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Hommage, T-shirt à 20 dollars, Oscar Wilde : Dan Evans, cet outsider pas comme les autres

Hommage, T-shirt à 20 dollars, Oscar Wilde : Dan Evans, cet outsider pas comme les autres

Le 21/01/2017 à 18:41Mis à jour Le 21/01/2017 à 18:51

OPEN D'AUSTRALIE – Jo-Wilfried tsonga affronte dimanche Dan Evans pour une place en quarts de finale. Le Britannique, novice à ce niveau en Grand Chelem, est porté par le souvenir de son ancien entraîneur, disparu l'an dernier. Après des années d'errance, il donne enfin sa pleine mesure.

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Juillet 2015. Dan Evans a 25 ans. Dans l'anonymat, le Britannique s'incline au troisième tour des qualifications de Wimbledon. Il est au fond du trou, au-delà de la 750e place au classement ATP. Un an et demi plus tard, il s'apprête à disputer le premier huitième de finale de sa carrière dans un tournoi du Grand Chelem, face à Jo-Wilfried Tsonga. Quoi qu'il arrive, à l'issue de cet Open d'Australie, il intègrera pour la première fois le Top 50 au classement ATP. A minima. La métamorphose d'un talent longtemps gâché et enfin exploité. La fin d'un gaspi.

Dan Evans avait déjà flirté avec un énorme coup lors du dernier US Open, en passant à un point de l'exploit de sa carrière contre le futur vainqueur du tournoi, Stan Wawrinka. A Melbourne, il a passé le cap. Une victoire contre Marin Cilic au deuxième tour, et une confirmation contre Bernard Tomic au suivant. Après son succès face à l'Australien, il a pointé les yeux et le doigt vers le ciel. "Vous savez tous à qui était destiné ce geste", a évoqué Evans. Ce geste, il l'a adressé en mémoire de Julien Hoferlin. Disparu en avril 2016 à seulement 49 ans des suites d'un cancer, il avait été l'entraîneur d'Evans entre 2010 et 2014, alors qu'il travaillait pour la Fédération britannique de tennis.

Vidéo - Tomic - Evans, les temps forts

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" J'aimerais tellement que Jules soit là pour voir ça "

La relation entre les deux hommes avait été orageuse, le technicien belge reprochant à son poulain anglais de ne pas s'investir. En mettant un terme à leur collaboration en juin 2014, Julien Hoferlin avait publié une lettre stigmatisant l'attitude de Daniel Evans. "Il a le potentiel pour être rapidement parmi les 60 premiers mondiaux, mais il ne fait aucun sacrifice, avait-il regretté. Il ne comprend pas que le tennis doit devenir sa priorité. Aujourd'hui, le tennis est un simple intermède dans sa vie."

Des mots qu'Evans n'a jamais oubliés. Il est revenu dessus vendredi après sa victoire contre Tomic. "Il a écrit cet article à la fin de notre collaboration et qui n'était pas très élogieux à mon égard. Si je me souviens bien, il avait dit que le tennis n'était qu'un intermède dans ma vie. Je dois admettre qu'à l'époque il avait sans doute raison", a confié le natif de Birmingham, très ému. Fin 2015, alors que la Grande-Bretagne allait disputer la finale de la Coupe Davis contre la Belgique à Gand, Hoferlin avait envoyé un message vidéo aux Britanniques. "Je savais que Jules allait mourir, dit encore Evans. Je n'avais pas pu lui rendre visite car il était trop malade et les médecins ne voulaient pas qu'on vienne le voir. Mais j'ai essayé de me reprendre en main avant qu'il ne décède. "

Alors, maintenant qu'il exploite enfin une partie de ce potentiel trop longtemps sous-utilisé, l'élève doué regrette de ne pouvoir monter à son ancien mentor ce qu'il est devenu. "J'aimerais tellement qu'il soit là pour voir ça. Je suis quand même sûr qu'il regarde de là où il est, mais malheureusement pas du bon côté." La mue entamée voilà plusieurs mois est donc en train de porter ses fruits. A bientôt 27 ans, Dan Evans a enfin du plomb dans la cervelle. Oublié le dilettante. Oubliées les frasques de la jeunesse, celles qui, par exemple, lui avaient valu d'être suspendu par sa fédération parce qu'il était sorti en boite de nuit en plein Wimbledon.

Vidéo - Cilic - Evans, les temps forts

02:31

Rétréci au lavage

Parmi les divers tatouages qui peuplent l'épiderme du joueur anglais, il est une citation d'Oscar Wilde qui semble résumer son parcours : "tous les saints ont un passé. Tous les pécheurs ont un avenir". Le pécheur Evans, qui a épinglé ces derniers mois Cilic, Dimitrov ou Thiem, semble effectivement avoir, enfin, un avenir. Un présent, même. Son huitième de finale face à Tsonga, il l'abordera sans complexe. "Etre en huitième de finale d'un Grand Chelem, explique-t-il, c'était un de mes objectifs de l'année. C'est fait. Mais il y a une autre marche à gravir maintenant. Il fait partie des gars que j'ai beaucoup regardés en grandissant. J'ai vu tellement de ses grands matches en Grand Chelem. Ça va être sympa."

Entre son parcours austral, son ascension tardive mais réelle et sa trajectoire en mode rédemption, Dan Evans devrait même pouvoir s'offrir une nouvelle garde-robe. Tout Melbourne s'amuse de ses tenues sans sponsor. Le sien, Nike, l'a lâché en fin de saison dernière. Sans sponsor, et... trop petites. "Celui que j'ai utilisé contre Tomic, c'était la deuxième fois que je le mettais. Il a rétréci au lavage", s'amuse-t-il. En même temps, il l'avait payé à peine 20 dollars dans un magasin de Melbourne. "Pas de la top qualité", admet Evans. Tout le contraire de son jeu cette semaine.

Daniel Evans après sa victoire face à Bernard Tomic.

Daniel Evans après sa victoire face à Bernard Tomic.AFP

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