Jannik Sinner a accompli une saison fantastique mais elle est banale à l'échelle du Big 3

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Numéro 1 mondial incontesté, Jannik Sinner a réalisé une année 2024 ébouriffante et couronnée de 8 trophées individuels dont deux en Grand Chelem ainsi que de la Coupe Davis remportée avec l'Italie pour la deuxième fois d'affilée. Et pourtant, elle souffre de la comparaison avec bien des saisons au XXIe siècle, la faute à Roger Federer, Rafael Nadal et Novak Djokovic.

Sinner, une saison hors-norme à la hauteur des années folles du Big 3 ?

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Il aura marqué 2024 de son empreinte. Et ce jusqu'au bout. Après un Masters proche de la perfection qu'il s'est adjugé sans perdre la moindre manche – le premier à réaliser pareil exploit depuis Ivan Lendl en 1986 –, Jannik Sinner a joué son rôle de leader à la perfection (3 victoires en 3 matches) pour aider l'équipe d'Italie à conquérir sa 2e Coupe Davis consécutive (la 3e de son histoire) dimanche. Ce final en trombe avec 29 succès lors de ses 30 derniers matches est l'apothéose d'une saison formidable notamment marquée par ses deux premiers sacres en Grand Chelem et seulement 6 défaites. Mais où situer cette domination féroce dans l'histoire récente du tennis ?
Limitons-nous au seul XXIe siècle qui a l'avantage d'englober une ère qui s'achève, celle du "Big 3". Ce que vient de réaliser Jannik Sinner est-il donc comparable aux exploits de ses grands devanciers Roger Federer, Novak Djokovic et Rafael Nadal ? L'indicateur fort le plus évident d'une hégémonie est ce qui permet de mesurer à quel point un joueur est difficile à battre. Et pour ce faire, il n'y a pas de meilleure référence que le pourcentage de victoires sur une saison.
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Le chiffre méconnu qui illustre encore plus la domination de Sinner

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Dans le Top 5 en pourcentage de victoires

De ce point de vue, l'Italien est très bien placé puisqu'il figure carrément dans le Top 5, seuls le Suisse (à trois reprises) et le Serbe ayant fait mieux que lui (voir ci-dessous). Sinner a aussi l'avantage d'être avec Federer en 2005 le seul à avoir réussi à gagner un set dans chacun de ses matches de l'année. Il a donc tiré le meilleur de lui constamment, même dans les moins bons jours. En termes de nombre de trophées glanés au cours de l'année, la cuvée 2011 du "Djoker" (10 titres) et l'exercice 2016 d'Andy Murray (9) font mieux que lui (8) néanmoins. L'élève de Simone Vagnozzi et Darren Cahill peut toutefois se targuer d'égaler de ce point de vue la marque de Federer en 2007 et de Nadal en 2008.
RangVictoires - défaitesPourcentage
1. Federer 200581 - 4 (11 titres)95,3 %
2. Federer 200692 - 5 (12 titres)94,8 %
3. Djokovic 201582 - 6 (11 titres)93,2 %
4. Federer 200474 - 6 (11 titres)92,5 %
5. Sinner 202473 - 6 (8 titres)92,4 %
Mais pour estimer au mieux la valeur d'une saison et pour la situer le plus objectivement possible, il y a d'autres critères qu'il faut hiérarchiser. Et dans le tennis moderne, le plus important est incontestablement le nombre de Grands Chelems glanés. Depuis que Pete Sampras s'est emparé du record, surpassant Roy Emerson (14 à 12), cette course aux Majeurs est devenue la conversation principale, celle qui départage les grands du jeu entre eux. En raison du prestige des quatre piliers de la saison, mais aussi de leur dimension physique et mentale exceptionnelle par rapport aux autres tournois de l'année avec le format des cinq sets.

8 Petits Chelems en 20 ans : le Big 3 a placé la barre bien haut

Il est donc impensable de classer cette saison de Sinner, aussi brillante et régulière soit-elle, devant les Petits Chelems à répétition de ses aînés. Federer (2004, 2006 et 2007), Nadal (2013) et Djokovic (2011, 2015, 2021 et 2023) en ont accompli 8 à eux trois. Et le bilan du Suisse en 2005 avec deux Majeurs est tellement exceptionnel qu'il ne peut être qu'au-dessus aussi. Est-ce à dire que le millésime Sinner 2024 se positionnerait en 10e position de la hiérarchie ?
À vrai dire, et même si cela peut sembler cruel vu ses statistiques ahurissantes exposées plus haut, ce n'est pas sûr du tout. Et il est même très tentant de ne pas la faire figurer dans le Top 10 du dernier quart de siècle. Pourquoi ? Parce que même si c'est un critère plus subjectif, et que par essence il ne fera pas l'unanimité, celui de la densité et du niveau de la concurrence ne peut être passé sous silence. À titre d'exemple, Djokovic a plus gagné en 2015 qu'en 2011, mais était-il pour autant plus fort ? En déboulonnant à la fois Nadal et Federer quasiment au sommet de leur art grâce notamment à une invincibilité totale durant près de six mois (41 matches), il avait certainement marqué davantage les esprits.
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Le tennis, un sport finito après le Big 3 ?

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Des rivalités plus installées, des exploits plus signifiants

Cette saison, Sinner a affronté trois fois son plus grand rival, Carlos Alcaraz, et il a systématiquement perdu. Nadal, qui avait autant gagné de titres et de Majeurs en 2008 que l'Italien (troquant le Masters pour l'or olympique en simple), s'était toutefois distingué d'une manière plus marquante encore en mettant fin à la série d'invincibilité invraisemblable de Federer sur gazon (65 victoires d'affilée) lors d'une finale de Wimbledon restée dans la légende. Et quelques semaines plus tard, il avait éjecté le Suisse d'un trône qu'il occupait depuis plus de quatre ans et demi.
Certains pousseraient peut-être même le bouchon encore plus loin en faisant remarquer que parmi les saisons à deux Grands Chelems, celle du Bâlois en 2009 se détachait aussi parce qu'il avait alors atteint les finales des deux autres Majeurs (Open d'Australie et US Open), s'inclinant à chaque fois seulement en cinq sets. Mais il n'avait glané que 4 trophées en tout cette année-là, soit la moitié de Sinner en 2024, perdant par ailleurs deux fois plus de matches (12 contre 6).
Ce coup de rétroviseur dans le passé récent a deux avantages : prendre du recul sur la portée des performances de Sinner, aussi remarquables soient-elles, et apprécier à sa juste valeur la constance dans l'excellence du "Big 3". En se poussant les uns les autres pendant près de deux décennies, Federer, Nadal et Djokovic ont banalisé l'extraordinaire. Et Sinner n'a pas à rougir pour autant : il mérite de figurer dans un Top 15 des meilleures saisons du XXIe siècle (ci-dessous) par ailleurs totalement phagocyté par les trois monstres.
Top 15 des meilleures saisons du XXIe siècle
1. Roger Federer 2006
2. Novak Djokovic 2011
3. Novak Djokovic 2015
4. Rafael Nadal 2010
5. Roger Federer 2007
6. Novak Djokovic 2023
7. Roger Federer 2004
8. Novak Djokovic 2021
9. Roger Federer 2005
10. Rafael Nadal 2008
11. Jannik Sinner 2024
12. Rafael Nadal 2013
13. Roger Federer 2017
14. Rafael Nadal 2022
15. Novak Djokovic/Andy Murray 2016
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