Arthur Fils dans le Top 10, ou l'histoire d'un double paradoxe
Par Laurent Vergne
Mis à jour 28/09/2026 à 21:34 GMT+2
Mi-février, Arthur Fils naviguait encore au-delà de la 40e place au classement. Sept mois plus tard, il intègre pour la première fois le Top 10, barrière symbolique prestigieuse. Une percée d'autant plus remarquable que Fils a été inexistant en Grand Chelem. Autre paradoxe : la France retrouve un Top 10 pour la première fois depuis 2020, au cœur d'une période où elle peine à exister.
Arthur Fils.
Crédit: Getty Images
Les joueurs répètent souvent que le classement les intéresse modérément, qu'il n'est qu'une conséquence du jeu et des résultats. Ils ne mentent pas en clamant et déclamant la chose ainsi, mais ils exagèrent sans doute : le classement, par certains des paliers qu'il place sur le chemin d'une carrière, est un indispensable point de repère. C'est surtout vrai pour trois d'entre eux : l'entrée dans le Top 100, celle dans le Top 10, et l'accession à la place de numéro un, sorte de Graal à part, trophée virtuel mais portant en lui son propre prestige, unique en son genre.
Ce lundi, Arthur Fils intègre pour la première fois de sa carrière le Top 10, un de ces caps essentiels d'une vie de tennis. Ce n'est pas rien, donc, ni pour lui ni pour le tennis français, dont il n'est, comme évoqué par ailleurs, que le 13e représentant à cette hauteur de la hiérarchie depuis la création du classement ATP en 1973. Ce n'est pas rien, non, et c'est aussi un sacré paradoxe, à double titre. Pour le principal intéressé comme pour le tennis tricolore.
Fils, l'anomalie du Top 10
Arthur Fils vient de réussir un tour de force dont on ne sait s'il faut le saluer ou le déplorer, mais c'est un fait établi : le voici membre du Top 10 en ayant remporté en tout et pour tout un match lors des quatre derniers tournois du Grand Chelem. Les quatre Majeurs pèsent 50 points sur son total actuel, qui s'élève à ce 28 septembre à 3150 points, soit 1,6%. Il est presque invraisemblable, pour ne pas dire miraculeux, de se hisser au 9e rang mondial avec un cumul aussi famélique en Grand Chelem. Voici, à titre de comparaison, le pourcentage que pèse le Grand Chelem pour les autres membres du Top 10 :
- Jannik Sinner : 25,9%
- Alexander Zverev : 63,3%
- Carlos Alcaraz : 47,4%
- Ben Shelton : 37,6%
- Félix Auger-Aliassime : 22,1%
- Daniil Medvedev : 13,7%
- Flavio Cobolli : 49,1%
- Frances Tiafoe : 35,5%
- Alex de Minaur : 23,8%
Arthur Fils apparait donc clairement comme un cas à part. Une anomalie, même. On peut approcher cet état de fait de plusieurs manières, plus ou moins positives. La version sombre consisterait à dire que le numéro un français est fort dans les moments "faibles" et faible dans les moments forts, quand cela compte vraiment. Si on considère que le Grand Chelem constitue l'Alpha et l'Omega du tennis et que le reste compte peu ou pas, alors Fils est un joueur absent des débats les plus importants.
Mais on pourra tout aussi bien y déceler la gigantesque marge de progression qui est la sienne. Franchir le seuil des 10 premiers mondiaux sans exister en Grand Chelem, c'est très fort et cela en dit long sur sa constance par ailleurs. Après tout, on peut se dire qu'il est plus probable qu'il progresse en Grand Chelem que de le voir régresser ailleurs. Auquel cas le ciel deviendrait la limite pour Arthur Fils.
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"Fils a en lui des quarts de finale et des demi-finales de Grand Chelem"
Video credit: Eurosport
Cet autre sport où les Bleus n'existent pas
Ce paradoxe-là se double d'un autre, plus collectif : le tennis français retrouve donc une place dans le Top 10 à l'heure où il traverse un désert plus long et aride que jamais. Le Grand Chelem, encore et toujours. Arthur Fils n'est pas le seul à cafouiller dans les principaux rendez-vous du circuit. La faillite tricolore est globale, avec bientôt cinq années d'absence chez les hommes en quarts de finale à l'Open d'Australie, Roland-Garros, Wimbledon et l'US Open. Dans le même temps, les filles, elles, ont vécu deux demies, sans jouir du même vivier au plus haut niveau. Or, si le tennis vit en dehors du Grand Chelem (après tout, ce ne sont "que" huit semaines dans l'année), c'est là que s'écrivent à la fois l'histoire de ce sport et le destin de ses protagonistes.
C'est donc au moment où il semble le plus à la peine que le tennis masculin français retrouve une forme de mise en avant inédite pour lui depuis 2020. Derrière ce constat, qu'il concerne Arthur Fils ou l'ensemble de ses collègues, une question se fait jour : le Grand Chelem, avec son format au meilleur des cinq sets, est-il devenu trop grand pour les Bleus ? Les trois sets gagnants, c'est un autre sport. Dans ce sport-là, ils n'existent plus pour le moment.
Ce n'est pas le cas ailleurs. Prenez les Masters 1000. En moins de deux ans, la France y a décroché un titre, son premier depuis plus de dix ans, via Arthur Fils, décroché deux autres finales (Arthur Rinderknech à Shanghai en 2025 et Ugo Humbert à Bercy en 2024) ou une demie surprise (Térence Atmane à Cincinnati l'an passé). Et tout ça avec des joueurs différents, des jeunes, des moins jeunes et dans des contextes variés. Et cela, c'est prometteur. Le signe d'une certaine vitalité, même. Il est tout de même regrettable qu'un tel potentiel se désagrège à ce point quand arrive le Grand Chelem. Mais on l'aura compris, la France et son tennis ne sont plus à un paradoxe près.
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"Le bilan est faible mais il n'y a jamais eu autant d'attente autour du tennis français"
Video credit: Eurosport
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