Arthur Cazaux, un physique hors du commun : "Il aurait pu devenir un grand biathlète"

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Docteur en biologie et en physiologie, Laurent Schmitt travaille pour la FFT et a également collaboré avec la fédération française de ski. Epaté par les tests physiques d'Arthur Cazaux, il nous raconte pourquoi le Français est né sous une bonne étoile. Au-dessus du lot dans l'endurance et sa capacité à récupérer, Cazaux peut s'appuyer sur des qualités folles qui expliquent son explosion.

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Pouvez-nous nous expliquer les caractéristiques physiques d'Arthur Cazaux ?
L.S. : Quand on a fait passer les tests Vo2 max (ndlr : quantité maximale d'oxygène que l'organisme peut utiliser par unité de temps), on a tout de suite repéré qu'Arthur était à un très très haut niveau, vraiment exceptionnel pour un joueur de tennis. En rigolant, je lui avais dit : 'Si ça va pas en tennis, tu viens faire un tour en équipe de France de biathlon ou de ski de fond.' Parce qu'il est au niveau des jeunes qu'on recrute à son âge. Il a une capacité physiologique très bonne.
C'est-à-dire, concrètement, qu'il supporte beaucoup mieux l'effort que les autres ?
L.S. : En terme de puissance, un peu comme les cylindres d'un moteur, certains ont 150 chevaux, lui en a 350. En terme de production d'énergie, c'est du très haut niveau. Mais pour tenir dans le temps aussi. Ses capacités lui permettent de tenir très longtemps sa très haute puissance de travail. Il récupère plus vite entre les échanges parce qu'il apporte beaucoup d'oxygène à ses muscles.
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Est-ce qu'il est un cas à part sur le circuit ?
L.S. : Il est dans la zone du top du top. Je n'ai jamais entendu les résultats de Djokovic, Nadal mais je ne pense pas que ces joueurs dépassent le niveau d'Arthur. Il est dans la fourchette très haute de ceux qui sont le mieux équipés. Un jour en rigolant, je lui ai dit que je ne serai pas content s'il ne réussissait pas. On n'a pas le droit de ne pas y arriver quand on a ce qu'il a. Il a toutes ces qualités aérobiques qui iraient plus dans un sport d'endurance comme le biathlon, le ski de fond ou le cyclisme. Et en plus, il est très rapide. S'il était dans une région montagneuse et qu'il avait appris à skier, il aurait pu devenir un grand biathlète. Il aurait pu faire énormément de choses.
Avez-vous déjà travaillé avec un athlète avec de telles données ?
L.S. : Pour un joueur de tennis, la valeur Vo2max, c'est entre 60 et 65 ml/mn/kg. Arthur est à 75, je n'ai pas vu de joueur de tennis à ces niveaux-là. Mais un Guillaume Martin (ndlr : 8e du Tour de France 2021) monte à 90.
Pourtant, Arthur a un haut du corps assez peu commun pour un joueur de tennis. Il est extrêmement musclé avec un physique plus proche du sprinter que du fondeur.
L.S. : Il a un pourcentage de masse grasse qui est très bas. C'est un vrai athlète. Il est bien équilibré, puissant. Ce qui est surprenant, c'est de voir que ce paramètre lié aux qualités aérobiques est très développé chez lui. J'ai déjà vu des athlètes complets, comme lui, dans tous les domaines comme Martin Fourcade qui réunissait des qualités de puissance et d'endurance. Ça ne garantit pas qu'il sera, un jour, au top niveau mais il a tout ce qu'il faut pour l'être. Il a des choses que les autres n'ont pas.
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Comment cela s'explique ? C'est simplement parce qu'une bonne fée s'est penchée au-dessus de son berceau ?
L.S. : Il a des qualités génétiques et épigénétiques. Il avait tout ce qu'il fallait au départ et il l'a développé avec son staff, son encadrement. Avec son préparateur physique, Laurent Laffite, ils ont trouvé les clés pour régler ses problèmes de blessure. Dans son système nerveux, il a énormément d'énergie. Il se répare très vite.
A priori, jouer des matches en cinq sets et les enchaîner, ça ne lui pose donc pas de problème ?
L.S. : Il va se fatiguer, bien sûr. Mais, après ses tests, lors du debriefing, on lui a dit qu'il pouvait partir dans des échanges longs, qu'il peut les enchaîner et faire exploser son adversaire. Il faut qu'il ait confiance là-dessus parce que l'autre va se fatiguer plus vite. C'est un aspect mental intéressant à développer.
Est-ce qu'il y a un revers de la médaille, une fragilité tout de même ?
L.S. : Comme dans une voiture, le moteur peut être super mais avoir une carrosserie qui ne tient pas le choc. Il a de la vitesse, de la puissance mais est-ce que les tendons vont tenir ? Il ne faut pas qu'il aille toujours dans la difficulté dans les entraînements sinon il risque la blessure.
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