Open d'Australie 2026 - Carlos Alcaraz : "Je déteste renoncer, je hais cette sensation"
Par Laurent Vergne
Publié 30/01/2026 à 15:21 GMT+1
Personne n'incarne mieux que lui la maxime selon laquelle tant que le dernier point n'est pas joué, le match n'est pas fini. Comme en finale de Roland-Garros l'an dernier face à Jannik Sinner, Carlos Alcaraz est revenu de très, très loin vendredi en demi-finale de l'Open d'Australie contre Alexander Zverev. Une fois encore, il a été porté par son refus absolu de céder à toute forme de renoncement.
Carlos Alcaraz
Crédit: Getty Images
Il suffisait donc d'attendre, et cela valait le coup d'attendre. Des jours et des jours de duels à sens unique, de chocs qui font pschitt. Puis ce vendredi, le monument. Pour sa dimension tennistique bien sûr, mais plus encore pour sa dramaturgie. Il était donc là, le match que l'on attendait dans cet Open d'Australie et ce n'était pas forcément celui sur lequel nous aurions le plus misé. Parce que Carlos Alcaraz est Carlos Alcaraz et peut-être plus encore parce qu'Alexander Zverev est Alexander Zverev. L'issue semblait presque évidente et si la destination a été conforme aux attentes, le chemin, lui, a été tortueux. Épique, même.
L'Allemand a su se mettre à la hauteur de l'évènement et c'est donc en grande partie à lui que l'on doit l'envergure de cette rencontre. Mais il a fini par coincer. Comme (trop) souvent. Alcaraz, lui, a été fidèle à lui-même. Pourtant, il a été au plus mal. Ce fut furtif, mais beaucoup se sont même demandé s'il n'était pas sur le point de jeter l'éponge. C'était le premier jeu du quatrième set. L'Espagnol venait de perdre la troisième manche et les crampes qui l'avaient tenaillé à la fin de celle-ci imposaient un énorme point d'interrogation. Son attitude a alors laissé penser qu'il était prêt à aller serrer la main d'Alexander Zverev. Mais non. Il n'en a même jamais été question. "J'ai vu la vidéo, et j'ai vu que des gens parlaient de ça, mais il n'y a pas une seule seconde où j'ai envisagé d'abandonner", a-t-il insisté après coup.
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5h27 et 5 sets pour une première finale à Melbourne: la victoire épique d'Alcaraz en long format
Video credit: Eurosport
Je crois toujours que je peux revenir dans n'importe quelle situation
Voilà qui est clair. Une telle pensée est étrangère à son logiciel. Peu importe son état, peu importe le score, l'adversaire ou la situation, Carlos Alcaraz cherchera toujours, jusqu'au bout, une porte de sortie. Et souvent, il la trouve. "Je déteste… Je déteste renoncer. Je ne veux pas éprouver ce sentiment", insiste le numéro un mondial. Même quand il est en mauvaise posture, il va essayer. Ce fut encore le cas contre Sascha Zverev vendredi, face à qui il a été mené 5-3 dans la manche décisive.
C'est une question de caractère, mais pas seulement. Il n'est pas né ainsi. "Il y a eu des moments où j'ai pu avoir envie de dire : 'Bon, j'abandonne, je ne me bats plus du tout'; confesse le sextuple vainqueur en Grand Chelem. Plus jeune, il y a eu beaucoup de rencontres où je n'avais plus envie de me battre, où j'abandonnais, je renonçais, tout simplement. Puis j'ai mûri, et maintenant je hais vraiment cette sensation. Elle me détruit, ces pensées me détruisent."
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Zverev petit bras, Alcaraz bras levés : le débreak crucial
Video credit: Eurosport
Aujourd'hui, qu'il soit menacé, secoué, voire au bord du gouffre, il serait même renforcé dans sa détermination par la difficulté de la situation. Il poursuit : "Je me dis 'OK, je peux le faire', 'Je pourrais en faire un peu plus', 'Je pourrais souffrir un peu plus'. Chaque pas de plus, chaque seconde de souffrance supplémentaire, chaque seconde de combat supplémentaire en vaut toujours la peine. C'est pourquoi je me bats jusqu'au bout et je crois toujours que je peux revenir dans n'importe quelle situation."
Ni miracle ni hasard
On peut s'extasier devant sa puissance, ses variations, ses amorties, ses progrès au service, bref, tout ce qui fait de Carlos Alcaraz un joueur d'exception, mais rien de tout ceci n'aurait une si grande valeur s'il n'était pas doté, avant tout et par-dessus tout, d'une force de conviction absolument sidérante. Jamais il ne renonce, bien sûr. Surtout, jamais il n'envisage une situation dans laquelle il n'aurait plus d'espoir. Cette ébouriffante demi-finale de Melbourne évoque forcément la finale du dernier Roland-Garros, où il avait écarté trois balles de titre en faveur de Jannik Sinner.
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Alcaraz y a toujours cru : "Je savais que ma chance allait venir"
Video credit: Eurosport
Si, à la fin, c'est souvent lui qui gagne, il n'y a ni miracle ni hasard. "S'il arrive à gagner autant de matches en cinq sets, au bout du suspense, dans sa très jeune carrière, c'est parce qu'il n'arrête jamais d'y croire, souligne Justine Henin sur Eurosport. La manière avec laquelle il est allé chercher le public alors qu'il est mené 5-4, service à suivre pour Zverev, c'est un moment qui m'a vraiment marqué. Là, on sent qu'il va puiser, qu'il va chercher, qu'il va provoquer et c'est ce qui va le porter sur la fin."
Cette détermination, cette absence totale de renoncement, tout le monde la ressent, y compris, et surtout, la personne de l'autre côté du filet. Cela n'a l'air de rien, mais en se comportant de la sorte, Alcaraz impose un surcroit de pression à son adversaire, à qui il adresse un message aussi clair que constant : "Fais-moi tout ce que tu veux, je serai toujours là." Alexander Zverev peut le confirmer.
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