Mats Wilander : "Rafael Nadal est dans sa propre catégorie"

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Attristé mais pas surpris, Mats Wilander rend hommage à Rafael Nadal, qui a annoncé jeudi qu'il mettrait un terme à sa carrière à l'issue de la phase finale de la Coupe Davis, fin novembre, à Malaga. Le consultant d'Eurosport salue l'extraordinaire esprit du champion espagnol, dont la passion constante depuis deux décennies le met à part, selon lui.

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Video credit: Eurosport

"J'ai besoin de me rendormir et de rêver à nouveau. Oui, un réveil avec celle nouvelle, c'est un peu un cauchemar pour tous ceux d'entre nous qui aiment le tennis. Mais nous savions que cette annonce allait arriver… La question était de savoir quand elle tomberait. 
Je pense que la Coupe Davis est chère au cœur de Rafael Nadal. Et il y a un esprit collectif là-bas, il va pouvoir vivre le moment avec son équipe, qu'il gagne ou qu'il perde. Donc je comprends la décision de Rafa de finir à cette occasion. Mais c'est une journée triste pour le tennis en général. Il a amené tellement de passion dans ce sport.
Bien sûr, tout le monde aurait aimé le voir rejouer à Roland-Garros, mais il n'a pas très bien joué cet été pendant les Jeux Olympiques. Tout est une question de savoir s'il se sentait encore compétitif ou pas. S'il est en bonne santé, s'il peut jouer, comment il se sent, etc. Voilà, c'est comme ça, et maintenant nous avons simplement le devoir d'honorer un des joueurs les plus importants de l'histoire.
Dans le tennis, Roger Federer a amené le flair. Novak Djokovic, lui, est au-dessus de tout le monde niveau palmarès. Mais pour moi, personne n'a apporté plus que Nadal une des composantes essentielles du tennis, à savoir la passion. La passion est désormais indissociable de notre sport. On peut le voir à travers de Carlos Alcaraz, et même parfois chez Jannik Sinner. Ces gars aiment la bagarre et je pense qu'ils le doivent à Rafael Nadal. L'élément le plus important dans le sport, c'est la passion.
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Nadal annonce sa retraite avec émotion : "Prendre cette décision m'a demandé du temps"

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Il a perdu contre Novak Djokovic aux Jeux Olympiques à Paris. Cela pourrait bien être son tout dernier match en simple dans un tournoi. Sur le court Philippe-Chatrier. Contre Djokovic. Donc, d'une certaine manière, les planètes sont alignées.
Concernant sa carrière, il me semble qu'on peut parler de surperformance. Pour moi, compte tenu de toutes les blessures qu'il a eues, il a fait encore mieux que ce qu'on pouvait attendre. C'est quelqu'un d'incroyablement talentueux, en termes de compréhension du jeu, de ressenti du jeu. Mais techniquement, peut-être que quelqu'un comme Roger Federer est plus talentueux et aurait dû encore faire mieux dans ses résultats. 
Nadal a vraiment fait tout ce qu'il pouvait avec sa passion constante, son état d'esprit et sa compétitivité, chaque jour. Même contre Djokovic aux J.O., il a essayé aussi fort qu'il le pouvait. Un moment donné, la foi et l'espoir ont disparu à cause de ses problèmes physiques, ou pour des questions émotionnelles, qui sait ? Bien sûr, l'âge est un facteur important. Il a tout donné. Il est allé au-delà de ce qu'il pouvait donner et ça le place dans une catégorie à part, sa propre catégorie, parce qu'il est allé encore plus loin que n'importe qui dans ce domaine. C'est un tel compétiteur.
Sans ses blessures, aurait-il pu aller encore plus haut ? C'est difficile à dire. Nous ne le saurons jamais. Je me souviens avoir fait une interview avec Toni Nadal un jour à Majorque, pour Eurosport. Il m'avait raconté que quand il avait vu arriver Novak Djokovic, il avait dit à Rafa et à son équipe : "On a un problème". Il ne pensait pas que Djokovic deviendrait le "GOAT", mais il avait compris qu'il poserait de gros problèmes à Rafa, à cause de la façon dont il jouait.
Comme si Novak était le joueur créé pour répondre à la question : comment battre Nadal ? Nadal, lui, avait été le joueur créé pour répondre à la question : comment battre Federer ? Chacun avait le profil et les armes pour poser des problèmes à l'autre. Comme s'ils avaient été mis là pour changer à chaque fois le cours d'un scénario trop bien écrit, celui de la domination de Federer, puis du duo Federer-Nadal. Mais Rafa, lui, a poussé les deux autres à se surpasser, plus que n'importe qui d'autre ne l'a fait. Justement en raison de la passion qu'il mettait.
Si je devais citer un souvenir personnel avec Rafa, ce serait son premier Roland-Garros, en 2005. Le vendredi soir, après les demi-finales, son équipe est venue me voir en me demandant si je voulais bien m'entraîner avec Rafa le lendemain matin, la veille de la finale. Bien sûr, j'ai dit oui. Je jouais le Tournoi des Légendes, donc je tapais un peu la balle. Nous sommes allés sur le court 9. J'étais très nerveux, à cause de son top spin délirant, et de ses coups, de l'intensité qu'il mettait. 
Cette intensité me rendait nerveux. J'avais peur de ne pas être capable de mettre une seule balle dans le court. Je me disais 'ça va être la pire séance d'entraînement de la vie de Rafa, alors qu'il était en lice pour gagner Roland-Garros'. Je paniquais. Heureusement, avec mon revers à deux mains, un peu comme Djokovic, j'ai réussi à tenir à peu près l'échange. C'est mon meilleur souvenir avec Rafa. Et depuis ce jour-là, il a créé plein d'autres souvenirs pour moi, à travers sa personnalité, en tant que personne et, bien sûr, en tant que joueur."
Avec Arnold Montgault
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Mats Wilander et Rafael Nadal en 2005 à Roland-Garros.

Crédit: Getty Images


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