Australien Open - Rafael Nadal: "Honnêtement, ce soir, je me fous de savoir si je suis le meilleur joueur de l'histoire"
Par Laurent Vergne
Publié 30/01/2022 à 18:57 GMT+1
OPEN D'AUSTRALIE – Rafael Nadal a réussi ce qu'il croyait impossible : repartir de Melbourne avec le trophée Norman Brookes dans ses valises. Une performance inespérée pour l'Espagnol, blessé pendant des mois et incertain il y a encore quelques semaines. C'est plus cette victoire sur lui-même qu'il veut retenir, que ce 21e titre du Grand Chelem en forme de record.
5 sets et 5h24 de jeu pour un 21e majeur : les images du dernier titre australien de Nadal
Video credit: Eurosport
La maison du voisin plus ou moins grande que la sienne. Qui est le plus grand ? Des trois ? De tous les temps ? On peut le croire ou non mais il faut reconnaître à Rafael Nadal une réelle constance dans son discours sur le sujet. Avant la finale de Roland-Garros en 2020, alors que son duel contre Novak Djokovic avait pour enjeu un 20 titre majeur synonyme de record partagé avec Roger Federer, il jouait, le jurait-il, pour gagner la finale de Roland-Garros 2020, pas pour accrocher un 20e titre majeur. Il l'assure, ces records ne l'obsèdent pas, comme si cela s'apparentait de son point de vue à savoir qui pisse le plus loin.
Dans son esprit, il joue, il se bat, pour le dépassement de lui-même, pas pour surplomber les autres, si ce n'est en match, dans un face-à-face direct. Le reste ne dépend pas que de lui. Il est maître de ses propres accomplissements, pas de ceux de Djokovic ou Federer. Cet état d'esprit était peut-être plus prégnant encore au cours de cet Open d'Australie. Parce qu'il revient de très loin, qu'il n'avait pas encore la garantie de venir aux antipodes il y a seulement six semaines et parce qu'une victoire finale à Melbourne trottait à peine dans son esprit avant de jouer son premier match de la saison.
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Nadal sur Eurosport : "J'étais détruit mais je ne pouvais pas abandonner"
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C'est d'ailleurs le principal mérite qu'il s'octroie : son comportement, plus que sa victoire. Le chemin, plus que la destination. "Je ne dirai jamais 'Je mérite' parce que beaucoup de gens se battent et beaucoup de gens méritent. Mais je crois vraiment que mon état d'esprit est très positif. Ces derniers six mois, je me suis beaucoup battu pour revenir sur les courts", explique-t-il, avant de décliner ce qui le porte encore : "L'amour du jeu, la passion, une attitude positive et une envie de travailler. Et les bonnes personnes à mes côtés, qui m'ont aidé chaque jour."
Plus d'émotions pour le 21e que pour le 1er Grand Chelem
Maintenant qu'il a accompli ce qui lui semblait presque impossible, Nadal n'a pas changé d'avis. Il sait que ce 21e titre en Grand Chelem fait de lui le numéro un à l'échelle de l'histoire du tennis, en tout cas selon ce critère. "C'est génial de remporter encore un titre du Grand Chelem à ce moment de ma carrière, a-t-il dit dimanche lors d'une conférence de presse tenue à plus de deux heures du matin. Ça veut dire beaucoup et je sais que 21 est un nombre particulier. Je sais ce qu'il veut dire. Alors je me sens honoré. J'ai la chance d'avoir réussi encore une fois quelque chose de grand dans ma carrière tennistique."
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Après le retour, le coup de grâce de Nadal : les temps forts du 5e set face à Medvedev
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Mais si sa maison en Grand Chelem est plus grande que celle de n'importe lequel de ses voisins, il s'en moque, Rafa : "Honnêtement, ce soir, je me fous de savoir si je suis le meilleur joueur de l'histoire ou pas. Je n'y attache pas une grande importance." Ce dimanche soir peut-être encore moins que d'habitude. "C'est même plus important pour moi d'avoir gagné un 2e Open d'Australie qu'autre chose. "Pour moi, l'important est de profiter de soirées comme celle-là, insiste-t-il. Ça, ça veut dire beaucoup pour moi. Plus que d'avoir remporté mon deuxième Open d'Australie, plus que tout."
Que ce titre soit le 15e, le 18e ou le 21e, il le savoure peut-être plus que n'importe quel autre, non pas parce qu'il est synonyme de record ou de pas supplémentaire dans la légende, mais bien en raison des mois qui l'ont précédé. Sa saveur est là. "J'ai traversé des moments très difficiles, j'ai eu des conversations très dures parce qu'on ne savait pas si je pourrais revenir sur le circuit, a rappelé le Majorquin. J'ai été envahi d'émotions pendant tout le match. Ce 21e titre du Grand Chelem m'a procuré plus d'émotions que le premier (Roland-Garros 2005). Cela ne fait aucun doute. En fin de carrière, on apprécie mieux ces moments parce qu'on sait qu'il y a moins de chances qu'ils se représentent. Donc oui, je suis fier, la satisfaction personnelle est plus grande qu'il y a des années."
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Une balle de match de légende : le point qui offre le 21e titre du Grand Chelem à Nadal
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Alors, est-ce son plus grand titre ? "Le plus inattendu, en tout cas, oui !", sourit l'homme de Manacor. Où est-il allé chercher tout ça ? Sur ces six derniers mois, ou ces cinq dernières heures ? Car non seulement il a dû signer un comeback phénoménal sur six mois, mais peut-être plus encore sur cinq heures. Nadal n'avait plus gagné un match en étant mené deux sets zéro depuis 2007. Et il le fait en finale de Grand Chelem, à 35 ans passés, sur 5h24.
"Je n'étais pas prêt physiquement pour ce genre de bataille, avoue-t-il. Je ne m'étais pas suffisamment entraîné pour être prêt pour ça. Mais ce soir, c'était très particulier. J'ai donné absolument tout ce que j'avais en moi, vous pouvez me croire. Je suis très, très fatigué. Je n'arrive même pas à fêter le titre. Mais c'était le jour où il fallait tout donner. Je me suis fait plaisir, j'ai aimé cette bagarre, j'ai aimé ces émotions. Et en plus j'ai le trophée ! Ce soir, je n'ai pas eu mal du tout au pied. J'ai pu courir sans aucune entrave. Je ne sais pas ce qu'il se passera demain, mais j'ai eu la chance de pouvoir jouer librement. Je sais que les choses peuvent changer puisque ma blessure (au pied) est incurable. Mais j'ai pu jouer pendant un mois, c'est déjà beaucoup. C'était inespéré."
Vu son âge et sa nouvelle longue absence, beaucoup pensaient que sa seule chance d'ajouter un ou plusieurs nouveaux titres à son palmarès passerait par Roland-Garros et seulement Roland-Garros. Raté. Ce 21e, en Australie, c'est presque un bonus inespéré. Et Roland-Garros arrive. Pour le 22e ? "Je ne pense vraiment pas du tout à la terre battue, là, croyez-moi". On le croit.
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