"Le tennis, c'est un jeu d'échecs" : Learner Tien, ode à la différence et à l'intelligence

Cette saison, plusieurs joueurs ont percé au top niveau, se hissant pour la première fois dans le Top 10 au classement ATP. On pense à Jack Draper, Lorenzo Musetti ou encore Ben Shelton. Et en 2026 ? A qui le tour ? Eurosport a posé la question à ses consultants et chacun a opté pour un nom différent. Premier volet avec Camille Pin. Son pari pour ces prochains mois ? Learner Tien.

Learner Tien

Crédit: Quentin Guichard

Il y a un an, à la même époque, pas grand-monde en dehors des initiés ne connaissait Learner Tien. Pourtant, le jeune Américain avait déjà bondi de manière significative en 2024, avec un gain de plus de 300 places au classement pour passer du 450e rang aux portes du Top 100. Il était une promesse, esquissée en Challengers, presque exclusivement sur le circuit US. Puis il s'est soudainement fait un nom lors du Masters NextGen, dont il allait atteindre la finale, battant au passage des garçons comme Jakub Mensik ou Arthur Fils. Mais le meilleur restait à venir.
Pour le protégé de Michael Chang, 2025 aura été l'année de l'explosion, de son exploit contre Daniil Medvedev à l'Open d'Australie au mois de janvier à son premier titre chez les grands en novembre à Metz en passant par sa finale en 500 à Pékin. "Je ne peux pas penser à cette année 2025 sans penser à Learner Tien", nous confie dès lors Camille Pin, qui l'avait justement découvert en commentant le NextGen à la fin de l'année précédente. Elle n'avait pas été loin du coup de cœur : "On s'était dit 'mais c'est qui ce jeune Américain gaucher qui est moins puissant que les autres mais qui a une précision absolument redoutable ?'."
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Tien élimine Medvedev en 5 sets, à 2h54 du matin : la balle de match

Video credit: Eurosport

Elle repère sa "sacrée patte", et sa faculté "à trouver des zones pour croiser, des changements de rythme et une balle assez plongeante qui n'est pas commune sur le circuit masculin." Un joueur au profil un peu atypique donc, éloigné de ceux qui peuvent pulluler à droite à gauche. Son charme et peut-être, aussi, sa limite, en tout cas pour faire parler de lui. "On en parle assez peu parce que, contrairement à (Joao) Fonseca, de la même génération, il a un jeu moins impressionnant sur le papier avec moins de puissance", constate notre consultante. C'est vrai, qu'il s'agisse de son tennis ou de sa personnalité, le côté "flashy" est moins prononcé avec, pour conséquence, une "hype" moins prononcée.
Chang lui permet de savoir utiliser son potentiel à 100%
Le faire-savoir n'est pas son obsession, mais le savoir-faire est bien là. Pour sa première année complète sur le circuit, ses résultats ont été probants même si, comme toujours avec des profils aussi frais, puisqu'il est aujourd'hui le deuxième plus jeune joueur du Top 100 derrière Fonseca (il a fêté ses 20 ans le 2 décembre), il a connu une petite traversée du désert. De mi-février au début de l'été, il n'a ainsi gagné que 25% de ses matches (4 sur 16), ce qui tenait probablement autant à la digestion de son début de saison rempli et réussi qu'à des questions de surface (la terre battue n'est pas encore son truc).
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Video credit: Eurosport

Mais sur dur, Tien est déjà un client et il a donc bouclé cet exercice sur le meilleur classement de sa carrière, au 28e rang. Pour un "rookie", l'année d'après est parfois difficile. Les attentes, les points à défendre, ses propres exigences et espérances, tout ceci doit s'assimiler. Mais Camille Pin est optimiste : "Je pense honnêtement que c'est un joueur qui va pouvoir atteindre un dernier carré de Grand Chelem sur dur ou gazon. Je ne vais pas dire 'l'année prochaine, il va gagner un Grand Chelem' mais un dernier carré, ça me paraît tout à fait possible. Sur terre battue, moins, parce qu'on voit quand même que c'est un jeu où il a une balle pas forcément très liftée, assez plongeante."
Elle voit par ailleurs en Michael Chang l'entraîneur idoine pour le faire progresser. Ces deux-là se sont incontestablement bien trouvés. "Il lui permet de savoir utiliser son potentiel à 100%, je trouve, glisse Camille Pin. C'est exactement ce que Michael Chang a fait pendant sa carrière. Il n'était pas le plus grand gabarit, mais il avait une précision, une intelligence de jeu qui lui ont permis d'être le joueur qu'il a été. Le fait de savoir qui on est, de jouer au millimètre avec ses armes, je pense que c'est ce que Michael Chang lui apporte."

La question physique

Jusqu'où peut-il grimper cette saison ? Au moins "dans le Top 20", dit-elle. "Sur une deuxième année, ce serait un très bon classement pour lui. Il va falloir qu'il frappe fort en Grand Chelem, mais je pense qu'il en est tout à fait capable." En dehors de son coup d'éclat à Melbourne, où il s'était hissé en huitième de finale, il n'a ensuite gagné qu'un seul match au cumul de Roland-Garros, Wimbledon et l'US Open. Avec des circonstances atténuantes, puisqu'il avait hérité d'entrée d'Alexander Zverev à Paris et de Novak Djokovic à New York. On a fait plus simple, mais s'il parvient ne serait-ce qu'à s'ancrer dans le Top 30 à court terme, cela lui évitera ce genre de tirage malheureux dès le premier tour.
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Video credit: Eurosport

Reste une interrogation à plus long terme : peut-il être limité dans son ascension et ses ambitions par son profil ? Le Californien n'est ni le plus grand (1,80m) ni le plus puissant. Dans un tennis de plus en plus tourné vers la vitesse et la force de frappe, il doit constamment s'adapter. "Il y a la dimension physique hors norme que sont en train de mettre Sinner et Alcaraz qui surclassent tout le monde, concède Camille Pin, mais je pense que Tien, justement avec cette finesse de jeu, va pouvoir progresser dans un premier temps pour à terme peut-être trouver des clés tactiques pour gêner les deux colosses. Puis, un joueur qui a un jeu différent, c'est important, parce que si on est sur des stéréotypes, au bout d'un moment on voit la limite."
Différent, Learner Tien l'est, assurément. Intéressant, aussi. Intelligent le résume tout aussi bien. Michael Change des temps modernes avec une pointe de… Djokovic ? "Djokovic avait bien sûr cette dimension physique, mais aussi cette précision. Or le tennis, c'est un jeu d'échecs", rappelle l'ancienne joueuse. Elle en est convaincue, son salut passera par sa différence : "Contre un Sinner, un Zverev, si on joue pareil qu'eux mais un peu moins bien, ça ne passe pas. Il va devoir apporter encore plus de variété à son jeu et prendre de la caisse. Physiquement, il a encore une marge de progression."
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