilée : la grande famille du tennis français sait faire ce qu'il faut pour reconvertir au mieux ses anciennes gloires, à des postes où elles sont le plus à même de diffuser leur savoir-faire.
Mais il y a aussi des exceptions, et de taille. En l'occurrence, il y a un grand absent cette semaine à Bologne au sein de l'équipe de France de Coupe Davis, qui dispute ce mardi les quarts de finale du "Final 8" face à la Belgique : on veut parler de Jo-Wilfried Tsonga, refusé au poste de capitaine pour lequel il avait candidaté il y a deux ans. Pour des raisons devenues depuis un secret de polichinelle, l'ancien numéro un français est devenu "persona non grata", ou pas loin, au sein de la FFT, en raison de la fraîcheur de ses relations avec son président, Gilles Moretton, qu'il a pu égratigner à plusieurs reprises par le passé.
Inutile de revenir sur la genèse de ces désaccords nés sur fonds de sempiternels conflits larvés entre public et privé, encore moins de compter les points et de déterminer les torts de chacun. Reste plutôt une question de fond, réelle et presque philosophique : la France peut-elle se permettre de se passer des services de celui qui demeure, selon un consensus rarement mis à mal, l'un des deux meilleurs joueurs français de l'ère Open avec Yannick Noah ?
L'énoncé de la question a quelque chose de piégeux, dans le sens où elle peut laisser croire que l'ancien finaliste de l'Open d'Australie (2008) ne joue aucun rôle aujourd'hui dans le tennis français. Ce qui est évidemment faux. Depuis sa retraite en 2022, Jo participe plus qu'activement au développement de son sport, via son académie ou sa société de management.
La vérité, c'est qu'on ne voulait pas de moi
Le mois dernier, à la veille du Rolex Paris Masters, nous avons pu relayer la question au principal intéressé. En commençant par lui rappeler le souvenir douloureux de sa "non nomination" au poste de capitaine de coupe Davis, fin 2023, officiellement pour des questions de conflits d'intérêt qui avaient déjà été reprochés au prédécesseur de Paul-Henri Mathieu, Sébastien Grosjean, lequel avait fini par démissionner pour devenir l'entraîneur d'Arthur Fils.
"Disons que ce que je n'ai pas compris, c'est que l'on vienne me chercher pour me demander si j'étais intéressé par le poste, pour ensuite me dire que ce n'était pas possible en raison de soi-disant conflits d'intérêts, soupire Tsonga, qui avait pourtant assuré vouloir cesser la plupart de ses activités en cas de nomination. C'est comme si une entreprise venait vous chercher pour passer un entretien d'embauche et vous dire au final : 'Ce n'est pas quelqu'un comme vous que l'on cherche.' C'est bizarre, non ? On m'a aussi dit, entre autres raisons, que je n'avais pas mon Diplôme d'Etat. La vérité, c'est qu'on ne voulait pas de moi, c'est tout…"
Il est vrai aussi qu'à l'époque, la nomination de Paul-Henri Mathieu au poste de capitaine de Coupe Davis s'était fait dans un contexte politique tendu. Nicolas Escudé, alors Directeur Technique National, venait d'être mis au placard, poussé à la sortie par l'arrivée d'Ivan Ljubicic qui était finalement devenu quelque temps plus tard responsable du haut niveau… à la place de Paul-Henri Mathieu. On ne trouvera pas grand-monde pour contester la légitimité de ce dernier. Mais Tsonga, dans l'histoire, avait assez peu goûté au fait de se sentir dans la peau d'une boule de flipper ballottée au gré des rebonds de la procédure et de la communication.
Surtout à l'égard d'une maison bleue dont il aura été, sportivement parlant, un taulier pendant de longues années. La quête de la coupe Davis n'est, en effet, pas celle qui l'aura fait le moins rêver, ni celle qui lui aura pris le moins d'énergie au cours de sa fructueuse carrière. Au total, le Manceau a pris part à 22 campagnes – la première en Roumanie en 2008, la dernière en Espagne en 2019 -, pour un total de 39 matches joués et une victoire finalement décrochée en 2017, contre… la Belgique, sous le capitanat de Yannick Noah. Dans l'ère Open, là encore, on ne trouve pas beaucoup de joueurs français affichant un meilleur pedigree sous le maillot national.
tout ce que je veux, c'est le bien du tennis français
Mais le happy-end final de 2017 ne s'est pas fait non plus sans une série de déconvenues qui auront altéré au fil des ans son enthousiasme vis-à-vis de la Coupe Davis. Une épreuve avec laquelle Tsonga aura longtemps entretenu une relation "amour-haine", dont l'épisode actuel n'est finalement qu'un chapitre supplémentaire. À l'inverse d'un Paul-Henri Mathieu qui a toujours été irréprochable dans l'attitude, paierait-il certains épisodes sulfureux du passé ? On pense notamment à ses accrochages avec son capitaine Arnaud Clément, auquel il avait reproché de l'envoyer au charbon alors qu'il était blessé lors de la finale 2014 à Lille contre la Suisse, ou de le faire jouer en double aux côtés de Nicolas Mahut lors du quart de finale en Angleterre en 2015 ?
Les deux hommes s'en sont pourtant expliqués depuis et "la Clé", comme à peu près tous les observateurs, se dit convaincu que Jo ferait un bon capitaine. Et même qu'il le sera un jour, du reste. L'ancien numéro 5 mondial n'a, en tout cas, pas fait une croix dessus. "Si les joueurs veulent un jour que ce soit moi, ils se débrouilleront pour venir me chercher, comme moi je l'ai fait avec Yannick (Noah), estime-t-il. À l'époque, le milieu ne voulait pas de Yannick parce qu'il faisait un peu peur. Pourtant, on l'a gagnée, cette Coupe Davis, et personne n'est venu me dire 'bravo' ensuite. Aujourd'hui, j'ai l'impression que je vis un peu la même chose. Ça fait un moment qu'on me fait comprendre qu'avec moi, c'est compliqué. Alors que tout ce que je veux, c'est le bien du tennis français."
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Yannick Noah et Jo-Wilfried Tsonga côte à côte lors de la finale de Coupe Davis 2018 perdue contre la Croatie.
Crédit: Getty Images
Tsonga, Noah, même combat ? Si tel est le cas, la destinée d'un Tsonga capitaine semble loin d'être improbable. Mais à court terme, sous le règne de Gilles Moretton - qui a été réélu fin 2024 à la tête de la FFT -, elle paraît compliquée, sinon compromise. Déjà, rien n'indique pour l'heure une fin de mandat de Paul-Henri Mathieu. Mais même en cas de grosse contre-performance à Bologne et de remise en question générale, d'autres profils plus compatibles avec le sérail fédéral semblent prioritaires. On pense à celui d'un Richard Gasquet, qui passe actuellement son Diplôme d'Etat aux côtés d'Alizé Cornet, laquelle vient d'être nommée à la tête de l'équipe de France féminine. Entre autres.
Jo-Wilfried Tsonga en a conscience, bien sûr. Et s'il ne souhaite pas (ou plus) polémiquer là-dessus, on devine, à sa manière de revenir sur l'épisode, combien il a pu en être affecté par le passé : "Cela me fait un peu de peine de ne pas être davantage associé à la FFT, car c'est notre maison-mère à tous, et à moi particulièrement, vu mon parcours. Mais ce n'est pas mon Graal non plus. Aujourd'hui, mes différentes activités me suffisent. Moi, ce que je voudrais surtout, c'est que tout le monde œuvre ensemble. Pour l'instant, j'ai l'impression que ce n'est toujours pas le cas." Et demain ?
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