US Open 2026 | L'antisèche : Alexander Zverev, le sacre de l'autorité
Par Laurent Vergne
Publié 14/09/2026 à 00:51 GMT+2
Il y a trois mois, Alexander Zverev s'était libéré d'un poids gigantesque en remportant à Roland-Garros son premier titre du Grand Chelem, au terme d'une finale sous le sceau de la peur. Dimanche, à New York, il a doublé la mise à l'US Open en dominant un Ben Shelton trop timide en quatre sets (6-3, 7-6, 5-7, 6-2). Cette fois, l'Allemand était pétri de certitudes.
Shelton n'a pas pu stopper le nouveau Zverev : Les temps forts de la finale en vidéo
Video credit: Eurosport
Le pourquoi du comment
Évacuons le problème d'emblée : non, ce ne fut pas une grande finale. Ni par son ampleur tennistique ni par sa dimension émotionnelle. Il ne restera probablement pas grand-chose de cet ultime affrontement de l'édition 2026, et c'est malheureusement une tendance ces derniers temps à Flushing. Il faut commencer à regarder un peu loin dans le rétroviseur pour trouver trace d'une finale masculine réellement marquante. Les trois autres majeurs ont été bien plus gâtés dans ce registre. Mais Alexander Zverev s'en moquera probablement et, pour tout dire, il aura bien raison.
Seul le résultat comptait pour lui et, comme à Roland-Garros, il est sorti vainqueur d'une finale face à un novice à ce niveau. Mais ce fut le jour et la nuit entre les deux finales. Autant Zverev avait été tendu comme un arc à Paris, lesté par la conscience de jouer une grande partie de sa carrière sur ce match, autant il est arrivé dimanche avec toutes ses nouvelles certitudes. Il avait tactiquement bien préparé son affaire et, porté par une première balle toujours phénoménale (85% de points gagnés derrière celle-ci) et une confiance certaine au vu de son match up face à Ben Shelton (5 victoires en 5 matches), il a mené sa barque en patron.
L'Américain n'a pas rendu une copie affreuse pour sa toute première finale majeure, mais il n'a pas été capable de l'embraser, et sans doute aurait-il fallu cela pour bousculer davantage Zverev. Son grand malheur aura été de passer au travers dans quasiment tous les moments déterminants de la partie, que ce soit ce break concédé d'entrée, qu’il a traîné comme un boulet dans le premier acte, le jeu décisif de la seconde manche, où il n'a pas vu le jour, où son service perdu dès l'entame du 4e set, alors qu'il venait tout juste de se relancer. Dommage pour lui, dommage aussi pour l'envergure de cette finale qui n'aura jamais totalement décollé.
Le moment-clé
Comme évoqué ci-dessus, plus qu'un instant décisif, c'est toute une série de séquences qui ont pesé sur le destin de cette finale. D'une certaine manière, oui, tout était écrit d'entrée, tant ce break sur le premier jeu du match a donné le ton. Mais c'est certainement en fin de deuxième set que Ben Shelton n'a pas su se montrer à la hauteur. C'était là qu'il pouvait s'octroyer un indispensable "momentum" en revenant à hauteur. Là, une autre finale aurait pu commencer. Avec un handicap de deux sets, il était alors condamné à l'improbable. Au miracle, presque.
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Impérial Zverev : sa fin de 2e set qui le rapproche du double titre en Grand Chelem
Video credit: Eurosport
L'image du match
L'épreuve du temps le dira, mais si quelque chose doit subsister de cette finale, ce sera sans doute cette improbable "célébration" du vainqueur. On en a vu fondre en larmes, tomber à la renverse, s'agenouiller sur le court, lever les bras, hurler leur bonheur à la face du monde. Mais Sascha Zverev, lui, a vraiment innové. Il n'a rien fait, repartant au fond du court pour se préparer pour le jeu suivant. Il n'avait tout simplement pas réalisé qu'il venait de remporter l'US Open. Drôle de moment, moment drôle.
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Lui-même n'avait pas réalisé : le moment où Zverev a compris qu'il avait gagné l'US Open
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La stat : 96%
Cette statistique-là n'incitait pas à l'optimisme pour Ben Shelton et cela s'est confirmé, malheureusement pour lui. Depuis sa défaite traumatisante en demi-finale de Roland-Garros en 2022, lorsqu'il s'était gravement blessé à la cheville face à Rafael Nadal, Alexander Zverev n'a perdu que deux petits matches sur 47 joués contre des gauchers. C'était face au Suisse Marc-Andrea Huesler en Coupe Davis en février 2023, alors qu'il revenait tout juste à la compétition, et face à Learner Tien à Acapulco en février 2025. Pour le reste, c'est un sans-faute. Ainsi qu'il l'a expliqué, le fait d'avoir grandi auprès de son grand frère gaucher, Mischa, l'a bien aidé...
La décla : Alexander Zverev
"Nous avons passé 30 ans sans remporter de titre du Grand Chelem et, aujourd'hui, nous en avons gagné deux en l'espace de trois mois. Je pense que Dieu a vu à quel point nous avons travaillé dur, combien nous avons souffert et les épreuves que nous avons traversées."
La question : Et maintenant, Zverev a-t-il l'étoffe d'un patron ?
D'abord, les faits : Alexander Zverev est l'homme de l'année en Grand Chelem. Deux titres sur les quatre tournois pour lui, un pour Carlos Alcaraz et un autre pour Jannik Sinner. Comme, en prime, il a atteint la finale de Wimbledon et une demie en Australie, son bilan est exceptionnel. Il y aura à coup sûr un avant et un après 2026 pour lui. Ce deuxième titre lui permet en prime de valider celui acquis à Roland-Garros, écartant le spectre du "one shot". À New York, il a ajouté une dose d'autorité certaine, notamment dans cette finale.
Il n'est jamais trop tard et, s'il n'est plus un perdreau de l'année à quelques mois de son 30e anniversaire, il semble encore dans la plénitude de son expression tennistique et physique, le tout sublimé par une liberté d'esprit évidente maintenant qu'il est entré dans le cercle des vainqueurs majeurs. Autre facteur incitant à l'optimisme le concernant, il n'est certainement pas rassasié. Il l'avait dit après Roland-Garros, ce premier grand titre lui avait donné envie de plus. Ce n'était qu'un début, pas une fin en soi.
Parce qu'il semble avoir encore évolué depuis le mois de juin, Sascha Zverev semble prêt à aller encore plus loin. Mais, et il n'y est évidemment pour rien, il sera difficile, voire impossible, de le considérer comme l'incontestable meilleur joueur du monde tant qu'il n'aura pas, sur le court, pris la mesure de Carlos Alcaraz ou Jannik Sinner, et si possible Carlos Alcaraz ET Jannik Sinner. Ce n'est que contre ces deux-là que nous saurons, et lui avec nous, à quel point il peut s'affirmer au moins à court terme comme la référence du tennis masculin. Comme son patron. Ce sera, peut-être, pour 2027. Cette question s'impose en tout cas à tous, désormais.
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Quel coup ! L'énorme passing de Zverev qui envoie Shelton au tapis
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