Difficile de trouver contraste plus saisissant. C'était il y a onze mois. A Melbourne, en février 2021 (le tournoi avait été décalé en raison de la pandémie du Covid-19), Gaël Monfils, ou plutôt son fantôme, disparaissait dès le premier tour face au jeune Finlandais Emil Ruusuvuori (3-6, 6-4, 7-5, 3-6, 6-3), avant de craquer en conférence de presse, révélant l'étendue de son mal-être. "J'ai perdu, j'ai zéro confiance, je joue mal. Je n'arrive pas à servir, je fais des fautes, je suis 6 mètres derrière, je mets des bâches. Je ne me sens pas bien et ça se voit", avait-il admis avant de fondre en larmes.
Le Français a traîné son spleen jusqu'à l'été. Une âme en peine sur le court, ne prenant plus aucun plaisir. Les défaites se sont enchaînées, et il n'a dû qu'à la protection de son rang à l'ATP grâce au gel du classement de ne pas sombrer dans les abysses de la hiérarchie. Entre la reprise du circuit à l'été 2020 après plus de quatre mois de pause, et les Jeux Olympiques de Tokyo, Monfils aura joué 17 matches. Pour un bilan catastrophique : 3 victoires, 14 défaites. Il était à peine un joueur de tennis.

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Bercy, la frustration

Puis la Monf' a retrouvé de l'envie et quelques couleurs. Rien de fracassant, mais au moins est-il redevenu compétitif à compter de la tournée américaine sur dur. 15 victoires sur les 22 derniers matches de sa saison. Un quart et deux huitièmes en Masters 1000. Un troisième tour à l'US Open avec un gros match perdu contre Jannik Sinner. Une demie à Metz. Une finale, même, à Sofia. Et encore, avec un peu plus de réussite, ou de confiance, le bilan aurait pu s'avérer plus reluisant.
"En fin de saison dernière, je me sentais beaucoup mieux, vraiment bien même, a-t-il confié dimanche après sa victoire contre Miomir Kecmanovic. J'ai été un peu malchanceux. J'ai fait un bon match contre Diego à Vienne (Schwartzman, face auquel il avait cédé en trois sets en huitièmes de finale). Je joue bien contre Jannik (Sinner) à Sofia (en finale) et à l'US Open. Quand je parle de chance, je parle du fait que ça se joue sur un ou deux points, des détails, un coup que tu jouerais mieux avec un peu plus de confiance."

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Sa saison 2021 s'était achevée par un forfait à Bercy, avant d'affronter Novak Djokovic en huitièmes de finale du Rolex Paris Masters. Un crève-cœur, car c'était l'occasion parfaite pour lui de s'étalonner face à ce qui se fait de mieux. "La plupart des gens ne me croient pas, mais j'attendais vraiment ce match, assure-t-il. A la maison, alors que je me sentais super bien. J'avais battu Adrian, qui jouait bien, Kecmanovic, qui jouait bien, et je me sentais prêt pour une bonne bataille avec le numéro un mondial."
Beaucoup de confiance en ma famille, mes amis, mon équipe, et ma femme, maintenant
2022 a démarré en trombe avec ce titre à Adélaïde, sans perdre un set. Et le voilà désormais en quarts de finale de l'Open d'Australie où, là encore, il n'a pas lâché la moindre manche en quatre tours. Comme souvent, Monfils est capable de tomber très bas pour revenir très haut. Il n'y a pas que sur le court qu'il fait l'élastique. On peut parler de renaissance. Tout ça à 35 piges passées. Ce n'était pas gagné. Vraiment pas.
Comment a-t-il opéré ce redressement pour le moins spectaculaire vu d'où il (re)partait ? "Il y a eu une grosse pandémie, ça m'a fait du mal en tant que joueur et en tant que personne, en tant qu'humain tout simplement et ça a mis un gros frein dans ma carrière, s'est-il livré sur Eurosport dimanche. Après, c'est beaucoup de travail, de persévérance. Beaucoup de confiance en ma famille, mes amis, mon équipe, et ma femme, maintenant. Et surtout, beaucoup d'heures sur le terrain. Beaucoup de discussions, de remise en question avec l'équipe. Beaucoup de travail et surtout, ne rien lâcher. Pour l'instant, ça me sourit et j'en suis très content."
Parce qu'il était un peu triste de le voir à ce point à la peine, alors qu'au moment où le Covid-19 a débarqué, il traversait une des meilleures périodes de sa carrière, il est tout aussi réjouissant de le revoir à ce niveau et, plus encore, de prendre du plaisir pour en donner. Pendant cette fameuse conférence de presse de février 2021 à Melbourne, Monfils avait dit : "Le pire dans tout ça, c'est que je taffe, je m'entraîne comme un boucher mais je n'y arrive pas. J'aimerais me relever et me dire que ce cauchemar est fini mais je ne sais pas quand ça va s'arrêter". Maintenant, il sait.

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