Dans l'ère Open, le tennis français n'avait jamais connu cela. La saison 2021 restera comme une "annus horribilis" puisqu'aucun représentant tricolore, ni côté féminin ni côté masculin, n'a réussi à atteindre la seconde semaine en Grand Chelem. Ce triste record a matérialisé une tendance majeure, redouté depuis quelque temps par les observateurs attentifs du circuit, celle d'une transition et d'un "trou" générationnel étayés par une autre statistique : lors de trois des quatre dernières saisons (2018, 2020, 2021), il n'y a pas eu non plus le moindre quart de finale en Majeur chez les messieurs. Alors en 2022, nos Bleus sont-ils condamnés à ces vaches maigres ou peuvent-ils espérer mieux ?
En préambule, un constat s'impose : pendant une bonne dizaine, voire quinzaine d'années, la France a pu compter sur le quatuor composé de Richard Gasquet, Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils et Gilles Simon pour porter haut ses couleurs dans les quatre tournois les plus prestigieux du tennis mondial. Tous âgés de 35 ans ou plus, ils arrivent désormais à un stade de leur carrière où leur état physique devient un obstacle à la performance sur le format long des cinq sets. Faut-il dès lors se résoudre à tourner leur (belle) page ? En grande partie oui, mais pas totalement à en croire Arnaud Clément.
Open d'Australie
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Parmi les anciens, seul Monfils semble capable de faire un coup

"En Grand Chelem, très honnêtement, je pense que le seul qui serait encore capable de faire quelque chose, c'est Gaël. Pour les autres, physiquement, ça a l'air d'être dur. C'est d'autant plus compliqué qu'ils ont été, tous, pendant très longtemps, protégés par un statut bien mérité de tête de série. Ce n'est plus le cas désormais, sauf pour Gaël", note l'ancien capitaine de Coupe Davis et désormais consultant pour Eurosport. Ni Tsonga ni Simon n'étaient ainsi assez bien classés pour intégrer directement le tableau principal de l'Open d'Australie, le second s'inclinant d'entrée en qualifications auxquelles ne pouvait même pas prétendre le premier (actuel 260e mondial).

Monfils et Nadal perpétuent une vieille tradition, Moutet entre dans l'histoire

Quant à Gasquet, régulièrement sujet aux blessures, il a de plus en plus de mal à enchaîner aussi et n'a pas pu jouer le moindre match avant de se lancer à Melbourne à cause du Covid-19 récemment contracté. Reste donc le cas Monfils dont l'état de forme semble trancher radicalement avec celui de ses trois compères, malgré une alerte aux cervicales mercredi. Il a ainsi lancé idéalement sa saison 2022 avec un titre à Adélaïde sans perdre le moindre set, affichant quelques objectifs pour la saison à venir, comme "l'envie de gagner un premier Masters 1000".
En jetant un coup d'œil à son tableau à l'Open d'Australie, il pourrait légitimement viser les huitièmes, éventuellement face à Novak Djokovic si celui-ci est autorisé à jouer. Ce serait déjà mieux que le bilan tricolore en 2021. "Gaël est très ambitieux, et il sait que pour atteindre ses objectifs, il faut battre des Top 20 et des Top 10. Les matches de Grand Chelem, c'est toujours un cran au-dessus. Il faut voir comment il enchaîne les matches au meilleur des cinq manches. Bien sûr que ce serait déjà très beau qu'il casse cette dynamique du tennis français, il y a des signes encourageants mais il faut y aller tranquillement", prévient Arnaud Clément.

Rinderknech, Bonzi et Gaston : une dynamique positive à confirmer

Tout ne peut cependant pas reposer sur les épaules du numéro 1 tricolore actuel, car lui non plus n'est pas éternel. Si elles n'ont probablement pas les atouts de leur devancière, les nouvelles générations ont montré ces derniers mois des qualités sur le circuit. Trois noms se détachent du point de vue des performances récentes : Arthur Rinderknech (26 ans et finaliste pour la première fois de sa carrière à Adélaïde cette semaine), Benjamin Bonzi (25 ans) et Hugo Gaston ont tous fait une percée remarquable dans le Top 100 dans lequel ils sont désormais bien installés, respectivement aux 58e, 65e et 67e places mondiales.

Arthur Rinderknech éliminé Corentin Moutet en demie à Adélaïde et file disputer sa première finale sur le circuit ATP

Crédit: Getty Images

Reste que les tableaux principaux de Grand Chelem et le circuit ATP en général, qui seront désormais leur quotidien, représentent un défi de taille à relever. Seront-ils capables de se hisser à la hauteur de la tâche dès 2022 ? "C'est un rythme différent. Quand on joue beaucoup de Challengers avec succès et que la dynamique est bonne, ce qui peut être difficile après, c'est le passage permanent sur le grand circuit. On y affronte des joueurs parfois mieux classés dès les premiers tours. On peut passer de 65 % de victoires sur le circuit Challenger à un bilan bien plus difficile sur le circuit principal. Certains s'en accommodent assez vite, pour d'autres, c'est plus compliqué", observe notre consultant.
Hugo Gaston est celui des trois qui est allé le plus loin en Grand Chelem jusqu'ici avec ce fameux huitième de finale à Roland-Garros en 2020. Son épopée de fin de saison dernière à Bercy (quart de finale en sortant des qualifications) tend à montrer qu'il ne s'agissait pas que d'un feu de paille, et que les grandes occasions le transcendent, du moins à domicile. A lui désormais de se montrer plus régulier partout ailleurs, avant de refaire vibrer la Porte d'Auteuil, au printemps prochain, pourquoi pas.

Attendu à Wimbledon notamment, Humbert a tout pour se relancer

Autre atout dans la manche du tennis français et non des moindres : Ugo Humbert. Certes, la saison 2021 n'a pas été à la hauteur des espérances du Messin qui était attendu pour reprendre le flambeau laissé par un Monfils en plein doute. Mais à 23 ans, le gaucher a encore bien du temps pour donner sa pleine mesure et son jeu offensif n'a rien perdu de son attrait. La preuve : pour sa rentrée après plus de trois mois sans le moindre match, il s'est permis de dominer Daniil Medvedev dans un match irrespirable lors de l'ATP Cup (6-7, 7-5, 7-6). S'il a perdu par la suite face à Matteo Berrettini, puis Alex de Minaur, les matches ont été à chaque fois très accrochés.

Ugo Humbert à Sydney lors de l'ATP Cup 2022

Crédit: Getty Images

"Ugo a sans doute appris beaucoup de cette année 2021 dans la gestion de son programme. Avec les résultats qu'il a eu ces deux dernières années, on peut l'espérer voir plus régulier encore au niveau des Majeurs", considère Arnaud Clément. Humbert pourrait d'ailleurs retrouver Medvedev au 3e tour à Melbourne dès la semaine prochaine, et compte un huitième de finale en Grand Chelem atteint en 2019 à Wimbledon à son actif. Sur gazon, il s'était d'ailleurs imposé à Halle la saison dernière, avant d'avoir la malchance de tomber sur Nick Kyrgios d'entrée au All England Club. Il représente toutefois un atout indéniable sur cette surface en Majeur.

Paire et Pouille toujours au point mort

Pour d'autres, il faut l'avouer, les doutes et le scepticisme sont de rigueur. A commencer par Benoît Paire qui sort de deux saisons très difficiles, lui qui n'a pas su s'adapter à la crise sanitaire et au tennis "sous bulle". Malgré l'envie affichée de se relancer en 2022, un test positif au Covid-19 et une nouvelle quarantaine ont, pour le moment, eu raison de ses résolutions. En déficit de préparation et en difficulté physique, il semble encore loin d'un éventuel rebond.

Benoît Paire, battu par Thanasi Kokkinakis à Adelaïde - 11/01/2022

Crédit: Getty Images

A moins d'un déclic… que recherche aussi Lucas Pouille. Sa blessure au coude droit derrière lui, le Nordiste, invité à l'Open d'Australie et qui défiera son compatriote Corentin Moutet (demi-finaliste à Adélaïde) au 1er tour, est motivé à l'idée de retrouver le niveau qui lui avait permis d'être demi-finaliste en Grand Chelem. Mais le chemin sera long pour le 159e mondial, qui a perdu ses deux premiers matches de l'année en qualifications à Melbourne, puis Sydney.

Pour les Bleues, c'est le grand flou

Du côté féminin, le tableau est tout aussi trouble. Si le réveil de Caroline Garcia et de Kristina Mladenovic reste possible - elles n'ont après tout que 28 ans -, cela fait désormais plusieurs années qu'elles n'ont plus évolué au niveau de Top 10 qui fut à un (court) moment le leur, leur dernier quart de finale en Grand Chelem remontant à Roland-Garros en 2017. Fiona Ferro, qui compte un huitième sur la terre battue parisienne (2020), ainsi que les jeunes Diane Parry et Clara Burel sont espérées pour les suppléer.
"Elles ont bien progressé l'an passé et elles pourraient faire de belles choses. On voit, sur le circuit féminin, que les nouvelles venues qui jouent sans complexe, ça marche plutôt pas mal ! Pourquoi ce ne serait pas une Française ? Il y a du talent : avec une bonne préparation et de la confiance en soi, il y a la place sur le circuit féminin qui n'est pas fermé. Il y a même des ouvertures très régulièrement, et sur les gros tournois", relève l'ancien capitaine des Bleus, en référence à l'épopée d'Emma Raducanu lors du dernier US Open.
Mais quel que soit l'angle envisagé, l'ambition de regagner un titre du Grand Chelem à court terme semble inaccessible. Alors qu'espérer en 2022 ? Un quart de finale en Majeur serait un bel accomplissement vu la tendance des dernières années. Quant à revoir un Français ou une Française en seconde semaine, c'est un objectif minimal à se fixer, et ce même si aucun de nos représentants ne figure actuellement parmi les 16 premiers mondiaux. Histoire de tourner la page 2021, pour qu'elle reste exceptionnelle, dans le mauvais sens du terme.
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