C'est un débat de notre temps qui, sans doute, n'existait pas à l'époque de John McEnroe. Du milieu des années 70 au début des années 90, le tennis masculin a vu émerger une foule de champions immenses, qui ont tous remporté pour ne parler que du Grand Chelem, entre 6 et 11 titres du Grand Chelem. Björn Borg, John McEnroe, Jimmy Connors, Ivan Lendl, Mats Wilander, Boris Becker, Stefan Edberg. Puis Pete Sampras et Andre Agassi, les deux personnages centraux de la fin du XXe siècle et du tout début du XXIe, avant la prise de pouvoir quasi-tyrannique du trio que l'on nommerait bientôt "Le Big 3".
John McEnroe est-il lassé de ce débat qui n'est pas loin de tourner en rond pour savoir, si tant est que cela soit possible, qui, de Roger Federer, Rafael Nadal ou Novak Djokovic (du plus au moins âgé, précision toujours utile pour éviter d'être suspecté de partialité) est "le plus grand". Le "GOAT" (Greatest of all time, le plus grand de tous les temps) ? Pas vraiment. "Je trouve ça plutôt fun de parler de tout ça", nous dit l'ancien numéro un mondial à l'évocation de cette question. Peut-être, justement, parce que la réponse est loin d'être évidente.
Open d'Australie
Monfils n'ira pas à Melbourne mais a les Jeux en tête
03/12/2022 À 23:01

Djokovic, Nadal et Federer.

Crédit: Getty Images

La réalité, c'est que vous pouvez avancer des arguments pour chacun d'entre eux
"A titre personnel, ajoute Big Mac, j'aimerais que les trois s'arrêtent avec le même nombre de titres, peu importe ce nombre". Même s'il a bien conscience que la chose reste assez peu probable, dans la mesure où Roger Federer, qui n'a que très peu joué depuis maintenant deux ans et a dépassé le cap de la quarantaine, ne devrait plus pouvoir accroître son palmarès majeur, alors que Nadal (dès dimanche) et Djokovic n'en sont pas là. "Evidemment, ça s'annonce beaucoup plus compliqué pour Roger, dit-il. Il a 40 ans. On ne sait même pas s'il va pouvoir rejouer. Il va essayer, mais..."
Rafael Nadal sera-t-il automatiquement le plus grand des trois, au moins momentanément, s'il décroche un 21e titre du Grand Chelem dimanche pour s'installer une marche au-dessus de ses deux rivaux ? Tout n'est pas aussi simple. Toujours cette fameuse histoire des critères choisis par chacun.
"La réalité, c'est que vous pouvez avancer des arguments pour chacun d'entre eux, selon John McEnroe. Novak a notamment pour lui le fait d'avoir un meilleur bilan face aux deux autres. Mais Roger est sans doute le plus 'beau' joueur de l'histoire du tennis. Rafa est peut-être le plus grand compétiteur, et ainsi de suite. Ce qui est vraiment très particulier, c'est de se retrouver au même moment avec peut-être les trois plus grands champions de l'histoire, et qu'ils se soient affrontés tellement de fois."

Nadal sur Djokovic : "Personne n'est au-dessus, que ce soit Roger, Novak ou moi-même"

Le palmarès peut-il tout dire de l'impact d'un joueur sur son sport ?

Big Mac est également bien placé pour mesurer à quel point la comparaison d'une époque à l'autre est délicate. Björn Borg, dont la rivalité avec McEnroe a durablement marqué l'histoire du tennis en dépit du faible nombre de matches entre eux (14, seulement, loin des 40 "Fedal", des 50 "Fedovic" ou des... 58 "Djokodal"), a tiré sa révérence avec 11 titres majeurs, mais le Suédois ne mettait jamais les pieds en Australie, à l'époque où le Grand Chelem des antipodes était largement délaissé par les meilleurs.
Par ailleurs, le palmarès peut-il tout dire de l'impact d'un joueur sur son sport ? "Je suis plus jeune que Björn et je me souviens, quand j'étais gamin, je regardais Wimbledon quand il a joué là-bas pour la première fois, et il y avait des centaines de filles qui lui couraient après dès qu'il sortait du court, évoque McEnroe. Quand je voyais Björn, je me disais 'Je veux devenir joueur professionnel de tennis. Il était incroyable. Le joueur, et la personnalité. Sa façon de jouer, de s'habiller, le fait de venir de Suède, qui n'avait pas vraiment d'histoire dans le tennis, tout ça l'a rendu mythique. Il a complètement changé le tennis, plus que n'importe qui. Tout dépend de quoi on parle, mais pour moi, Björn est là, avec les plus grands, dans l'histoire du tennis", ajoute l'Américain.
Le tennis est devenu un sport de masse et un sport universel grâce à Björn Borg. Au niveau planétaire, en termes de popularité, d'audience, le tennis se porte-t-il mieux aujourd'hui qu'avant l'arrivée du Big 3 ? Probablement pas. Mais sur le seul palmarès, le trio de notre temps a incontestablement établi des standards inimaginables il y a une vingtaine d'années, avant que Federer, Nadal et Djokovic ne dévastent tout sur leur passage. "Avec eux, j'ai eu l'impression que ma propre place dans le classement des plus grands joueurs de tous les temps avait dégringolé. J'espère quand même que je reste dans le Top 10", rigole McEnroe.
Je suis sûr qu'on débattra encore de tout ça pendant 20 ans au moins
La vraie question est peut-être de se demander pourquoi notre époque y attache autant d'importance ? Rafael Nadal, partie prenante de l'équation, s'interroge lui-même à ce sujet. "Sincèrement, je suis juste heureux de faire partie de cette période incroyable du tennis, et de partager tout ça avec deux autres joueurs", assurait encore l'Espagnol vendredi.
Autant Novak Djokovic a constamment affiché sa volonté d'épingler record après record, autant Nadal a toujours minimisé, en tout cas dans son discours, son attachement à cet aspect de sa carrière. "Je n'attache pas beaucoup d'importance à tout ça, jure le Majorquin. Ce n'est pas très important si un de nous trois gagne un titre de plus ou de moins que les deux autres, non ? Nous avons accompli tous les trois de très grandes choses."
Dimanche, pour Nadal, ce sera peut-être un peu plus. "Dans vingt ou trente ans, je suis sûr qu'on débattra encore de tout ça, quel que soit celui qui finira avec le plus de titres", glisse de son côté Daniil Medvedev, au cœur de cette lutte malgré lui ces derniers mois. Après tout, comme le dit John McEnroe, peut-être faut-il juste profiter de débattre sans fin d'une question sans réponse catégorique. "Parce que c'est quand même marrant d'en débattre", conclut-il.

Plus fort que Federer : 16 ans, 7 mois et 25 jours, le nouveau record de Nadal

Open d'Australie
"Carlos a besoin de lui" : Ferrero se réjouit du retour de Djokovic à Melbourne
30/11/2022 À 11:35
Open d'Australie
Numéro 1 comblé, Alcaraz se projette déjà : "Je serai prêt à Melbourne"
16/11/2022 À 22:35