La renaissance de Luca Van Assche : "Je me suis parfois demandé si j'étais heureux comme ça"
Par Rémi Bourrieres
Publié 25/02/2026 à 00:01 GMT+1
Titré dimanche au Challenger de Lille trois semaines après l'avoir été à Quimper, Luca Van Assche a signé son retour dans le top 100 dont il était sorti il y a près de deux ans. Entre-temps, l'ancien vainqueur de Roland-Garros juniors 2021 – en battant Arthur Fils en finale -, s'est posé beaucoup de questions. Sportivement mais aussi, parfois, humainement. Le voilà relancé. Et il n'a que 21 ans.
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Le tennis nous réserve parfois de drôles de clin d'œil. Pendant que le petit milieu de la balle jaune hexagonale n'avait, la semaine dernière, que les noms d'Arthur Fils et de Moïse Kouame à la bouche, c'est finalement un autre Tricolore qui a terminé son tournoi avec une coupe à la main : Luca Van Assche, vainqueur dimanche du Play In de Lille, a ainsi enchaîné un deuxième succès en Challenger 125 en trois semaines après avoir remporté début février celui de Quimper. Un doublé qui lui a permis de gagner 65 places au classement pour réintégrer le top 100. Et sans doute bientôt de sortir de la jungle pour retrouver plus régulièrement le circuit principal.
Passé tout près de la sortie dès le premier tour dans le Nord face au Suisse Leandro Riedi qui a mené 6-3, 5-3, le Français a ensuite déroulé toute la semaine. Après avoir notamment mis un terme brutal à l'épopée Kouame en demies (6-1, 6-1), il a dominé en finale l'espoir belge Alexander Blockx (6-2, 6-4) pour conquérir le sixième Challenger de sa jeune carrière. À la Race 2026, le voilà numéro 3 français (31e) derrière Ugo Humbert (21e) et Arthur Fils (22e).
Pas de quoi encore sortir définitivement du tunnel un peu obscur dans lequel il évoluait depuis quelque temps. Mais ce retour en forme commence néanmoins à avoir fière allure de la part d'un joueur qui avait plongé jusqu'à la 238e place mondiale il y a quelques mois, deux ans après avoir atteint la 63e à seulement 19 ans.
À l'époque, en 2023, il avait fait une entrée décomplexée sur le grand circuit, signant notamment une victoire marquante face à Stan Wawrinka à Banja Luka, avant de prendre un set à Novak Djokovic. On parlait alors autant de lui que d'Arthur Fils et beaucoup plus que de Giovanni Mpetshi Perricard, ses compagnons de la génération dite des "nouveaux Mousquetaires", qui avaient conjointement atteint le dernier carré du tournoi junior de Roland-Garros 2021 – avec aussi Sean Cuenin. Et c'est lui, Luca, qui avait raflé la mise Porte d'Auteuil.
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La suite s'est révélée plus heurtée. Plus petit et moins puissant que ses deux compatriotes (1,78 m pour 72 kg), le Français aux origines belgo-italiennes, par ailleurs champion de France des 13/14 ans en 2018 - face à Sean Cuenin, qui dominait alors la catégorie -, a commencé à plonger au moment même où Arthur et "Gio" émergeaient en pleine lumière. Un croisement de trajectoires qu'il a forcément mal vécu.
Quand j'ai commencé à rencontrer les premières difficultés, ça a été compliqué à vivre. Je me suis mis à me poser des questions sur mon jeu que je ne me posais pas avant.
"Quand tu montes très jeune, il y a beaucoup d'insouciance, tu ne te rends pas forcément compte de ce que tu fais, nous a-t-il raconté à Lille. Mais ensuite, quand j'ai commencé à rencontrer les premières difficultés, ça a été compliqué à vivre. Je me suis mis à me poser des questions sur mon jeu que je ne me posais pas avant. Est-ce que je suis assez bon pour rester à ce niveau, est-ce que je devrais faire évoluer certaines choses ? J'ai même commencé à me remettre en question sur moi-même, à me demander si c'était vraiment la vie que j'avais envie de mener."
Avec un tennis basé sur une solidité extrême du fond de court mais loin des canons du tennis moderne en matière de puissance, il a alors longuement réfléchi à la manière de faire évoluer son jeu. Et entrepris un gros travail en ce sens, embauchant même à dessein un entraîneur étranger – l'Italien Vincenzo Santopadre -, dont il s'est séparé il y a un an. Des ajustements sont apparus, notamment une première balle plus percutante et une prise de balle plus précoce. Mais sans que l'équilibre soit complètement trouvé.
"Au final, je pense que j'avais un peu perdu mon identité ces derniers temps, à savoir ma solidité et mon esprit combattant, résume-t-il. Faire évoluer mon jeu était important, mais mes forces de base resteront toujours les mêmes. Je ne vais pas me mettre à servir comme Giovanni ou à cogner comme Arthur. Un joueur que j'ai beaucoup observé, et qui constitue une sorte de modèle vers lequel je dois tendre, c'est Diego Schwartzman. Mais mon jeu est encore en chantier. À 21 ans, j'espère bien qu'il n'est pas encore finalisé."
Avant même de parler tennis, il lui fallait déjà, surtout, remettre un peu d'ordre dans sa tête. Et retrouver une structure stable. Après un intérim l'an dernier avec Yannick Quéré et Maxime Teixeira, ses anciens formateurs à la Ligue de Paris, la FFT lui a indiqué qu'il ne pourrait continuer en 2026 avec Quéré – lequel avait aussi accompagné ses premiers pas sur le circuit. Van Assche a donc entamé une nouvelle collaboration avec Sébastien Villette, l'ancien entraîneur d'Arthur Rinderknech et Manuel Guinard. Le tout en binôme avec Teixeira, qui était avec lui à Lille. Visiblement, l'alchimie fonctionne. Et le sourire est revenu.
Tu cherches ton bonheur, tu finis par te demander si tu ne serais pas plus heureux chez toi, à travailler, à voir ta copine, ta famille…
Parce que Luca ne s'en cache pas : il l'avait un peu perdu au fil de sa régression. "J'ai traversé des moments pas faciles, jusqu'à parfois me demander si j'étais vraiment heureux comme ça, confie-t-il. La vie sur le circuit est très stressante, les journées sont longues. Tu cherches ton bonheur, tu finis par te demander si tu ne serais pas plus heureux chez toi, à travailler, à voir ta copine, ta famille… Malgré tout, j'ai beaucoup travaillé pour que les choses se remettent en place. Après une longue période assez compliquée, je pense avoir retrouvé un équilibre. Et forcément, quand tu vois que tu progresses et que les résultats reviennent, cela donne de la motivation."
En attendant de retrouver son meilleur classement, Luca Van Assche estime être aujourd'hui un meilleur joueur de tennis que lorsqu'il était 63e mondial. La question, maintenant, reste la même que celle qui avait accompagné son éclosion : jusqu'où peut-il aller ainsi ? Personne ne sait, même pas lui. Par rapport aux Fils, Mpetschi et autres Kouame, au moins peut-il encore continuer quelque temps à avancer dans une relative discrétion… mais jusqu'à quand ?
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"Des joueurs comme Rinderknech donnent beaucoup d'espoir à ceux qui pensent que c'est trop tard"
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