A Melbourne, Jerzy Janowicz vit les premiers jours de sa nouvelle vie. Celle qui a basculé une semaine d’automne à Paris. Passé de l’anonymat à la célébrité, de l’échec au succès, de la galère à l’opulence, le Polonais s’est fait un nom en atteignant la finale à Bercy début novembre. Il a surtout gagné le droit de vivre sa carrière en toute tranquillité. "Je n’ai plus à m’inquiéter pour savoir si je peux me payer le voyage pour tel ou tel tournoi, raconte-t-il. Je n’ai plus à me soucier de savoir si je peux payer un entraineur. C’est beaucoup plus facile de jouer au tennis maintenant pour moi parce que je peux me focaliser uniquement sur le tennis. Mentalement, c’est tellement plus simple."
La question était surtout de savoir s’il parviendrait à gérer au mieux ces chamboulements heureux mais un peu soudains. Car une véritable Jerzymania a débuté après Bercy, en Pologne au moins. "C’était vraiment fou. La semaine après Bercy, confie le colosse de Lodz (2,03m), j’allais de show TV en show TV. Je n’avais pas le temps de souffler et de penser à moi. Cette semaine n’a vraiment pas été simple à gérer. Il faut savoir coopérer avec les médias mais, c’est comme pour tout, quand c’est trop, ce n’est pas bien. Mais j’ai réussi à appréhender tout ça au mieux je crois."
Dur, dingue, mais guerrier
Il est encore trop tôt pour savoir si son coup d’éclat du POPB sera suivi d’effets durables, mais les premiers éléments de réponse sont plutôt rassurants. Voilà Janowicz au troisième tour à l’Open d’Australie. Il a d’ores et déjà justifié son rang de tête de série numéro 24. La suite, ce ne sera que du bonus. Mais de toute façon, tout n’est déjà que du bonus. Il y a un an, à la même époque, JJ regardait le tournoi à la télé. Loin du soleil et de la chaleur australiennes. "Je jouais des Futures à 10.000 dollars, en Angleterre", sourit-il en repensant à cette époque pas si lointaine. Faute de moyens, il n’avait pu effectuer le trajet jusqu’en Australie pour y disputer les qualifications. "Aujourd’hui, dit-il, je peux même voyager en business sans problème !"
Pour l’instant, il n’est pas venu pour rien. Même si mercredi, il a bien failli passer à la trappe face à l’Indien Somdev Devvarman, face auquel il a été mené deux sets à rien avant de s’en sortir 7-5 au cinquième. Une bonne expérience, dont il estime sortir renforcé. "C’est la première fois que ça m’arrive de gagner en cinq sets comme ça en étant mené 2-0. C’est toujours bon de gagner, mais le faire en revenant comme ça, ça va me donner encore un peu plus de confiance. C’est ça la différence."  Il est passé par toutes les émotions durant ce match, avec un gros pétage de plomb dans le tie-break de la première manche sur une balle de set en sa faveur à 9-8 (voir vidéo ci-dessous), qui lui a valu d’ailleurs un avertissement. "La balle était lente, elle était clairement dehors. J’avais déjà commencé à manifester ma joie et personne n’annonce la balle de hors ! Je suis devenu fou." On l’a alors entendu hurler son mécontentement de sa grosse voix. "Parfois, j’ai du mal à contrôler mes émotions, mais j’y travaille." Et Janowicz d’avouer, dans un sourire que, oui, il a déjà connu par le passé de tels accès de colère sur le court.
N’empêche, derrière son côté dur et dingue, le Polonais a affiché de sacrés qualités de combattant mercredi pour ne pas sombrer et se laisser polluer par sa frustration. "Je suis une personne bizarre mais je me bats toujours jusqu’à la fin", dit-il encore. Paradoxalement, son prochain match, contre Nicolas Almagro, sera beaucoup plus facile à aborder d’un point de vue psychologique même si, tennistiquement, le défi est bien plus imposant. "Je n’ai jamais affronté Almagro mais je l’ai beaucoup vu à la télé alors ça devrait aller, s’amuse-t-il. Il est vraiment très fort, surtout du fond du court. Ca va être dur mais je vais me battre sur chaque point." Comme toujours. Comme quoi, tout n’a pas changé chez Jerzy Janowicz. Bercy ou pas Bercy. "Ma vie a changé. Mais pas moi. Je suis toujours aussi fou et j’espère que je le serai toujours."
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