Open d'Australie - Demi-finale (H) - Chambrage ou "mind game" : Comment Novak Djokovic appuie là où Zverev a mal

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Novak Djokovic jouera vendredi sa 12e demi-finale de l'Open d'Australie et la 50e en Grand Chelem. Du haut de cet exceptionnel vécu, le Serbe toise tout le circuit, y compris son futur adversaire Alexander Zverev, auquel il l'a rappelé, sur le ton de la plaisanterie, lors de cette quinzaine. Mais même si le ton est bon enfant, il s'agit aussi d'un moyen de consolider un ascendant mental.

Du grand spectacle, un immense vainqueur : le grand format de Djokovic - Alcaraz

Video credit: Eurosport

"Il y a une différence entre un rêve et une obsession." Les passionnés de sport et de football en particulier depuis deux décennies auront sûrement reconnu la citation. Ces mots furent ceux d'un certain José Mourinho lors d'une conférence de presse restée célèbre juste avant la demi-finale retour de Ligue des champions entre son Inter Milan et le FC Barcelone de Pep Guardiola en 2010. Une analogie que Novak Djokovic aurait pu reprendre à son compte pour préparer la bataille qui l'opposera à Alexander Zverev vendredi, sur la Rod Laver Arena. Et peut-être d'ailleurs l'a-t-il fait, à sa manière.
Le raisonnement mérite un peu de contexte. Il y a quinze ans, le "Special One" imposait ce rapport de force psychologique ("mind game" en anglais) en opposant la pureté du rêve intériste, c'est-à-dire conquérir la plus belle des compétitions européennes, à l'obsession maladive catalane de le faire à Santiago-Bernabéu, stade de l'ennemi juré, le Real Madrid, où se déroulait la finale. Quel rapport avec la demi-finale australienne à venir ? Le voici : Zverev est obsédé par la conquête d'un premier titre en Grand Chelem qui lui échappe obstinément, quand Djokovic rêve d'un 25e Majeur dont il n'a fondamentalement pas besoin. Et c'est par l'humour que le Serbe a mis en évidence ce contraste depuis deux semaines.
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Zverev répond à Djokovic : "Comment décrocher un Grand Chelem ? Laisse-moi en gagner un"

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Humour cinglant et sens caché

Tout a commencé avant même le début de cette quinzaine. Lors d'un match-exhibition, Zverev avait expédié un missile en coup droit gagnant que Djokovic avait considéré comme "injuste", suscitant les rires du public. Ce à quoi l'Allemand avait répliqué (avec le sourire évidemment) qu'un joueur ayant gagné 24 titres du Grand Chelem était gonflé de s'en plaindre. Puis, l'acte 2 de cet échange de piques humoristiques a eu lieu dès le lendemain, quand le Serbe s'était invité dans la conférence de presse d'avant-tournoi de l'Allemand, jouant les journalistes :
Djokovic : "Nous savons que tu aimes l'univers, les planètes. Peux-tu nous dire ce qui t'attire dans le sujet de l'exploration spatiale ?"
Zverev : "Essayer de résoudre le mystère de l'inconnu. Est-ce que c'est une bonne réponse ? Nous pensons que nous savons des choses, mais en fait nous en savons très peu."
Djokovic : "Penses-tu que la réponse pour gagner un Grand Chelem se trouve dans l'espace ?"
Zverev : "Je pense que la réponse pour ça, c'est que tu me laisses en gagner un !"
Une belle preuve d'autodérision de Zverev, peut-on constater de prime abord. Mais entrer dans ce jeu lui est-il favorable ? "Ce qui est fou dans sa réponse, c'est qu'on sent tellement de respect… Plus que la question de Djokovic, c'est la réponse de Zverev qui montre le gouffre qu'il y a entre les deux palmarès, note Camille Pin, consultante pour Eurosport. Malgré sa stature et sa posture, Zverev a un manque de confiance énorme à gommer, même dans ces réponses-là. Même s'il le pense vraiment, il fait une petite erreur. C'est une petite bataille de gestion humaine et de maturité. La prochaine fois, il ne faut pas qu'il se rabaisse à ce point-là. Il faut qu'il trace sa route et il n'a pas à se comparer à Djoko."
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Djokovic : "Si j'avais perdu le 2e set, je ne sais pas si j'aurais continué"

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C'est aux autres de se protéger, ils doivent savoir que le duel commence avant
Dans la maîtrise du rapport de force mental, Djokovic n'a pas d'égal sur le circuit. Il sait entrer dans la tête de ses adversaires comme personne. Carlos Alcaraz, qui l'a pourtant déjà battu deux fois en finale de Majeur à Wimbledon – ce dont Zverev ne peut évidemment pas se targuer –, l'a encore appris à ses dépens, incapable de gérer la blessure adverse en quart de finale. Et l'air de rien, le décuple champion à Melbourne a remis une pièce dans le juke-box dans son interview d'après-match, préparant, toujours avec humour, le terrain de sa demie à venir.
"Le fait d'avoir un jour de récupération supplémentaire, ça arrive au moment parfait pour moi. J'espère que je pourrai m'exprimer au mieux sur le court parce que Sascha joue l'un des meilleurs tennis de sa vie. Normalement, on a un accord : aussi longtemps que je joue, il va me laisser des Grands Chelems", a-t-il lancé, sourire en coin, à Jim Courier. La méthode rappelle celle employée par… Roger Federer, toujours à Melbourne, avant sa finale en 2010. L'œil pétillant, le Suisse avait feint de plaindre son futur adversaire Andy Murray, accablé par la pression qui pesait alors sur ses épaules de conquérir le Graal pour la première fois "depuis 150 000 ans" pour un Britannique.
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Touché à l'adducteur, Djokovic prend un temps mort médical dans le 1er set

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"Ce n'est pas anodin. C'est Djokovic, il est à part, avec toute sa complexité. On ne sait pas trop sur quel pied danser parfois avec lui, estime encore Camille Pin. Il aime bien maintenir cette ambiguïté entre premier et… huitième degré. Serena Williams avait aussi ça, ce facteur un peu d'intimidation en amont. Ces grands champions sont différents sur certaines approches. Je pense qu'il aime le challenge, c'est une façon de dire qu'il est là. Le tennis, c'est un vrai duel et les gens l'oublient parfois parce qu'il y a du beau jeu. Mais au final, c'est : comment tu rentres dans la tête de l'autre. Tant que ça reste correct et bon enfant, je trouve ça plutôt sympa. C'est aux autres de bien réagir et de se protéger. Ils doivent savoir que le duel commence avant."
À 27 ans, et après une décennie à vadrouiller sur le circuit, Alexander Zverev n'est pas né de la dernière pluie. Et il n'a pas de complexe particulier face à Djokovic, qu'il a quand même battu quatre fois en 12 confrontations, et à des occasions importantes comme la finale du Masters en 2018 ou en demie des Jeux Olympiques en 2021. Mais sur le format long, il n'y est encore jamais parvenu. Jusqu'à preuve du contraire, l'épreuve des cinq sets est l'élément du "Djoker". Et même s'il n'est pas à 100 % physiquement, il reste le maître du jeu mental.
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