"Si Novak vient à l'Open d'Australie, c'est soit qu'il est vacciné soit qu'il a une exemption médicale". Ainsi parlait il y a quelques semaines Craig Tiley, le patron du Grand Chelem australien. Treize jours avant le coup d'envoi du tournoi, Novak Djokovic a annoncé lui-même ce mardi qu'il serait bien présent à Melbourne pour tenter d'y conquérir un 10e titre. Toujours selon le numéro un mondial, c'est une exemption médicale qui va lui permettre de s'aligner.
Sur le plan du jeu, la présence de Djokovic est une excellente nouvelle. Il est le meilleur joueur de la planète, l'incontestable leader du tennis mondial et le personnage central de l'Open d'Australie depuis plus d'une décennie. C'est la fin d'un feuilleton entre interrogations, rumeurs et spéculations. Mais l'annonce de mardi soulève plusieurs questions.
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03/02/2022 À 13:18

Quels sont les critères pour jouer à Melbourne ?

Il n'y a pas trente-six solutions. Il n'y en a que deux : présenter un schéma vaccinal complet ou bénéficier d'une exemption médicale qui permet de jouer sans être vacciné. Les organisateurs de l'Open d'Australie ne font là que suivre les décisions prises par les autorités locales. Et encore, être vacciné ne suffit pas toujours. L'Australie ne reconnait par exemple pas la validité du vaccin russe Sputnik. La joueuse russe Natalia Vikhlyantseva, vaccinnée avec Sputnik, a ainsi renoncé au déplacement aux Antipodes. Il faut avoir reçu deux doses d'un vaccin référence (Moderna, Pfizer) ou une dose de Johnson & Johnson.
En novembre dernier, l'Etat de Victoria, où se trouve la ville de Melbourne, avait exclu d'accorder une dispense spéciale aux joueurs non vaccinés pour qu'ils puissent participer au tournoi. "Les exemptions médicales seront uniquement des exemptions médicales et non pas des moyens de contourner ces règles pour des joueurs de tennis privilégiés", avait prévenu James Merlino, le Premier ministre adjoint de l'Etat, pour éteindre la rumeur faisant état d'une possible dérogation pour Novak Djokovic. Celle-ci avait fait gronder une partie de la population locale, soumise à un protocole sanitaire drastique depuis le début de la pandémie.

"Vu le contexte et sa position, Djokovic n'aura aucune dérogation"

Qui décide d'accorder les exemptions médicales ?

C'est au début du mois de décembre que l'Open d'Australie a communiqué aux joueuses et aux joueurs le principe des exemptions médicales pour l'édition 2022. Selon le quotidien L'Equipe, qui avait pu accéder à ce document, le processus doit suivre les directives de l'ATAGI (Australian Technical Advisory Group on Immunisation), le comité technique australien consultatif sur la vaccination.
Chaque joueur souhaitant bénéficier d'une exemption médicale devait en effectuer la demande au plus tard le vendredi 10 décembre, soit un peu plus de cinq semaines avant le début du tournoi. La demande devait ensuite être étudiée par un groupe d'experts médicaux indépendants, lequel statue sur la légitimité de la requête.
En confirmant mardi que Novak Djokovic bénéficiait bel et bien d'une exemption, l'Open d'Australie a tenu à rappeler que sa demande avait fait l'objet "d'une étude rigoureuse". Dans son communiqué, le tournoi précise même que "deux panels d'experts médicaux différents" se sont penchés sur le cas du numéro un mondial. Craig Tiley parle d'un protocole "juste et indépendant". Ce n'est donc pas l'organisation du tournoi qui décide ou non seule dans son coin d'accorder cette exemption.

Craig Tiley lors de l'Open d'Australie 2021

Crédit: Getty Images

Le gouvernement de l'Etat de Victoria a lui-même tenu à rappeler les différentes étapes de ce processus. Elles sont au nombre de deux. La demande initiale est effectuée dans un premier temps auprès de la Fédération australienne de tennis qui, après étude, la transmet ou non à l'IMERP (Independent Medical Exemption Review Panel), composé de "médecins professionnels hautement qualifiés en cardiologie, immunologie et médecine du sport".
Le gouvernement précise dans ce même communiqué une information importante : la demande est anonyme. Lorsqu'elle étudie un cas spécifique d'exemption, l'IMERP ignore a priori l'identité du demandeur. Les médecins qui ont accordé une exemption médicale à Novak Djokovic ne savaient donc pas que la requête émanait de lui.

Quelles sont ces exemptions médicales ?

Elles sont peu nombreuses. La première concerne ceux qui ont été touchés par le Covid-19. Ceux qui peuvent faire la preuve qu'ils ont été infectés après le 31 juillet 2021 n'ont pas l'obligation de présenter un schéma vaccinal complet. Il est en effet possible alors de repousser la vaccination de six mois, soit au plus tôt au 31 janvier. L'Open d'Australie 2022 s'achèvera le 30 avec la finale du simple messieurs.
Viennent ensuite des exemptions purement médicales en cas de contre-indication ou de réaction indésirable à la suite de l'attribution d'une première dose d'un vaccin approuvé par les autorités australiennes. Il peut s'agir d'une maladie cardiaque s'étant déclenchée au cours des trois derniers mois, comme une myocardite ou une péricardite, mais aussi une insuffisance cardiaque aiguë ou encore rhumatisme articulaire important. Le demandeur d'une exemption doit alors apporter la preuve, via un certificat, que l'origine de ces problèmes est bien une conséquence de la première dose de vaccination. Des troubles du comportement ou troubles mentaux peuvent également être pris en compte.
En revanche, les antécédents familiaux, les effets secondaires mineurs et l'allergie à d'autres types de vaccins ne sont pas considérés dans ce processus comme suffisants pour jouir d'une exemption. Sur cette base, quel cas de figure a permis à Novak Djokovic d'obtenir une exemption médicale ? Difficile d'être catégorique et il est peu probable que le joueur ou les organisateurs communiquent sur ce point.
Mais il semble tout aussi compliqué d'imaginer qu'il ait souffert de graves problèmes cardiaques ou articulaires entre son apparition au Masters à la mi-novembre et ce début d'année 2022 où il s'apprête à partir pour l'Australie. Selon le document évoqué ci-dessus, le plus probable serait donc qu'il a contracté le virus après le 31 juillet. Mais quand ?

D'autres joueurs bénéficient-ils d'une exemption ?

A ce jour, Novak Djokovic est le premier cas connu de joueur ou de joueuse bénéficiant d'une exemption médicale pour participer à l'Open d'Australie. Selon les dernières communications de l'ATP Tour datant du 24 décembre, 95% des membres du Top 100 au classement ATP présentent un schéma vaccinal complet. Concernant la WTA, le taux atteignait 60% au mois d'octobre, mais il a probablement augmenté depuis (il était au même moment de 65% chez les hommes).
Le cas de Djokovic, sur le circuit masculin, était donc minoritaire. Certes, il n'a jamais déclaré publiquement s'il était ou non vacciné. "C'est une affaire privée", a-t-il toujours avancé. Mais il avait pris publiquement position contre la vaccination au printemps 2020 : "Personnellement, je ne suis pas pour les vaccins. Je n'aimerais pas que quelqu'un m'oblige à me faire vacciner pour voyager", avait-il déclaré. Le fait qu'il ait demandé et bénéficié d'une exemption médicale pour venir en Australie semble confirmer qu'il n'est pas vacciné ou ne présente pas un schéma vaccinal complet.
En tout état de cause, les demandes d'exemption sont rares. Mais Craig Tiley, sans révéler de nom, a fait savoir que d'autres joueurs avaient bénéficié" d'une exemption. "Dans certains cas, leur demande été acceptée, a-t-il confié dimanche. Mais c'est à eux de choisir de le dire publiquement ou non."
Pierre-Hugues Herbert, classé juste en dehors du Top 10 et n'entrant donc pas dans les statistiques dévoilées par l'ATP, n'est pas vacciné. Le joueur français a choisi de ne pas se rendre en Australie et n'avait a priori pas effectué de demande de dérogation. Une chose est certaine désormais : Novak Djokovic sera à Melbourne.

Novak Djokovic avec son trophée après avoir battu Daniil Medvedev en finale de l'Open d'Australie, le 21 février 2021

Crédit: Getty Images

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