Londres, O² Arena, 19 novembre dernier. En plein Masters, Daniil Medvedev s'invite dans la cour des grands. A 20 ans, il vient de remporter le concours "Young Guns", organisé par Tecnifibre. Pendant plusieurs mois, la marque française a challengé quatre de ses poulains, Medvedev, donc, mais aussi Grégoire Barrère, Omar Jasika et Mitchell Kruger. Le jeune Russe, qui a intégré le Top 100 pour la première fois en fin de saison dernière, est celui qui a le mieux performé. Résultat, une enveloppe de 50000 dollars. "Ça va me permettre de me doter d'une structure, de prendre un physio, d'étoffer mon staff", se réjouit-il alors.
C'est donc dans le cadre de cette "victoire" que Medvedev est présent à Londres. Dans la foulée de Stan Wawrinka, qui vient de perdre contre Kei Nishikori, il tient une conférence de presse. La première, pour lui, dans un cadre si prestigieux. A l'évidence, pour certains, il est encore un inconnu. On lui demande s'il a un lien de parenté avec Dmitri Medvedev, l'ancien président russe. Raté. Ou avec Andrei Medvedev, le finaliste de Roland-Garros. Il esquisse un sourire : "Il est Ukrainien, je suis Russe". Selon toute vraisemblance, il n'aura bientôt plus à répondre à ce type de questions incongrues. Parce qu'il y a une bonne chance pour que tout le monde, d'ici peu, sache vraiment qui il est.
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Il y a un an, Daniil Medvedev pointait au-delà de la 300e place mondiale. Comme la plupart des joueurs de son âge, il a fait ses gammes sur les tournois Futures, puis les challengers. A l'automne dernier, tout s'est accéléré pour lui. Vainqueur en septembre de son premier Challenger, il a surtout commencé à pointer le bout de son nez sur le circuit principal, avec un huitième de finale à Saint-Pétersbourg et un quart à Moscou, battant notamment Viktor Troicki. Résultat, il a achevé la saison à la frontière du Top 100.

Daniil Medvedev, un des grands espoirs du tennis russe.

Crédit: AFP

Azuréen d'adoption

"Je ne pensais pas vraiment au Top 100 mais j'ai vu que je jouais bien et que je pouvais battre des joueurs qui eux, étaient déjà dans le Top 100, nous explique-t-il. J'ai senti qu'ils étaient à ma portée, que j'avais ma place." 2017 a démarré sur des bases plus élevées encore : la semaine dernière, le Russe a atteint sa première finale, à Chennai, où il ne s'est incliné que face à Roberto Bautista Agut. Quand il s'est réveillé lundi matin, Medveved était 65e à l'ATP. "Le prochain objectif, c'est le Top 50, dès cette année. Mais à terme, je veux devenir un joueur régulier dans le Top 10, c'est ma véritable ambition", assure le protégé de Jean-René Lisnard et Gilles Cervara, plutôt en avance sur ses temps de passage.
Si ses entraîneurs sont de nationalité française, c'est parce que le jeune Daniil s'est installé dans le Sud de la France voici maintenant trois ans. "Ma grande sœur a vécu six ans en France et quand j'ai décidé avec ma famille de quitter Moscou pour me lancer vraiment dans une carrière de joueur professionnel, nous avons choisi d'aller chez Jean-René à Nice, raconte-t-il. Nous avions entendu parler de son académie. Depuis que je suis là-bas, tout s'est enchainé, alors je ne regrette pas mon choix". Après un tel bond au classement, il a presque fait le plus dur. Tant de jeunes joueurs plafonnent des années durant dans les Futures et Challengers sans parvenir à émerger, que c'est pour lui un premier soulagement.

Wimbledon, le douloureux souvenir

A Melbourne, la semaine prochaine, il disputera le tout premier tournoi du Grand Chelem de sa carrière. "C'est forcément une étape importante pour moi, confirme le Moscovite. J'aimerais bien passer un tour, peut-être deux. Je pense que je suis prêt. J'en suis certain, même. Mais évidemment, ça dépend du tirage. Si je prends Djokovic au premier tour..." Ce sera nettement plus jouable puisqu'il affrontera l'Américain Ernesto Escobedo, 133e mondial...
A Wimbledon, l'an passé, il avait flirté avec son premier majeur, mais avait calé au dernier tour des qualifications, contre l'improbable Marcus Willis. Le Britannique de 26 ans qui n'avait encore jamais joué sur le grand circuit avait été la belle histoire de l'été, "une des plus belles depuis longtemps dans notre sport", avait jugé Roger Federer, qui avait mis fin au conte de fée au deuxième tour.
A Wimbledon, Daniil Medvedev avait donc le sentiment d'être passé à côté de quelque chose. "J'adore le gazon, c'est ma surface préférée et je pense que c'est peut-être là que je peux obtenir mes meilleurs résultats. Je pensais vraiment entrer dans le grand tableau mais Willis était en feu, et il y avait une ambiance de Coupe Davis. C'était bizarre pour un match de qualifications. Je n'étais pas prêt à ça." "Ça", c'est la gestion de ce type de situations. "Ça", c'est comprendre que le tennis, à ce niveau, n'est pas qu'affaire de technique, mais aussi de psychologie. De maîtrise de soi. Un axe de travail majeur pour le Russe. Son tempérament lui joue encore trop de tours.

Un rêve ? Affronter Federer sur la Rod Laver Arena

Pourtant, à le voir, si posé, si calme, difficile de l'imaginer en ébullition intérieure. Il s'en amuse. "Dans la vie, je ne suis pas vraiment nerveux, dit-il. Quand quelqu'un me cherche, je suis plutôt du genre à ne pas m'emballer à dire 'OK, laisse tomber ce n'est pas grave'. Mais sur le court, c'est vrai, je suis une personne différente. Je suis trop nerveux mais j'essaie de me calmer. J'ai progressé ces derniers temps à ce niveau. Mais parfois, je me laisse encore emporter et ce n'est pas bon."
Il sait aussi que tennistiquement, il lui reste du boulot. Très bon relanceur, doté d'un solide jeu de fond de court, Daniil Medvedev pâtit encore d'une volée plus qu'approximative et d'un service très perfectible. Du haut de son mètre 98, on pourrait s'attendre à le voir descendre ace sur ace. Mais non. "Je dois faire mieux sur mon service, concède-t-il. Je suis encore breaké trop souvent. Si je n'avais pas perdu autant mon service l'année dernière, je serais déjà beaucoup plus haut au classement." Alors il bosse. "Je ne sais pas trop si c'est un problème de puissance, ou de constance, explique-t-il. Le service, c'est une équation difficile à résoudre. Ce sont plein de petits détails, j'essaie de travailler tout ça. Technique, constance, puissance."
L'élève, doué, apprend vite. En témoigne sa courbe de résultats. 2017 pourrait être l'année de la véritable éclosion pour lui. En Australie, il ne fera pas forcément bon le prendre, même si Melbourne arrive sans doute un peu tôt pour celui qui n'a encore jamais joué un match au meilleur des cinq sets. Lui prend les choses comme elles viennent. Pour "l'Australian", il avait un rêve : "j'aimerais affronter Roger Federer sur le central". Rien que ça. Pas de doute, il grandit vite, Daniil.
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