Quoi qu'il arrive, Gaël Monfils pourra quitter l'Australie avec le sourire. Celui qu'il a retrouvé, celui qu'il donne à nouveau. Titré à Adélaïde, quart de finaliste à Melbourne, il a pleinement réussi son début de saison. 610 points engrangés au compteur, qui ne peuvent pas lui faire de mal, huit victoires, soit déjà quasiment la moitié de son total 2021, et un niveau de jeu qu'il n'avait plus effleuré depuis deux ans. Les prochains jours détermineront si son Open d'Australie restera une belle satisfaction, ou autre chose. Quelque chose de plus grand, de plus beau, de plus fort.
Jusqu'ici, le numéro un français a accompli ce qu'il sait faire. C'est la 10e fois de sa carrière qu'il se hisse en quarts de finale d'un tournoi du Grand Chelem. Il reste en terrain connu. Si sa performance australienne est remarquable, ce n'est donc pas tant dans l'absolu que pour le contexte dans lequel elle a été réalisée, après une année et demie très compliquée pour lui. Mais quand Monfils est Monfils, qu'il est investi, motivé, il n'est ni anormal ni miraculeux de le voir parmi les huit derniers candidats au titre. Pour ce Monfils-là, battre Coria, Bublik, Garin et Kecmanovic n'a rien d'extravagant, même si on n'ira pas jusqu'à dire que c'était le service minimum. Certainement pas. Et encore moins sans avoir perdu un set.
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Mais Gaël l'a dit, il a envie d'être ambitieux. "C'est bien, c'est un bel accomplissement, mais ce n'est pas terminé", a-t-il assuré dimanche. Le contraire serait anormal. Le problème, pour Monfils, tient au fait que, pour "aller voir plus loin", comme il le dit, il va désormais devoir passer un cap sur lequel il a toujours buté en Grand Chelem. Non pas celui des quarts de finale, puisqu'il a franchi à deux reprises cette étape (Roland-Garros 2008, US Open 2016), mais celui du "très gros joueur" à battre sur une grande scène. En Grand Chelem, il a souvent effacé les obstacles à sa portée, mais pas les autres. Un peu comme un perchiste ou un sauteur en hauteur qui dominerait les barres dans ses cordes, sans jamais pouvoir aller chercher son record personnel.

Il lui manque LA victoire

Quelle est la plus grande victoire de Gaël Monfils dans un tournoi majeur ? Cherchez bien. Malgré sa carte de visite très présentable, il lui manque ce succès d'envergure, cet exploit qui marque une carrière. Jo-Wilfried Tsonga a battu deux fois Federer (à Wimbledon et Roland-Garros) et il a dominé Nadal et Djokovic en Australie. Richard Gasquet a sorti Wawrinka à Wimbledon deux semaines après son titre à Roland-Garros. Il a dompté Ferrer à l'US Open alors que l'Espagnol était 4e mondial et finaliste à Roland-Garros trois mois plus tôt. Surtout, il a vaincu Andy Roddick à Wimbledon, après avoir été mené deux manches à rien, en 2007. Et Roddick, à Wimbledon, c'était quelque chose. Peut-être sa plus belle victoire, à seulement 21 ans.
Monfils, lui, n'a rien à raconter qui ressemble de près ou de loin à ces succès-là. Oublions Tsonga. A l'échelle tricolore, il est, dans sa génération, au-dessus du lot. Prenons Gasquet, maintenant. Comme le Biterrois, Gaël a dominé Roddick et Ferrer en Grand Chelem. A Roland-Garros, à chaque fois. Mais Roddick à Paris ou à Londres, ce n'était pas exactement la même chose. Et si Ferrer, dont la Monf' a pris la mesure porte d'Auteuil à deux reprises en 2008 et 2011, il n'était pas encore sur la cime de sa trajectoire. Oui, il pointait au 5e rang en 2008, mais nous étions cinq ans avant sa finale à Paris. Le Ferrer tombeur de Tsonga en 2013 était d'une autre consistance.

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Bref, Gaël Monfils a signé quelques jolies perfs', mais jamais LA victoire, comparables à celles de Tsonga, Gasquet ou, pour remonter plus loin, à un Cédric Pioline, capable de battre Jim Courier à l'US Open. La dernière victoire d'un Français contre un numéro un mondial en Grand Chelem. C'est à cela qu'il doit s'attaquer s'il veut que son très bon Open d'Australie devienne mémorable et, pourquoi pas, historique. Sa part de légende est à ce prix. Elle ne tient pas à un quart de finale, et encore moins à une victoire contre Miomir Kecmanovic, même au sortir d'un match de grande qualité.

Avec Berrettini, les retrouvailles

Face à lui se dresse Matteo Berrettini. A 25 ans, l'Italien a déjà accompli davantage en Grand Chelem en l'espace de deux ans que Monfils dans toute sa carrière. Finaliste à Wimbledon l'été dernier, il avait vraiment percé la saison précédente, notamment avec sa demi-finale à l'US Open. Ironiquement, à New York, le Romain avait affronté, et battu, un certain Gaël Monfils. En quarts de finale, déjà. Un combat épique, enlevé au tie-break du 5e set par Berrettini.
Ce match avait délivré une sorte de résumé de tout ce que peut être Monfils, et de tout ce qu'il n'a jamais été. Ébouriffant par moments, mais surtout terriblement frustrant. Le Parisien de naissance avait fini par céder alors qu'il avait d'abord largement mené (un set et un break). Il avait 33 ans, Berrettini 23. C'était son 9e quart de finale majeur, et le premier de l'Italien. Berrettini avait craqué par moments, mais c'était compréhensible. Mais Gaël, malgré son vécu si supérieur, avait lui aussi géré ce match comme un bleu sur certaines séquences, et il l'avait payé.
Pourquoi imaginer qu'il puisse réussir mardi là où il a échoué en septembre 2019 alors que, depuis, le grand Matteo a franchi quelques caps supplémentaires ? C'est une interrogation légitime, pas un jugement définitif. Comme le football français a cherché son "Nouveau Zidane" dans une quête vaine et obsessionnelle, Gaël nous a vendu du "Nouveau Monfils" à de multiples reprises depuis quinze ans. A 35 ans, est-il en train de se réinventer, de se muer en quelqu'un qu'il n'a encore jamais pu devenir ? Pourquoi pas, après tout. Ce qu'il a accompli depuis une semaine était un préalable, pas une garantie. Toutes ces questions ne pouvaient trouver leurs réponses dans cette première moitié de quinzaine. Mais encore fallait-il la traverser sans encombre pour se donner une chance d'y répondre.

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