Je ne suis pas vacciné
Aéroport de Melbourne, 6 janvier. Novak Djokovic répond aux agents du Service de l'immigration lors de son arrivée. Le script de cet échange sera révélé quelques jours plus tard lors de son appel devant la Cour. A la question "Etes-vous vacciné ?", le numéro un mondial répond "Non, je ne suis pas vacciné".
Depuis des mois, il avait toujours entretenu le flou autour de son statut vaccinal, même si tout ceci n'était au fond qu'un secret de Polichinelle. La presse et la population australiennes, elles, réagissent très mal. L'ancien joueur Sam Groth parle dans le Herald Sun de "crachat à la face de tout Australien". Selon un sondage, 80% des Australiens sont favorables à l'expulsion du champion.
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Si ces preuves sont insuffisantes, il retournera chez lui par le premier avion
Novak Djokovic a commis un péché originel dans cette histoire : son post sur les réseaux sociaux pour annoncer son grand départ pour l'Australie. Un message perçu comme une provocation en Australie. Pendant qu'il était dans l'avion, l'affaire est devenue politique aux antipodes. Elle l'est toujours. Avant même l'atterrissage du champion serbe, le Premier ministre Scott Morrison avait tenu une conférence de presse pour annoncer la couleur :
"Nous attendons sa présentation et qu'il nous fournisse des preuves pour soutenir cette dérogation. Si ces preuves sont insuffisantes, alors il ne sera pas traité différemment de qui que ce soit d'autre, et il retournera chez lui par le premier avion. Il n'y aura aucune règle spéciale pour Novak Djokovic. Pas la moindre". Les dés étaient, peut-être, déjà jetés.
Jésus a été crucifié, Novak est crucifié de la même manière
Novak Djokovic réduit en silence depuis l'aéroport puis au centre de rétention du Park Hotel, ses proches se sont chargés de sa communication. Ce n'est pas toujours une bonne nouvelle pour l'homme aux 20 titres du Grand Chelem, car celle-ci peut vite devenir incontrôlable. Srdjan Djokovic, notamment, le père de Novak, flirte souvent avec la roue libre. Il a ainsi comparé son fils à Spartacus, le libérateur des esclaves, mais aussi à… Jésus-Christ :
"Jésus a été crucifié et soumis à beaucoup de choses, mais il a tenu et est encore vivant parmi nous. Novak est lui aussi crucifié de la même manière, lui, le meilleur sportif et homme du monde. Il tiendra bon."

Dijana, Srdjan & Djordje Djokovic

Crédit: Getty Images

Qu'est-ce que cet homme aurait pu faire de plus ?
Rappelons-le, le jugement, lundi dernier, de l'appel interjeté par Novak Djokovic lors de la première annulation de son visa l'a été sur la forme. Le juge Anthony Kelly a estimé, et l'avocat représentant le gouvernement lors de cette audience en a d'ailleurs convenu, qu'il y avait eu une "inéquité procédurale" en défaveur du numéro un mondial lorsque celui-ci était à l'aéroport, son visa ayant été annulé quelques dizaines de minutes avant l'heure limite fixée par les autorités pour que Djokovic puisse présenter des éléments justificatifs.
Mais lors de cette audience, le juge Kelly avait aussi lâché cette petite phrase ("Qu'est-ce que cet homme aurait pu faire de plus ?") indiquant, que, selon lui, le Serbe avait rempli les conditions nécessaires pour entrer sur le territoire australien en toute conformité.
Une erreur de jugement
Novak Djokovic a plaidé coupable sur deux points précis cette semaine, à travers un communiqué. La première concerne l'interview accordée à L'Equipe le 18 décembre, à Belgrade, deux jours après sa contamination au Covid-19, alors qu'il aurait dû s'isoler. "J'ai annulé tous mes autres événements, à part cette interview (...) car je ne voulais pas laisser tomber le journaliste mais j'ai respecté la distanciation sociale et j'ai porté un masque sauf au moment de la séance photo. Quand je suis rentré à la maison pour m'isoler, en y réfléchissant, c'était une erreur de jugement et je comprends que j'aurais dû reprogrammer cet engagement", a-t-il estimé.
Mon agent s'excuse sincèrement
L'autre erreur est moins "morale", plus administrative, mais elle est aussi beaucoup plus grave dans son dossier puisqu'elle concerne le formulaire d'admission en Australie. Djokovic ne l'a pas rempli correctement. Ou plutôt, son... agent, puisque le numéro un mondial lui a délégué cette mission : "Cette déclaration a été remplie par mon équipe en mon nom (...) et mon agent s'excuse sincèrement pour cette erreur administrative. C'était une erreur humaine et elle n'était pas délibérée." Dans les deux cas (le rendez-vous avec L'Equipe et l'erreur du formulaire), très différents, une même légèreté coupable de sa part.
Il a joué selon ses propres règles
Sur le circuit, Novak Djokovic a reçu quelques soutiens, celui d'Alexander Zverev notamment, mais à mesure que l'Open d'Australie s'est rapprochée, certains n'ont pas hésité à manifester un certain agacement. Dans ce registre, personne n'est allé plus loin que Stefanos Tsitsipas. "Ce qui est sûr, c'est qu'il a joué selon ses propres règles. Ça demande beaucoup de culot de le faire et ça met tout le tournoi en danger... Je ne pense pas que beaucoup de joueurs feraient cela. Il a fait passer la majorité des joueurs pour des idiots", a assené jeudi le Grec, très remonté.
Si vous ne vous faites pas vacciner, cela ne fait pas automatiquement de vous une mauvaise personne
Ancien entraîneur de Djokovic, Boris Becker a refusé sur Eurosport d'accabler son ancien poulain, et surtout pas sur le plan moral. "Si vous ne vous faites pas vacciner, cela ne fait pas automatiquement de vous une mauvaise personne, a-t-il estimé. Je me suis fait vacciner et j'ai fait le rappel, mais j'ai aussi la cinquantaine. Il y a beaucoup de gens qui partagent l'avis de Novak, qui ont confiance en leur système immunitaire fort et qui ont peut-être aussi une autre vision du monde. Novak a pris une décision différente de la mienne et de celle de la majorité des gens. Mais il n'a rien fait d'interdit". Toutefois, il a conseillé au numéro un mondial de se faire vacciner, sans quoi sa vie sur le circuit à court terme risque de devenir très compliquée à gérer.

Boris Becker et Novak Djokovic en grande discussion en 2020 à Brisbane

Crédit: Getty Images

Pourquoi le maltraitez-vous ?
Depuis le début de cette affaire, Djokovic peut compter sur un soutien total du peuple serbe. Y compris de ses plus hautes autorités. Dès le 6 janvier, le président Aleksandar Vucic avait parlé de "maltraitance" des autorités australiennes. Huit jours plus tard, le vendredi 14, il en a remis une couche après la nouvelle annulation du visa du joueur :
"Pourquoi le maltraitez-vous, pourquoi vous en prenez-vous non seulement à lui, mais aussi à sa famille et à toute la nation ?", a-t-il écrit sur Instagram en érigeant Djokovic en cause nationale, avant de conclure : "Novak, nous sommes à tes côtés !". Très politique en Australie, l'affaire Djokovic a aussi pris une tournure diplomatique entre les deux pays...
L'Open d'Australie sera un grand Open d'Australie avec ou sans lui
Samedi 15 janvier. Lors de sa conférence de presse d'avant-tournoi, Rafael Nadal hausse le ton. Très prudent, presque neutre, dans sa première prise de parole sur l'affaire la semaine précédente, il emboîte cette fois le pas de Tsitsipas. "L'Open d'Australie est bien plus important que n'importe quel joueur. L'Open d'Australie sera un grand Open d'Australie avec ou sans lui, lance le Majorquin. C'est évident que Novak Djokovic est l'un des meilleurs joueurs de l'histoire. Mais les joueurs vont et viennent, personne, pas même Roger, Novak, moi... Pas même Bjorn Borg, ne reste. Le tennis, lui, continue d'avancer".
Sous-entendu, le sujet, ce n'est pas Novak Djokovic. C'est l'Open d'Australie. Parlons tennis. Avec ou sans lui.

Novak Djokovic, Rafael Nadal

Crédit: AFP

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