Masters 1000 Indian Wells | Pour Jannik Sinner, l'heure de la quête du détail… et de solutions
Par Laurent Vergne
Mis à jour 05/03/2026 à 14:17 GMT+1
Jannik Sinner a connu un faux départ jusqu'ici en 2026. Un échec en demi-finale de l'Open d'Australie, dont il était double tenant du titre, puis un nouvel accroc à Doha. Rien de grave ? Pas encore, non. Mais pour éviter que l'inquiétude ne gagne du terrain, l'Italien a mis les bouchées doubles avant les premiers Masters 1000 du calendrier. Physiquement, et tennistiquement, il a bossé.
Jannik Sinner.
Crédit: Getty Images
La question a presque quelque chose d'absurde et de choquant. Est-il temps de s'inquiéter pour Jannik Sinner ? On parle du numéro 2 mondial. Demi-finaliste du dernier Open d'Australie. Environ 99,9% des tennismen professionnels donneraient cher pour traverser une crise existentielle de ce genre. Mais c'est justement parce que Jannik est Sinner que son entame d'année 2026 interpelle, voire interroge, quand, chez le commun des mortels et celui des joueurs, elle inciterait à l'optimisme.
Ainsi va la vie des êtres hors normes, scrutés et jugés de manière différente des autres. Sans doute est-ce aussi injuste qu'inévitable. Mais tout est sa faute, après tout. L'Italien a imposé depuis l'automne 2023 une normalité qui n'en est pas une. Mais c'était bien la sienne. C'est à ce moment-là qu'il a entamé sa métamorphose. Depuis, jusqu'au terme de l'année 2025, Sinner a disputé 157 matches, pour 144 victoires contre seulement 13 défaites. 91,7% de succès, sur une période aussi longue, cela relève presque de la science-fiction.
Un autre phénomène a pris une allure sidérante, cette fois depuis l'été 2024. Pendant un an et demi, il a concédé sept défaites, dont cinq contre le même homme, Carlos Alcaraz. Les deux autres ? Alexander Bublik sur le gazon de Halle, en juin 2025, alors qu'il avait sans doute encore la tête, les jambes et le cœur à la cruelle finale de Roland-Garros, puis Tallon Griekspoor en octobre dernier à Shanghai, sur abandon. C'est tout.
Pour résumer, et en schématisant à peine, le fonctionnement de Jannik Sinner était le suivant : quand je m'engage sur un tournoi, ou je le gagne, ou je perds en finale contre Alcaraz. Le reste n'existe pas. Dans cette naissante saison 2026, le Trentinois a disputé deux tournois. Or, non seulement il n'en a gagné aucun, ce qui n'a en soi rien de dramatique, mais l'identité de ses bourreaux a fait cligner des yeux : Novak Djokovic à l'Open d'Australie puis Jakub Mensik à Doha. Il a donc subi autant de défaites contre des joueurs ne répondant pas au patronyme d'Alcaraz en quinze jours qu'au cours des 18 mois précédents. C'est cela qui suscite des interrogations.
Le temps est son allié
Dans le même temps, Carlos Alcaraz, son compagnon d'extravagance, n'a pas levé le pied. Au contraire. Déjà lancé à plein régime, l'Espagnol donne l'impression d'avoir accéléré en ce début de campagne et, mieux, d'en avoir encore sous la pédale. Alors, pour répondre à l'initiale et absurde question, non, il n'est pas encore temps de s'inquiéter pour Jannik Sinner. Ces choses-là se mesurent et se jugent sur le temps long, à l'aune, au moins, de quelques mois et non d'une poignée de semaines et de deux tournois. Mais il a besoin de chasser ce qui n'est encore que l'ombre d'un doute.
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Faut-il s’inquiéter pour Sinner ? "C’est le bon moment pour que cette alerte"
Video credit: Eurosport
Sa chance, c'est aussi son timing. Nous sommes dans la période où les joueurs, surtout ceux de son espèce, ont du temps devant eux. Le prochain moment de vérité, pour lui comme pour Alcaraz, se tiendra à Roland-Garros. Pas avant. Quatre mois séparent la fin de l'Open d'Australie du début des Internationaux de France. Un luxe. Les trois Majeurs suivants s'enchaînent en seulement trois mois. La temporalité du circuit change drastiquement, une fois l'été venu. Le temps joue pour Jannik Sinner. S'il veut se poser, réfléchir, travailler ou même simplement fignoler, c'est maintenant. Et telle est bien son intention.
D'abord, tirer les leçons des derniers épisodes. S'il n'a que peu de faiblesses, il en est une qui l'a exposé à plusieurs reprises au fil des mois : le physique. On a beaucoup glosé sur le fait qu'il n'ait encore jamais gagné un match en plus de quatre heures et que son bilan en cinq sets n'est pas ce qu'il devrait être. Des crampes par-ci, un coup de chaud par-là... Malgré ses deux titres à l'Open d'Australie en 2024 et 2025, il y a connu quelques très sérieuses alertes. Qui sait si les efforts consentis contre Eliot Spizzirri, où il avait agonisé, n'ont pas contribué à effilocher son endurance et sa lucidité contre Djokovic quelques jours plus tard ?
C'est un fait : la chaleur extrême, l'humidité, son corps n'en raffole pas. Alors, à l'heure d'arriver à Indian Wells puis à Miami où, même en mars, le mercure et la touffeur peuvent parfois s'emballer, il a décidé d'axer sur ce point. Dans sa volonté de ne rien laisser au hasard, il s'est donc infligé des séances de travail en plein cagnard en Californie. "La semaine dernière, il a fait vraiment très chaud, et tout s'est bien passé pour moi, a-t-il (r)assuré mardi lors de sa conférence de presse d'avant-tournoi à Indian Wells. Nous nous sommes entraînés en plein soleil. C'est clairement le genre de préparation que l'on fera dans le futur. Je vais essayer de m'entraîner davantage dans des endroits où il fait très chaud."
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Sinner poussé une dernière fois à faute par Mensik : la balle de match de la sensation
Video credit: Eurosport
J'essaie notamment d'être un peu plus agressif à certains moments du fond du court
Puis il y a le jeu. Après sa cuisante défaite en finale du dernier US Open, Jannik Sinner s'était promis d'apporter de nouveaux éléments à son jeu, dans un seul but : reprendre le dessus sur Alcaraz. Ce processus-là est encore en cours. Parce qu'il se projette à un horizon plus lointain, vers la fin du printemps plutôt que son amorce, le résultat brut n'est pas son obsession. "Évidemment que j'espère aller le plus loin possible ici puis à Miami, dit-il, mais nous cherchons toujours à nous améliorer. Je travaille sur des détails, sur des petites choses".
L'évolution, toujours, plus que la révolution. Souvenez-vous que l'on parle d'un joueur qui, depuis près de deux ans et demi, gagne plus de neuf matches sur dix. Tout changer, au risque de tout casser, n'aurait aucun sens. Alors, sur quoi travaille-t-il spécifiquement ce sens du détail ? "J'essaie notamment d'être un peu plus agressif à certains moments du fond du court, et on va voir où ça va me mener", précise-t-il. Et ça, c'est certainement une réaction née de sa défaite contre Djokovic sur la Rod Laver Arena fin janvier, où il était apparu un peu trop confortablement installé dans une filière presque trop simpliste et finalement mortifère.
Le numéro 2 mondial confirme en tout cas avoir mis à profit les deux dernières semaines pour travailler le fond. "C'était comme une mini-intersaison, explique-t-il. Des longues journées, beaucoup de travail physique, et du spécifique au niveau du jeu." À Indian Wells, il sera donc intéressant d'en mesurer les premiers effets. Jusqu'ici, il pouvait presque se permettre de ne se focaliser que sur Carlos Alcaraz. Comme si tout le reste n'était qu'une longue préparation grandeur nature avant les retrouvailles finales. Melbourne et Doha sont venus lui rappeler que tout n'était pas aussi simple et que les autres aussi travaillaient pour combler le retard. Il sera sur ses gardes. Un troisième accroc en trois tournois et, sans aller jusqu'à déclencher le plan ORSEC et le bouton "mode panique", le point d'interrogation commencera à frôler l'excroissance.
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Djokovic a toujours le feu sacré, Sinner détrôné : le long format d'une demie intense
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