Novak Djokovic a décidément plus d'un tour dans son sac. Sur le terrain comme en dehors. Dimanche, lors de sa conférence de presse d'après finale, pour s'excuser de devoir quitter les journalistes un peu rapidement (il devait aller prendre l'avion dans la foulée afin de rentrer le plus vite possible en Europe), le Serbe a effectué une petite distribution de chocolats aux journalistes. "On a essayé d'initier cette petite tradition lors du Masters en fin d'année dernière lors de la dernière conférence de presse et j'aimerais faire la même chose ici avant de m'en aller." Charmante attention. Effet garanti. Novak est le meilleur avocat de Djokovic.
Parfois, on aurait presque envie lui reprocher de vouloir satisfaire, voire séduire, son auditoire. Jamais un mot qui fâche. Le ton ne s'élève pas. Même quand, comme l'autre jour, une dizaine de questions fusent pour l'entrainer sur un terrain glissant, celui de sa préparation et ses facultés phénoménales de récupération, avec ce qu'il faut de sous-entendus. Tel un politicien, il a réponse à tout. Ce type de discours n'est pas son apanage sur le circuit, bien au contraire. Mais, chez un Nadal ou un Federer, on sent parfois poindre une once d'agacement, un zest d'ironie. Toujours aimables, certes, mais parfois cinglants. Et on les imagine mal passer entre les rangs pour offrir des sucreries, ni même croiser la joueuse Jie Zheng en conférence de presse et lui adresser un "bonjour" en chinois, comme Djokovic l'a fait durant cette quinzaine.
"Je ne suis pas drôle tous les jours"
Nole, lui, n'use en général que d'une seule arme: l'humour. Intelligent, malin, il sent toujours venir les chausse-trappes et sait s'en défaire comme personne. Dans ses conférences de presse, il donne quelquefois le sentiment d'être un porte-parole. De lui-même. Cette habileté n'exclut toutefois pas une bonne dose de sincérité. Comme quand il évoque sa pleine conscience d'être un homme chanceux. Et le numéro un mondial d'avouer que c'est la raison majeure de son attitude, de ses facéties, de ses pitreries, qui ont contribué à sa renommée. "Croyez-moi, explique-t-il, j'essaie vraiment de profiter de chaque moment de ma vie actuelle parce que je suis vraiment béni. Il y a tellement de joueurs de tennis autour du monde, je pratique un sport universel. Tous veulent connaitre le succès. Je suis heureux d'avoir cette opportunité et de connaitre autant de succès. On n'a pas tous les jours l'occasion de gagner de tels tournois et tout peut s'arrêter très vite. En attendant, je profite."
Alors Djokovic l'assure, son sourire, sa bonne humeur, ne relèvent pas du procédé de comm'. "Qu'est-ce que je peux faire d'autre que d'être heureux?, interroge-t-il dans une drôle de formule. C'est normal d'essayer d'apporter un peu de cette joie, de la faire partager, notamment pendant les tournois. Tout le monde a des mauvais jours. Je ne suis pas drôle tous les jours, je n'ai pas toujours envie de me marrer. C'est normal. Mais globalement, je ne perds pas de vue le fait que c'est un voyage incroyable que le mien, de simplement être joueur de tennis professionnel.C'est la clé de ma motivation. Je me sens tellement chanceux de pouvoir jouer tous ces matches." Il faut lui rendre une justice: Djokovic n'a jamais perdu ce côté facétieux depuis ses débuts. Ses six titres majeurs, son statut de numéro un mondial ne l'ont pas changé. Si le joueur fascine probablement moins que Federer, voire Nadal, si sa rivalité naissante (et déjà bien ancrée) avec Murray ne possèdera peut-être jamais l'aura de celle ayant uni le Suisse à l'Espagnol des années durant, Djokovic est tout sauf un champion fade. Au-delà du joueur hors normes, son charisme, c'est sa joie de vivre. C'est bien aussi.

2013 Open Australie Novak Djokovic Chocolats

Crédit: AFP