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Zverev, comme une évidence

Zverev, comme une évidence

Le 21/05/2017 à 23:42

Alexander Zverev incarne clairement l'avenir du tennis mondial. Après son titre dimanche à Rome, où il a éparpillé Novak Djokovic en finale, le jeune Allemand s'inscrit aussi dans le temps présent. Lundi, il sera dans le Top 10 pour la première fois. Le début d'un long bail, probablement...

C'est un jour de révolution. Alexander Zverev est donc le premier joueur né dans les années 90 à remporter un Masters 1000. Sachant qu'il a vu le jour en… 1997, il met fin à un trou générationnel, provoqué par la mainmise absolue sur ces tournois d'un quatuor bien connu composé de Federer, Nadal, Djokovic et Murray. Ces dernières années, une poignée de joueurs avait réussi à ramasser les rares miettes laissées en route, à l'image de Tsonga, Wawrinka, Ferrer ou Cilic, mais ils n'incarnaient pas franchement la relève. Avec l'avènement de Zverev à Rome, la donne change.

Il n'y a pas lieu d'être surpris de voir le jeune Allemand à ce niveau. Simplement, sa propulsion sur ces hauteurs-là a été plus rapide encore que prévu. Après tout, il n'avait encore jamais franchi le cap des quarts de finale en M1000. Cette semaine, il a bénéficié d'un petit coup de pouce avec un tableau relativement ouvert. Andy Murray a disparu de son chemin et il s'est ensuite coltiné Milos Raonic et John Isner, deux gros serveurs qui, s'ils peuvent être dangereux sur terre, le sont surtout ailleurs. Mais dimanche, en finale, il s'est montré impérial face à Novak Djokovic pour sa première grande finale.

Alexander Zverev, 6e plus jeune vainqueur d'un Masters 1000
" Vous savez, quand j'avais 11 ou 12 ans, je pensais qu'à 20 ans j'aurais déjà sans doute gagné quatre tournois du Grand Chelem"

Dans son tennis (mais cela, on l'en savait capable), et plus encore dans son attitude et son assurance, Zverev a fait bien plus que ses 20 ans. "Il a tellement bien servi", a salué Djokovic, incapable de le menacer sur sa mise en jeu. Et comme il s'est aussi beaucoup mieux accommodé des conditions venteuses, la finale a viré au cavalier seul. C'est ce qui s'appelle mettre la manière. "Je suis très heureux de mes performances toute cette semaine, à vrai dire. Mais surtout aujourd'hui (dimanche). Je pense que c'était peut-être un de mes meilleurs matches", a jugé l'étoile montante du tennis mondial.

Un mois et un jour après son 20e anniversaire, Sascha Zverev a donc grandi d'un seul coup dimanche. Ce premier titre d'importance va s'accompagner dès lundi d'un bond de géant au classement ATP puisqu'il va se retrouver à la 10e place. Un gamin de 20 ans dans le Top 10, par les temps qui courent, c'est une petite révolution. Là encore, ce n'était qu'une question de temps. Mais comme souvent, Zverev a brûlé les étapes, de façon presque naturelle.

Ne comptez toutefois pas sur lui pour s'enflammer. Ce n'est pas le genre de la maison. "Vous savez, a-t-il plaisanté après son titre, quand j'avais 11 ou 12 ans, je pensais qu'à 20 ans j'aurais déjà sans doute gagné quatre tournois du Grand Chelem. Mais vers 16 ans, j'ai commencé à devenir plus réaliste et je n'imaginais pas être dans le Top 10 à 20 ans." Maintenant, il y est. Et il sait que le plus dur commence : "Je pense que rester dans le Top 10 sera très difficile. Arriver ici est une chose. Y rester en est une autre, très, très difficile".

" Je ne veux pas avoir l'air de dire que je suis un des favoris"

Mais parce qu'il semble avoir la tête aussi solide que le bras, on ne voit malgré tout pas beaucoup de raisons pour que le jeune Zverev ne prenne pas durablement ses aises dans les parages. Ce triomphe romain, il parait raisonnable de l'accueillir comme son tout premier titre, plus mineur celui-ci, glané à Saint-Pétersbourg à l'automne 2016 : comme une simple étape. Evidemment, sa démonstration dominicale donne encore plus envie de le voir à l'œuvre à Roland-Garros. En Grand Chelem, il n'a encore jamais dépassé le troisième tour. Mais avec le classement qui est désormais le sien, il a la garantie d'éviter un Thiem ou un Nadal, qui lui ont barré la route à Paris l'an dernier ou Melbourne au mois de janvier.

Sur ce thème-là aussi, l'Allemand joue la modération. "Le grand favori reste clairement Nadal, assure-t-il. Derrière, ça sera assez ouvert. Je pense que Novak joue de nouveau très bien. Thiem a montré qu'il jouait très, très bien et moi je viens de gagner ici. Donc je dois me mettre aussi sur cette liste, même si je ne veux pas avoir l'air de dire que je suis un des favoris". Mais il a quand même une bonne tête d'outsider. Zverev est-il prêt à jouer la gagne dans un Grand Chelem, surtout aussi exigeant que Roland-Garros ? On aurait envie de dire non. En même temps, plus rien ne nous surprend vraiment avec ce jeune homme. Alors...

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