Mais que faut-il faire pour venir à bout de ces monstres ? Dominic Thiem doit se poser la question. Plus que quiconque. Après avoir buté à deux reprises sur Rafael Nadal en finale de Roland-Garros, l'Autrichien a échoué dimanche aux portes du titre à Melbourne, là aussi contre le maitre des lieux, alias Novak Djokovic. Il s'est encore rapproché du Graal en poussant le Serbe jusqu'aux cinq sets. Il a même mené deux manches à une, obtenu une balle de break dans le 4e acte, mais ça n'a pas suffi. A croire que ça ne suffit jamais.

Que lui a-t-il manqué ? A la fois presque rien et beaucoup de choses. "Ce sont des petits détails, a-t-il jugé après sa défaite au bout de quatre heures pile d'un combat plus tendu que séduisant, mais à coup sûr éreintant. Un peu de réussite, un petit détail ici ou là. Peut-être que si je convertis ma balle de break dans le 4e set, je me serais présenté devant vous en tant que vainqueur." Peut-être. Mais sa génération, et celle qui suit, en est réduit à des "peut-être", à des "si". Des "si seulement".

Masters Rome
Avec un 36e titre, Djokovic devient le maître des Masters 1000
21/09/2020 À 17:09

Djokovic - Thiem : Le résumé de la finale

J'ai rarement fini aussi épuisé

Comme Daniil Medvedev lors du dernier US Open, quand le Russe avait méchamment bousculé Rafael Nadal en finale, sans pouvoir forcer son destin dans le 5e set. "Lors des deux dernières finales, que ce soit Daniil à l'US Open ou moi, ça aurait pu tourner dans notre sens", juge Thiem. Mais c'est probablement tout sauf un hasard si la roue tourne toujours du même côté. Entre les bousculer et les battre, il y a un monde. "Moi ou les autres jeunes joueurs, reprend le finaliste malheureux, nous avons clairement le potentiel pour gagner un Grand Chelem, d'affronter chacun de ces champions avec la conviction de pouvoir gagner, mais ça demande du travail, beaucoup de travail."

Cette finale, Dominic Thiem l'a peut-être perdue, aussi, avant de la jouer, à travers les efforts consentis tout au long du tournoi. Quand Djokovic déroulait en première semaine, lui a dû se coltiner un match en cinq sets face à Alex Bolt. Ces titres ne se gagnent pas les premiers jours, mais ils peuvent se perdre là.

Puis il y a eu l'éreintant combat contre Nadal en quarts de finale, le jour de récupération en moins par rapport à Djokovic, qui avait passé cinq heures de moins sur les courts. "J'ai rarement fini aussi épuisé, a-t-il avoué, surtout maintenant que la tension nerveuse est retombée. J'ai joué un match incroyable contre Rafa, la demie contre Sascha était très intense, aujourd'hui, encore quatre heures. Bien sûr, c'est très exigeant physiquement. Je me sens complètement vide."

Et pourtant, Thiem a vraiment tout tenté...

Pour nous, ça rend les choses très, très difficiles

Il ne deviendra donc pas le deuxième joueur au cours du dernier quart de siècle à remporter un Grand Chelem en dominant les deux principales têtes de série du tableau. Exploit accompli par un seul homme depuis 1993, et plutôt deux fois qu'une, Stan Wawrinka.

Il ne sera pas, pas tout de suite en tout cas, le cinquième homme à mettre un autre nom que Federer, Nadal ou Djokovic sur un palmarès Majeur depuis l'émergence du Majorquin au printemps 2005. Juan Martin Del Potro, Andy Murray, Stan Wawrinka et Marin Cilic demeurent des exceptions.

Mais Dominic Thiem refuse de se lamenter, même s'il est bien conscient de la situation. "C'était sans doute plus facile pour d'autres de gagner des Grands Chelems à d'autres époques, constate-t-il, fataliste. C'est une situation unique je pense dans l'histoire du sport d'avoir les trois plus grands champions réunis sur une seule période. Pour nous, ça rend les choses très, très difficiles. Il faut en battre au moins deux des trois pour décrocher un titre. Pour l'instant, nous n'y arrivons pas."

J'espère vraiment que je gagnerai un Grand Chelem tant qu'ils sont encore là parce que ça aura plus de valeur

S'il doit lui arriver de les maudire, il arrive aussi au protégé de Nicolas Massu d'avoir envie de les remercier : "ces gars ont amené le tennis à un tel niveau, qu'ils m'entrainent aussi probablement derrière eux à un niveau plus élevé. Oui, ce serait plus facile sans eux, mais je suis content de pouvoir les affronter et de rivaliser avec eux."

On n'ira pas jusqu'à dire qu'il préfère perdre contre eux que gagner un Grand Chelem sans les jouer, mais l'idée n'est pas loin : "j'espère vraiment que je gagnerai un Grand Chelem tant qu'ils sont encore là parce que ça aura plus de valeur."

Aujourd'hui, Dominic Thiem se retrouve un peu dans la situation d'un Andy Murray il y a huit-dix ans. L'Ecossais s'était lui aussi élevé dans le sillage des trois géants. Il avait lui aussi buté à de multiples reprises au bord de la terre promise. Quatre fois, même, une de plus que Thiem, avant de se propulser au sommet. Souhaitons la même trajectoire à l'Autrichien. Il est de la trempe des vainqueurs en Grand Chelem. Mais pas encore de celles des géants de son temps. C'est tout le problème.

Novak Djokovic - Dominic Thiem, lors de la finale de l'Open d'Australie 2020

Crédit: Getty Images

Masters Rome
Djokovic garde ses bonnes habitudes
20/09/2020 À 14:59
Masters Rome
Djoko passe en force
19/09/2020 À 14:44