Il n'y aura sans doute pas d'autre occasion de ce type. Si près de conquérir le Grand Chelem, un exploit que personne n'a réalisé depuis Rod Laver en 1969, et en même temps si loin vu l'ampleur de sa défaite en finale face à Daniil Medvedev (6-4, 6-4, 6-4). C'est tout le paradoxe incarné par Novak Djokovic dimanche dernier sur le court Arthur-Ashe, les yeux embués par les larmes, le plateau de finaliste entre les mains. En un peu plus de deux heures, il aura vu son rêve lui échapper dans une partie qu'il n'a jamais pu maîtriser, lui qui avait pourtant incarné le contrôle quasi-parfait lors des 27 étapes précédentes de son aventure extraordinaire qui l'a mené de Melbourne à New York en 2021.
Contrôle de ses adversaires, de son jeu, de la distance des cinq sets et l'aura d'invincibilité qui lui est attachée. Et pourtant, Djokovic n'a finalement pu résister au poids de l'enjeu. Tout a volé en éclats. Une question s'impose désormais : comment s'en relever ? Pour le commun des mortels, le problème n'est pas loin d'être insoluble car mentalement, le coup est trop rude. Mais s'il a finalement cédé dimanche, le numéro 1 mondial n'en demeure pas moins un champion hors normes. Et comme les rares sportifs de sa dimension, l'art du rebond pour filer la métaphore tennistique n'a pas de secrets pour lui.
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En tennis, on apprend très vite à tourner la page
Malgré ses pleurs et son immense déception, le numéro 1 mondial ne disait pas autre chose en conférence de presse. "Bien sûr, j'ai buté sur la dernière marche, mais je dois être fier de tout ce que nous avons accompli cette année avec mon équipe. Et dans le tennis, on apprend très vite à tourner la page. Très bientôt, il y aura d'autres défis, d'autres choses qui viendront. J'ai appris à surmonter ce genre de défaites dures en finale de Grand Chelem (11 sur 31 désormais, NDLR). Celles qui font le plus mal. J'essaierai d'en tirer des leçons pour être plus fort et continuer. J'adore encore ce sport, et je me sens bien sur le court. Tant que j'aurai la motivation et ce don, je resterai en piste."
Selon toute vraisemblance, Djokovic aura besoin de temps pour se remettre de ses émotions. Mais l'échec a ceci de paradoxal qu'il peut constituer un puissant moteur. Qui sait ce qu'il serait advenu si le Serbe avait effectivement rejoint Laver dans la légende du jeu ? En réalisant le Grand Chelem, il se serait certes imposé définitivement comme le joueur de sa génération voire comme le fameux "GOAT" ("greatest of all time", meilleur de tous les temps) dans l'esprit de la majorité. Mais après le monument, le grand vide se fait souvent. Djokovic l'avait d'ailleurs expérimenté d'une certaine manière en accomplissant le Grand Chelem sur deux ans à Roland-Garros en 2016.
Il lui avait fallu alors près de deux saisons pour s'en remettre. S'il avait réalisé dimanche le Grand Chelem calendaire, il aurait presque pu arrêter sa carrière sur cet exploit hors du commun. Sans doute ne l'aurait-il pas fait (nous ne le saurons jamais), mais repartir au combat en 2022 n'aurait pas été si évident. Car le numéro 1 mondial fonctionne avant tout en se fixant de nouveaux objectifs. Or, au-dessus du Grand Chelem, il n'y a rien, absolument rien. L'avoir raté de si peu est aussi déchirant que rageant. La question est désormais de savoir ce qui va l'emporter : la déception indicible ou la rage de vaincre de l'animal blessé ?

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Le Grand Chelem l'aurait peut-être rassasié, l'animal blessé aura faim

Sur le sujet, Dominic Thiem, actuellement éloigné des courts à cause d'une blessure au poignet, a sa petite idée. "Il a toujours cet objectif de remporter un 21e Grand Chelem pour être le seul à l'avoir fait. Je m'attends à ce qu'il soit plus fort que jamais en 2022. Depuis qu'il a gagné Roland, tout le monde ne parlait que du Grand Chelem doré potentiel, puis du Grand Chelem tout court. Donc c'est possible que ça le rende encore plus fort l'année prochaine, quand il sera débarrassé de toute cette pression et de toutes les discussions autour de ça", a-t-il estimé.
Pour le côtoyer depuis longtemps sur le circuit, l'Autrichien connaît son Djokovic illustré sur le bout des doigts. C'est souvent dans l'adversité que le numéro 1 mondial sort son meilleur tennis. Après des K.-O. d'une violence parfois absolue, comme lors de la finale de Roland-Garros 2020 face à Rafael Nadal (défaite 6-0, 6-2, 7-5, NDLR), il s'est souvent relevé de manière spectaculaire, sa saison 2021 l'a prouvé de la plus belle des manières.
L'ex-champion suédois Mats Wilander, lui-même auteur d'un petit Chelem en 1988, partage d'ailleurs l'avis de Thiem. "Je suis sûr que Novak ne va pas vouloir en rester là. Je l'imagine bien prendre quelques semaines off pour se ressourcer, puis s'entraîner comme un animal pendant quatre mois pour fondre sur l'Open d'Australie. Ce sera pour lui un nouveau départ", a-t-il considéré dans sa chronique à L'Equipe.

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Prolonger sa carrière pour mettre Federer et Nadal définitivement dans les rétros

A Melbourne, Djokovic pourra d'ailleurs se fixer un double objectif qui aura une certaine allure : dépasser ses rivaux Rafael Nadal et Roger Federer au nombre de Majeurs, tout en s'adjugeant sa "décima" aux Antipodes. On a vu pire comme source de motivation. "C'est toujours bien, quel que soit le niveau qu'on a, d'avoir un objectif à atteindre. Il doit être très frustré, parce que c'était le moment de faire le Grand Chelem, et il doit être déçu d'avoir manqué ce rendez-vous. Mais ça lui redonne du boulot finalement", abonde Camille Pin.
"Sur ce petit détail-là, un peu comme Serena en 2015, qui était pourtant aussi la joueuse dominante mentalement, il n'y est pas arrivé. Il est passé à côté, ce qui l'a rendu peut-être plus humain. Il va avoir à travailler des choses, et c'est ce qui motive en tant qu'athlète. Quand tu sens que tu peux progresser sur quelque chose et qu'il y a un challenge, quelque chose sur lequel tu butes, la motivation vient de là", ajoute notre consultante.
Cet immense coup dur pourrait donc pousser Djokovic à remettre une pièce dans le juke box pour ainsi dire. A prolonger sa carrière avec une faim toujours insatiable de records. Exploser les compteurs en Grand Chelem reste, bien évidemment, à sa portée. Son revers de dimanche dernier ne saurait faire oublier, en prenant un tout petit peu de hauteur, que Djokovic a accompli, à 34 ans, la plus grande saison de sa carrière dans les Majeurs (il ne s'était jamais retrouvé dans cette position auparavant malgré deux autres petits Chelems en 2011 et 2015). Physiquement, il ne semble accuser aucune baisse, contrairement à ses deux acolytes du "Big 3".

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Zverev, Medvedev, Tsitsipas : une triple menace aussi excitante que dangereuse

Une autre source de motivation pour lui sera à trouver dans la nouvelle menace que représente la jeune génération désormais installée. Djokovic prend un malin plaisir à se faire le défenseur de la citadelle des "vieux" extraterrestres du tennis mondial. "Dans la transition entre la génération Federer-Nadal et l'ex-Next Gen, Djokovic se bat parce qu'il peut encore le faire. C'est un peu le gars que les jeunes ont envie de détruire, mais il résiste donc c'est chouette", relève Camille Pin qui salive d'avance de la perspective offerte par la saison 2022.
Mais ce constat a une limite de taille : en battant largement le numéro 1 mondial, Daniil Medvedev a trouvé une brèche dans la citadelle justement. Et il pourrait bien l'exploiter à l'avenir, tout comme ses collègues Alexander Zverev et Stefanos Tsitsipas, en attendant les plus jeunes aux dents longues Jannik Sinner, Félix Auger-Aliassime, Carlos Alcaraz et autres Lorenzo Musetti. Au contraire, s'il avait fait le Grand Chelem tout en gardant le feu intérieur, Djokovic bénéficierait toujours de cette aura d'invincibilité sur le format des cinq sets.
Le Serbe impressionne toujours, mais il ne fait peut-être plus autant peur. "Pour le Grand Chelem, ça semble désormais très difficile à reproduire, parce que plus les années passent, plus il sera bousculé par les Medvedev, Zverev qui commencent à comprendre comment le jouer. Djokovic était face à son dilemme à lui, mais il y avait les autres aussi. C'est clairement un indicateur que dans les moments-clés, il peut être fragile, alors que le niveau de la concurrence monte. Ils ont le couteau entre les dents. Et si Djokovic a craqué en finale, Zverev avait montré que c'était jouable en demie en le poussant au 5e. Ils commencent à être vraiment expérimentés et à envoyer. Ils prennent du galon", note notre consultante.

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Le public, un allié inattendu pour sa fin de carrière ?

Dans ce nouveau défi qui se présente à lui, Djokovic a toutefois peut-être trouvé un allié de circonstance inattendu. Cet US Open, et plus particulièrement cette finale, aura mis en scène ce qui ressemble fort à une première pour le Serbe (du moins quand il ne joue pas à domicile) : le soutien quasiment unanime du public à son égard. L'occasion unique de marquer l'Histoire du jeu y était pour beaucoup, mais les larmes du champion battu l'ont sans doute rendu plus humain et appréciable aux yeux de bon nombre de fans.
Feu de paille ou émergence d'une popularité durable, surtout en l'absence de Federer et Nadal ? La question est ouverte. "C'était surtout parce que le Grand Chelem était en jeu et que tout le monde en a parlé. J'ai peur pour Djokovic que ça retombe un peu. Imaginons que Zverev par exemple gagne l'Open d'Australie pour commencer 2022, il suffit que Djoko ait un comportement un peu moyen sur un match pour qu'il se remette les gens à dos. Je pense qu'il faut qu'il se concentre avant tout sur lui, ses objectifs et qu'il n'attende pas grand-chose du public. Il ne pourra être qu'agréablement surpris. Il faut qu'il profite de ses dernières années de carrière à fond", conclut Camille Pin.
Pour l'héritage de Djokovic dans les livres d'Histoire du jeu, ce Grand Chelem envolé ne peut donc sérieusement être envisagé comme une bonne nouvelle. Mais il pourrait nourrir les succès futurs d'une carrière encore longue. Car après tout, ce n'est pas qu'aux triomphes et aux exploits qu'on reconnaît les champions, mais aussi à leur capacité à se réinventer une fois à terre.
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