Arthur Cazaux : "Je n'ai pas la même trajectoire qu'un Alcaraz ou qu'un Rune mais je l'accepte"

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Révélation de l'Open d'Australie, Arthur Cazaux est la nouvelle attraction du tennis français. De retour à Paris après un mois décisif dans sa carrière à l'autre bout du monde, il est revenu sur ses petits déclics successifs qui lui ont permis d'atteindre les 8es de finale à Melbourne. Entretien dans l'Eurosport Tennis Club avec Thomas Bihel, Justine Hénin et Frédéric Verdier.

Cazaux : "Dans la tête j’ai passé un petit cap et je suis prêt à tout type de situation"

Video credit: Eurosport

Arthur, on vient de voir l'élimination de Carlos Alcaraz. Vous le connaissez bien pour l'avoir croisé en jeune. Est-ce que c'est une pression aujourd'hui, de voir ces joueurs si jeunes aussi haut, pour vous ? Ou, à l'inverse, vous vous dites que vous êtes jeune et que vous avez le temps ?
Arthur Cazaux : C'est important de ne pas se fixer de limites. En tout cas, moi, je fonctionne comme ça. Mais c'est important d'avoir du détachement par rapport à ça. On est jeune, on a le temps, chacun a sa trajectoire. Je n'ai pas la même trajectoire qu'un Carlos ou qu'un Holger mais je l'accepte. Ça prendra le temps que ça prendra. Forcément, j'ai envie que ça aille vite, j'ai envie de jouer sur des grands courts tout le temps. Mais c'est important de se concentrer sur les fondamentaux, sur mon jeu, de rester fidèle à mes valeurs et on verra ce que la suite nous réserve.
S'il y avait une image à retenir de cet Open d'Australie…
Arthur Cazaux : S'il y avait une image à retenir, je dirais que c'est la communion que j'ai eue avec les supporters là-bas. J'aurais pu sortir plein d'autres images mais ils n'étaient vraiment pas beaucoup et ont mis une énergie de fou, sur tous les matches des Français. Quand on revoit les images après mon match contre Griekspoor, ils ont été au taquet, ils ont crié pendant tout le match et même deux jours avant, pendant 3h30, ils étaient là à crier. C'est vraiment un plus quand on est joueur et qu'il y a une ambiance comme ça, que les supporters sont au taquet. Ça ajoute un truc durant le match. C'est ce genre d'ambiances que j'adore, ça amène une certaine adrénaline. C'est un échange d'émotions entre eux et moi.
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Cazaux sur les supporters français en folie : "C'est ce genre d'ambiance que j'adore"

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Après ce tournoi, vous serez 83e mondial. Avant vous étiez au-delà de la 100e place. Est-ce que le fait de recevoir la wild card de la Fédération Française de Tennis a engendré une pression supplémentaire ? Vous auriez pu vous dire 'il faut que je sois à la hauteur'…
A.C : Non, franchement non. En tout cas, je ne l'ai pas abordé comme ça. J'étais très fier et très reconnaissant d'avoir reçu la wild card. Je l'ai su début décembre, au début de ma préparation foncière. J'étais reconnaissant parce que sur la fin d'année dernière, je n'avais pas atteint mes objectifs. Le fait de recevoir ça, ça m'a reboosté le moral. J'étais redevable de ça et donc je me suis entraîné vraiment dur pendant la préparation foncière. Je savais que j'étais capable de sortir des gros matches, je l'ai prouvé. Ça a été très bénéfique pour moi.
Quand vous jouez le Challenger à Nouméa début janvier, au premier tour contre Jules Marie, est-ce que vous vous dites que quelque chose va se passer dans les semaines à venir ?
A.C : Non, je ne crois pas. En fait, le premier déclic arrive au 2e tour. Je gagne à l'arrache sur Patrick Kypson qui était la WC américaine en Australie aussi. Je perds 6-3, 4-2 et break pour lui en jouant très très mal au tennis. C'était affreux. Mais, tout le match, je suis resté concentré, en me disant 'Arthur, c'est le tennis, ça arrive de faire des mauvais matches, tu sais ce que tu vaux, tu te donnes à fond et si tu perds, tu perds'. J'ai eu cette mentalité-là tout le match. Le match a fini par basculer, je m'en sors à 7-6 au second avant de gagner au troisième set. J'ai eu un petit déclic après en me disant 'voilà tu sais quelle attitude avoir quand ça ne va pas’. Donc j'ai reproduit cette attitude-là sur chaque match, ça m'a réussi jusqu'à l'Australie. Derrière, il y a cette première victoire en cinq sets contre Laslo Djere, qui était 33e mondial. Il y a le premier Top 10 avec Holger Rune. J'ai surfé sur ça. Ça a été un mois très riche en expériences, je sors grandi de ces deux tournois.
Pendant ces quatre matches, on a senti une sérénité totale. Il n'y avait ni stress excessif, ni enflammade qu'on peut parfois retrouver chez les jeunes joueurs. D'où ça vous vient ?
A.C : Ça a été un de mes fils conducteur cette sérénité. De me dire que j'étais capable de battre ce genre de joueurs, que je suis prêt physiquement, mentalement, en bossant très dur ces derniers mois. Dans la tête, j'ai passé un petit cap. J'ai commencé la méditation aussi depuis peu, je trouve que ça m'aide pas mal. Maintenant, j'arrive sur le court en pensant à tout type de situation, que je joue bien, mal… C'est ce qui m'a servi pour être performant sur quatre matches.
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Cazaux : "Dans la tête j’ai passé un petit cap et je suis prêt à tout type de situation"

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Au-delà de la gestion mentale, que retenir d'autre de ce mois fou ?
A.C : Sur la gestion physique, c'était la première fois que je passais un tour en Grand Chelem. Et derrière, j'ai eu la chance d'en passer trois autres. J'ai vu que physiquement j'étais prêt. Mais je ne me rendais peut-être pas assez compte à quel point il faut se gérer, en dehors ou sur le court. C'était important d'accepter de ne pas toujours se sentir bien physiquement pour pouvoir rebondir à chaque fois. Sur chaque match, à la fin, je sentais que j'en avais encore sous le pied. C'est ce qui m'a permis de garder un niveau tennistique et une intensité assez haute.
Est-ce que vous vous êtes rendu compte de ce qu'il se passait en France dans le même temps ? Peut-être avec vos parents ? Ou vous êtes resté dans votre bulle ?
A.C : Pendant le tournoi, je suis resté pas mal dans ma bulle. Là, je m'en rends compte petit à petit. Ça fait à peine 7h que je suis rentré en France et c'est vrai que j'ai déjà beaucoup de sollicitations. Donc je me rends compte qu'il va falloir bien gérer les prochains jours et les prochaines semaines car, déjà là, je commence à avoir un peu de fatigue. Mais c'est bon signe. C'est nouveau mais je suis bien entouré, je vais essayer de gérer ça au mieux.
Vous avez dit après un de vos matches : "Quand je suis sur le court, je suis affamé". C'est vraiment l'état d'esprit qui vous habite ?
A.C : Sur Rune, sur les autres matches, j'ai un peu ce mode en tête où je me dis 'tu es là pour montrer ce dont tu es capable à l'adversaire et être le patron sur le court'. J'aime bien le MMA, les sports de combat donc j'aime bien me mettre dans ce mode de gladiateur, de guerrier. Sans non plus trop en faire, je crois avoir trouvé ce juste milieu.
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Arthur Cazaux après sa victoire face à Holger Rune à l'Open d'Australie 2024

Crédit: Getty Images

Paul-Henri Mathieu était notre invité et nous avons forcément parler de Coupe Davis. Faire partie de cette équipe, c'est une possibilité selon vous ?
A.C : J'espère. Rapidement. Mais représenter la France, c'est incroyable. Je suis fier d'être Français, j'essaye de représenter au mieux mon pays individuellement dans les tournois. Mais en équipe, la saveur est particulière. J'ai eu la chance de passer dix jours avec eux en fin d'année dernière en tant que sparring en Angleterre, je n'avais jamais goûté à ça mais c'était incroyable. Ça m'a encore plus donné envie d'y être, de jouer en tant que titulaire. J'espère continuer à progresser et si ce n'est pas cette année, pourquoi pas, mais dans les prochaines années, avoir ma place en équipe de France.
On vous a vu signer après votre victoire face à Rune un hommage envers Montpellier. Pourquoi ?
A.C : C'est la première fois que j'écrivais quelque chose sur une caméra. Et la première chose qui m'est venue en tête, c'est Montpellier. C'est ma ville, il y a ma famille, mes amis. C'est une ville très sportive, je suis un grand fan du MHSC donc je me suis dit que je devais faire cette dédicace. "La Paillade 34" avec un cœur, c'était bien. J'y retourne pour l'Open Sud de France dès la semaine prochaine, on m'a dit que j'allais avoir pas mal de sollicitations là-bas mais je suis prêt. Encore une fois, c'est plutôt bon signe. Je vais kiffer là-bas.
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Arthur Cazaux

Crédit: Getty Images

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