"Les Rafa du premier et du dernier titres à Roland n'ont rien à voir" : comment Rafael Nadal a transformé son tennis
Mis à jour 11/10/2024 à 22:24 GMT+2
Alors que Rafael Nadal a annoncé ce jeudi sa future retraite, il est temps de faire un pas de côté et d'analyser ce qui a permis au Majorquin de durer aussi longtemps au sommet du jeu. Dix-sept ans ont ainsi séparé son premier et son 22e titre en Grand Chelem. Une longévité exceptionnelle rendue possible par de multiples évolutions apportées à son tennis portées par une motivation constante.
Nadal, une évolution géniale sous-cotée ?
Video credit: Eurosport
Les stéréotypes ont la peau dure. Même pour les champions les plus exceptionnels. Rafael Nadal, qui a annoncé ce jeudi qu'il mettrait un terme à sa carrière après la phase finale de la Coupe Davis à Malaga en novembre, en a aussi été victime. Pour lui attribuer un rôle parmi les cadors du tennis mondial, son image a été construite en opposition à celle de Roger Federer : face au talentueux, il était le laborieux. Face à l'offensif esthète, il était le défenseur acharné et indébordable. Et pourtant, durant plus de deux décennies de carrière, le Majorquin s'est bien métamorphosé.
Dans les clichés, il y a souvent un fond de vérité. Et Rafa l'adolescent était avant tout un joueur de terre battue. Mais il n'aurait jamais dominé aussi longtemps le jeu avec ses rivaux suisse et serbe s'il n'avait pas profondément fait évoluer son tennis. "A mon sens, Rafael Nadal, Novak Djokovic et Roger Federer ont eu un grand point commun : cette volonté de toujours progresser, même quand ils ont été chacun à leur tour numéro 1 mondial, fait remarquer Nicolas Mahut, consultant pour Eurosport. Leur leitmotiv, c'était évidemment de marquer l'Histoire du jeu et de gagner le maximum de titres, mais c'était avant tout de progresser. Le Rafa de son premier titre à Roland et celui de son dernier n'ont effectivement rien à voir. Et il a commencé par travailler sur son revers."
Le revers, premier chantier majeur pour conquérir le gazon
Le Nadal de 2005, celui qui est allé conquérir Roland-Garros pour la première fois, se caractérisait avant tout par sa phénoménale couverture de terrain et sa capacité extraordinaire à lifter en coup droit. Il broyait littéralement ses adversaires sous le poids de cette balle qui tournait énormément. En comparaison, son revers à deux mains était presque quelconque, un coup d'attente avant de matraquer avec son arme principale. Mais son rêve d'enfance était bien de gagner Wimbledon et il a tout mis en œuvre pour le faire (en 2008 et 2010) en révolutionnant sa manière de jouer en revers, l'adaptant au gazon en y ajoutant des variations.
"C'est dans l'utilisation du slice qu'il a progressé, pas dans son exécution technique. Parce que cette main, il l'a toujours eue et l'a travaillée très, très jeune. Le revers au départ n'était qu'un coup de protection où il essayait de trouver de la longueur pour se donner du temps et prendre le jeu à son compte en coup droit. C'est devenu un coup qu'il a pris de plus en plus tôt. Il a frappé très fort, y compris le long de la ligne", explique Mahut.
Pour remporter tous les tournois du Grand Chelem et notamment l'Open d'Australie (2009 et 2022) et l'US Open (2010, 2013, 2017 et 2019) sur dur, une surface qui a mis à rude épreuve ses articulations, il a vite compris qu'il devait moins subir. Et ce même si la défense et le travail de l'adversaire en fond de court étaient les principes de base de son jeu. Ses défaites cuisantes en demi-finales à Melbourne face à Jo-Wilfried Tsonga et à New York contre Juan Martin Del Potro en 2008 ont été un électrochoc. Et il a alors mis en chantier un autre coup : le service.
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Hommage de Federer à Nadal : "Il a transcendé le sport d'une telle manière"
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Au service, il a pris des risques en changeant de prise pour obtenir des points gratuits
"Ça n'a jamais été le point fort de son jeu mais il a énormément progressé pour que ce ne soit plus une faiblesse. Il a pris des décisions, il a gagné en vitesse de balle et il a pris des risques, parce que changer de prise avant son premier titre à l'US Open, ce n'est pas anodin. C'est une prise de conscience qu'il avait besoin de plus de points gratuits, constate Nicolas Mahut. Il s'est évidemment beaucoup servi du slice de gaucher, notamment face à Federer. Mais il a dû le faire évoluer parce que contre Djokovic, ça ne suffisait plus."
Alors qu'il dépassait rarement les 200 km/h en première balle en début de carrière, il s'est ainsi mis à les franchir allègrement, notamment lors de cet été 2010 particulièrement spectaculaire dans ce domaine. Sa seconde balle de plus en plus travaillée au corps l'a aussi mis à l'abri de bien des agressions en retour. Pour gagner en vitesse de balle, il a ajouté parfois du poids à sa raquette, ou a fait changer son cordage pour améliorer sa longueur. En perpétuelle recherche du détail pour progresser, il a aussi voulu contrer le poids des ans. Aller davantage au filet s'est alors imposé comme une évidence.
La conversion à l'agression face au temps qui passe
"On l'a vu beaucoup plus faire service-volée. Tout s'est joué dans le fait de le convaincre que son évolution passait par un jeu un peu plus offensif. Il a une telle main qu'il est capable de tout faire. On l'a rarement mis en avant, parce qu'en comparaison de Federer, ce n'était pas ce qu'on voyait en premier, mais son petit jeu, son toucher de balle et sa main sont assez extraordinaires. Alors oui, à la volée, c'étaient souvent un peu les mêmes schémas : il montait et il posait la volée courte croisée. Mais il le faisait quand même très bien et il l'a fait de plus en plus", abonde Nicolas Mahut.
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Nadal est "une personne incroyable" selon Sinner : "J'ai eu la chance de le connaître"
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Tout est une question d'état d'esprit. S'adapter ou mourir en résumé. Et Nadal a très longtemps refusé de mourir, jusqu'à ce que son corps le contraigne à raccrocher en cette fin de saison 2024. "Il a changé tout juste un petit peu pour moi, détaille Mats Wilander, vainqueur de 7 Grands Chelems et consultant pour Eurosport. Quand il essaie de gagner, il revient encore à ce grand coup droit lifté, en ayant de faire rebondir la balle le plus haut possible. Il a pris la balle plus tôt en revers. Avec l'âge, il faisait pareil. Son esprit fonctionnait de la même manière à une exception près, il se disait : 'Ce que je faisais en 20 coups, il faut que je le fasse en quatre ou cinq maintenant. C'est un grand changement, mais c'est une progression naturelle."
Une progression naturelle et fascinante. Si les membres du Big 3 se sont tous tirés vers le haut, Rafael Nadal demeure celui qui a fait le plus évoluer son jeu, et ce même si Federer a révolutionné son revers et Djokovic son service. Car par petites touches, le Majorquin a modifié son identité de jeu profonde : du défenseur acharné des débuts à l'agresseur de fond de court. C'est peut-être son plus grand accomplissement, et celui qui lui a permis entre autres de soulever 14 fois la Coupe des Mousquetaires.
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