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Open d'Australie 2024 : Faut-il donner au public un libre accès aux tribunes au risque de perturber les joueurs ?
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Publié 16/01/2024 à 14:42 GMT+1
L'Open d'Australie n'a pas innové qu'avec son "Sunday start" cette année. L'organisation permet aussi au public d'entrer et de sortir de ses courts à la fin de chaque jeu, ce qu'il ne pouvait faire que lors des changements de côtés jusqu'ici. Si les spectateurs apprécient, certains joueurs, eux, s'en plaignent parce que le bruit et le mouvement les perturbent. Alors le tennis doit-il évoluer ?
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Impressionné par le niveau de jeu de Dino Prizmic, Novak Djokovic a aussi montré pas mal d'agacement lors de son 1er tour à Melbourne. Et la résistance de son jeune adversaire ou sa propre qualité de tennis n'en étaient pas les seules raisons. Le numéro 1 mondial s'est ainsi lancé dans un dialogue animé avec l'arbitre pour se plaindre du mouvement en tribune sur la Rod Laver Arena et a alors pris connaissance d'une nouvelle règle en vigueur lors de cette édition 2024 : le public peut désormais quitter le court ou y revenir quand un jeu se termine. Il n'a plus besoin d'attendre les pauses traditionnelles que constituent les changements de côtés.
"Je comprends que l'objectif de tout ça, c'est d'améliorer l'expérience et le confort des spectateurs. Et nous jouons pour eux. Nous voulons que quand ils viennent au stade, ce soit palpitant pour eux", a-t-il d'abord estimé après sa victoire, en revenant sur l'épisode. Il s'agit effectivement pour l'organisation de permettre aux fans de profiter encore plus de leur venue sur le site du tournoi en fluidifiant la circulation et en mettant fin aux files d'attente qui grossissent à l'entrée des enceintes. Déjà en vigueur depuis plusieurs années dans les tribunes hautes, la règle est désormais appliquée aussi dans les tribunes basses.
Plus fluide pour les spectateurs, moins pour le jeu
Certains joueurs, en revanche, n'en sont pas ravis. L'Australien Jordan Thompson n'a, par exemple, pas caché son exaspération quand le bruit et l'agitation du public l'ont, de fait, empêché de servir, générant une interruption du jeu intempestive. Et Djokovic d'expliquer : "Toute ma carrière, j'ai été habitué à ce type d'atmosphère (avec un minimum de mouvement et du silence, NDLR), et quand ça change, ça vous perturbe, ça distrait un peu. Nous avons perdu pas mal de temps aujourd'hui (dimanche) quand ils laissaient les gens s'installer alors qu'il n'y avait pas de changement de côté. Je ne sais pas si c'est vraiment la meilleure règle, même si je la comprends du point de vue du tournoi et des fans. Donc, je suis partagé en quelque sorte."
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Également interrogé sur le sujet, Daniil Medvedev précise encore plus la nature du problème. "Je pense que ça dépend. Quand les gens sont sur les côtés, ça va. S'ils sont juste derrière vous, ça peut déranger au service comme au retour, a-t-il expliqué en conférence de presse. Pour moi, c'est même plus le cas au retour, parce que quand le serveur lance sa balle, vous voyez tout ce mouvement derrière lui. Le truc, c'est qu'en Grand Chelem, il n'y a qu'une minute de pause lors des changements de côtés, donc bien sûr que 500 personnes ne pourront pas rentrer. Leur durée devrait être allongée à une minute et demie, comme ce à quoi on est habitués sur le circuit. Et tout le monde peut s'asseoir comme ça."
Le Russe relève ici une contradiction fondamentale dans la gouvernance actuelle du tennis mondial. Alors que des décisions sont prises pour privilégier la continuité du jeu – réduction du temps entre les services, au changement de côté, réglementation de la durée maximale d'une pause aux toilettes –, d'autres ont l'effet pervers d'augmenter voire de multiplier le nombre de pauses dans un match de tennis.
Mais d'autres ne partagent pas ce point de vue. C'est notamment le cas de Frances Tiafoe qui avait considéré la saison dernière que le public devrait non seulement être capable d'aller et venir comme bon lui semble lors d'une partie mais aussi de parler ou de s'exprimer sans restriction. L'Américain pense que le tennis devrait prendre exemple sur la NBA ou plus largement de ce qui se passe dans les sports collectifs.
Alors, les joueurs, généralement réfractaires aux changements, doivent-ils sortir de leur zone de confort pour faire évoluer leur sport ? "Il faut être sur le terrain pour prendre conscience de ce que ça engendre pour les joueurs. Ce qui est sûr, c'est qu'on apprécie toujours d'être dans sa bulle pour se concentrer au maximum, considère notre consultante Justine Henin. C'est vrai que le tennis est codifié d'une certaine manière. Je peux comprendre que Djokovic et Tiafoe aient des idées complètement différentes par rapport à ça, et moi, en tant qu'ancienne joueuse, je me rangerais plutôt du côté de Djokovic. Cette notion de silence, de calme est importante. Le changement est très perturbant dans un sport comme le tennis où le bruit de la balle est un repère. Il faut faire évoluer le tennis, tout en ne le dénaturant pas, c'est tout le problème."
Le débat devient donc celui de l'histoire et de la culture propres à chaque sport. Dans le monde feutré de la petite balle jaune comme en golf, sports originellement réservés à une certaine bourgeoisie, l'étiquette et la promotion d'un certain comportement des joueurs et des spectateurs ont toujours eu une place importante. Le silence pendant un point est un élément de respect fondamentalement attaché à ce jeu, autant qu'un aspect important pour permettre la concentration maximale dans un sport individuel. En tennis, on ne peut pas se reposer sur ses coéquipiers comme en basketball ou en football.
Que certains transgressent ce principe de temps à autre, pourquoi pas. Cela contribue même à épicer le spectacle. Mais si l'on généralise la transgression, alors elle perd forcément de sa saveur. Le tennis en est encore loin, il ne s'agit pas encore de permettre le mouvement et le bruit pendant les points mais à la fin des jeux. Et Craig Tiley a insisté sur le fait qu'il s'agissait d'une expérimentation. Reste à savoir si elle durera et si la logique sera poussée plus loin à l'avenir.
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