Après les Players' Voice, découvrez les Legends' Voice, la tribune réservée aux plus grands joueurs et joueuses de l'histoire du tennis. Dans le premier épisode, Chris Evert revient sur sa rivalité historique avec Martina Navratilova, marquée par deux finales à l'Open d'Australie. La Floridienne en profite également pour faire quelques comparaisons avec le tennis féminin actuel.
"Il y a quarante ans, l'Open d'Australie était un tournoi très différent. Tout d'abord, il était joué sur gazon et au Kooyong Stadium, à huit kilomètres de Melbourne Park. En plus, il était disputé juste après Noël ou quelques semaines avant, donc beaucoup de joueurs et joueuses choisissaient de rester à la maison. Les Grands Chelems n'avaient pas non plus la même "importance" qu'aujourd'hui. Au début des années 80, nous étions très investies dans tous les tournois du circuit WTA. On les plaçait parfois au même stade d'importance que les Grands Chelems.
Je crois que je n'ai joué le tournoi que six fois en dix-huit ans de carrière. Maintenant, si je jouais à l'époque actuelle, j'y aurais beaucoup plus participé parce que gagner un Majeur aujourd'hui, ça signifie énormément de choses.
Open d'Australie
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A 26 ans, Chris remporte l'Open d'Australie pour sa troisième participation. Enfin la bonne après sa défaite en 1974 contre Yvonne Goolagong et en 1981 contre Martina. Elle remporta le tournoi une seconde fois en 1984, comme sur la photo.

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À mon époque, Wimbledon était celui que tout le monde voulait gagner. Aujourd'hui, je pense que chaque Chelem est à peu près égal dans sa stature. Mais l'Open d'Australie est celui qui a probablement évolué plus que tout autre Grand Chelem au cours de ces dix, vingt dernières années. C'est un Grand Chelem où on s'amuse beaucoup ! Tout le monde est très détendu et les joueurs apprécient vraiment la foule.

Des supporters de Ash Barty lors de sa demi-finale à l'Open d'Australie 2022.

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La finale de 1982 a été une victoire importante pour moi, surtout après que Martina m'ait battu l'année précédente en finale, 7-5 dans le troisième set ! Et chaque fois que je la battais sur gazon, c'était assez énorme. Son jeu était fait sur mesure pour la surface et elle a remporté plus de tournois du Grand Chelem sur gazon que n'importe qui d'autre. C'est vraiment la plus grande joueuse sur gazon que nous ayons jamais connue, donc ça a toujours été un défi et j'ai toujours dû jouer "mieux que la perfection" pour la battre.
Au début des années 80, nous jouions toutes les deux plutôt au même niveau, donc c'était un match assez serré. Nos matches se jouaient toujours en trois sets où on enchaînait les allers-retours. Celui-ci n'était pas différent. Cette rencontre, en finale 82, a cependant ajouté une autre saveur : elle était la N°1 mondiale à l'époque et m'avait battu lors de nos deux dernières finales de Grand Chelem sur gazon. J'étais définitivement devenue l'outsider.

La finale de 1982 à Melbourne était la 37e confrontation entre les deux femmes. Au total, elles se sont affrontées à 80 reprises en carrière. Martina mène les débats 43-37. Elles ont toutes les deux remportées 18 titres du Grand Chelem chacune.

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Le fait que nous ayons toutes les deux joué à la même époque, je pense que ça a fait ressortir le meilleur de chacune d'entre nous. Nous étions toujours vraiment gonflées à bloc et excitées. Nous savions que c'était très spécial avant de rentrer sur le court. C'était une rivalité dont tout le monde parlait, donc nous savions à quel point c'était une bonne chose. Pas seulement pour nous, mais aussi pour le jeu et bien sûr, le tennis féminin. Nous avions aussi deux styles différents : elle était très agressive avec son service-volée tandis que moi, j'étais une bonne joueuse de fond de court. Ça a ajouté une dimension supplémentaire à notre rivalité. Elle avait son groupe de fans et j'avais le mien également. Il y avait encore beaucoup de supporters en dehors du monde du tennis qui n'avaient pas parti pris. On peut dire qu'on a "élargi" l'audience et l'intérêt pour le tennis.
Pour l'avenir du tennis féminin, je vois trois grands scénarios :
  • Vous avez une joueuse qui est dominante et pour cela, il suffit de regarder Serena (Williams). Elle était si dominante et c'était génial pour le tennis féminin parce que nos audiences télévisées n'ont jamais été aussi hautes qu'à son époque et c'est ça le plus grand indicateur.
  • Vous avez une rivalité comme la mienne avec Martina : parce que vous avez ces deux groupes de fans et que c'est excitant.
  • Vous avez un nombre impressionnant de talents et c'est comme… 'WOW, mais qui va gagner ?!'
On dirait qu'on a ce troisième scénario en ce moment, ce qui signifie qu'il est certainement beaucoup plus difficile de faire le Grand Chelem en carrière.

En venant à bout de Martina lors de la finale de 1982, Chris a enfin accompli le Grand Chelem en carrière. Seules 10 femmes l'ont fait (4 depuis Chris) dans l'Histoire. C'est Maria Sharapova qui l'a fait en dernier. C'était en 2012.

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Ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose pour le jeu, mais cela rend la récompense tellement plus grande. Remporter tous les titres du Grand Chelem en carrière, c'est énorme. Cela enlève la pression. Quand vous en gagnez deux, vous visez le troisième et vous détestez mettre un terme à votre carrière en ayant remporté trois tournois sur quatre… Vous devez vous battre pour aller chercher ce quatrième sacre qui paraît inatteignable et faire le "Career Grand Slam". Là, vous êtes un champion complet.
Si je devais miser de l'argent sur quelqu'un qui y parviendrait aujourd'hui, ce serait (Ash) Barty parce qu'elle a un jeu "tout-terrain", une excellente défense et une très bonne attaque. Elle a prouvé qu'en remportant Wimbledon, elle est excellente sur les surfaces rapides et en remportant Roland-Garros, elle a montré qu'elle pouvait s'adapter aux surfaces lentes. Elle est bonne sur tous les terrains, même ceux à mi-chemin entre ces deux extrêmes.
C'est plus difficile de gagner un Majeur à cette époque parce qu'il y a tellement plus de profondeur. A mon époque, lorsque je jouais, c'était quelqu'un dans le Top 4 qui gagnait un Grand Chelem, mais maintenant c'est quelqu'un qui est classée dans le Top 30, voire plus loin même ! Regardez Emma (Raducanu) à l'US Open ! J'admirerais encore plus quelqu'un s'il gagnait les quatre aujourd'hui.
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