Open d'Australie 2026 - Finale - Carlos Alcaraz vs Novak Djokovic - Devant nous, devant eux, tout le poids de l'Histoire
Par Laurent Vergne
Mis à jour 01/02/2026 à 09:00 GMT+1
Rarement une finale de Grand Chelem aura pesé aussi lourd quant à sa portée historique. Carlos Alcaraz et Novak Djokovic ont tous les deux une occasion d'écrire une page de légende dimanche à Melbourne, chacun à un bout du spectre temporel. Grand Chelem en carrière avec un record de précocité pour l'Espagnol, ou un 25e titre et un record de "vieillesse" pour le Serbe.
Carlos Alcaraz et Novak Djokovic.
Crédit: Getty Images
Qu'est-ce qu'un grand tournoi du Grand Chelem ? Que faut-il pour qu'une édition reste ancrée dans les annales ? Qu'on l'identifie dans 20 ou 30 comme d'une incontournable ? Il suffit souvent d'une poignée de matches. D'une journée. La dernière, souvent. Une finale mythique suffit à rendre inoubliable un tournoi. Peu importe le reste. Qui se souvient à quoi avait ressemblé Wimbledon en 1980 ou Roland-Garros en 1984 avant les finales Borg-McEnroe ou Lendl-McEnroe ? Que restera-t-il d'autre que la finale Federer-Nadal du Wimbledon 2008 en 2040 ou 2050 ? Sans doute rien.
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L'Open d'Australie 2026, lui, n'a pas valu la moitié d'un clou tordu durant presque deux semaines, nous contraignant à voguer de frustration en déception. Puis, vendredi, par la magie de quatre joueurs et deux duels d'anthologie, tout a été oublié. Ce "Super Friday" incarnera à jamais ce 114e "Australian". Carlos Alcaraz, Novak Djokovic et leurs deux victimes, Alexander Zverev et Jannik Sinner, sont à réunir dans cette page glorieuse. Quoi qu'il advienne dimanche, cette journée hors du temps se suffit à elle-même. Mais ce double dénouement dramatique portait en lui une autre vertu : nous garantir une finale dont l'envergure historique a quelque chose d'extraordinaire. Ce n'est pas le lot commun de chaque Grand Chelem alors, profitons-en.
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La prodigieuse trajectoire d'Alcaraz
Que le triomphateur se nomme Carlos Alcaraz ou Novak Dokovic, il a la certitude d'écrire une page majuscule de l'histoire de son sport. Penchons-nous sur leur cas. Alcaraz, d'abord. Il n'avait jamais dépassé les quarts de finale en Australie. Il n'est désormais plus qu'à une victoire d'y apposer son nom au palmarès. Il aurait alors désormais réussi le Grand Chelem en carrière et ne serait que le neuvième champion de l'histoire chez les hommes à avoir remporté les quatre levées majeures du circuit. Ce n'est pas rien. Mais ce n'est pas tout.
Non seulement il intègrerait un club de légende aux côtés des plus grands, mais il serait en prime le plus rapide à le faire, à seulement 22 ans et 8 mois. Ce serait d'autant plus fort aujourd'hui, dans un contexte où l'émergence au top niveau s’effectue plus tard qu’avant. Nous ne sommes plus dans les années 80, où gagner en Grand Chelem à 17 ans était, sinon monnaie courante, au moins de l'ordre du champ des possibles. Il est rarissime de nos jours de soulever ce genre de trophées à moins de 20 ans. Depuis 35 ans, ils ne sont que deux à avoir accompli cet exploit : Rafael Nadal à Roland-Garros en 2005 et Carlos Alcaraz à l'US Open en 2022. Ils avaient 19 ans.
C'est là où la trajectoire d'Alcaraz s'avère prodigieuse. En cas de victoire dimanche, il n'aura mis que 40 mois depuis son sacre inaugural pour avoir complété le Grand Chelem en carrière. Il est d'une précocité phénoménale à l'échelle du tennis moderne. À titre de comparaison, Jannik Sinner, qui n’a pourtant pas spécialement traîné en chemin, avait 22 ans et 182 jours lors de sa première victoire majuscule, en Australie, en 2024. Carlos Alcaraz serait à peine plus âgé dimanche pour son… septième titre (22 ans et 272 jours).
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Video credit: Eurosport
C'est un pas significatif dans le panthéon de son sport qui est sur la table, le concernant. Or, Carlos Alcaraz a envie et besoin de ce type de défis. Il n'a jamais caché, depuis son arrivée dans la cour des grands, qu'il ambitionnait de se hisser à hauteur des plus magistrales figures du tennis. Être le plus jeune détenteur du Grand Chelem en carrière, aller plus vite que les références de ce siècle, à savoir le Big 3, c'est tout sauf anodin à ses yeux. Sa grandeur, c'est d'être au rendez-vous des objectifs qu'il s'est lui-même fixés : gagner ici, à Melbourne, c'était son plus grand objectif de l'année 2026. Il y est presque.
Djokovic, du jamais vu depuis… 1909 ?
L'enjeu, en apparence, n'est pas tout à fait aussi colossal pour son dernier obstacle. Novak Djokovic a tout gagné. Absolument tout. Il ne lui manque rien. Il est le champion le plus couronné de tous les temps, il a étouffé l'éreintant débat sur l'identité du "GOAT" et qu'il en soit remercié. Passer de trois tournois du Grand Chelem différents à quatre, c'est autre chose que de passer de 24 unités à 25, mais la différence ne sera pas pour autant anodine pour le Serbe. Pour plusieurs raisons.
D'abord parce qu'il serait seul au monde. Aujourd'hui, s'il a laissé Nadal et Federer dans son rétroviseur, il partage le record de titres majeurs avec Margaret Court, elle aussi à 24. Les hommes et les femmes ne sont pas en concurrence, bien sûr, et l'Australienne appartient en prime à une autre époque, entre préhistoire et naissance de l'ère Open. Mais pour Djokovic, se hisser seul en haut de la montagne serait un peu plus qu'une cerise sur le gâteau. Puis 25, c'est plus rond que 24. Symboliquement, ça ne mange pas de pain.
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Reste que l'essentiel n'est pas là. Si Alcaraz peut établir un record de précocité, "Nole", lui, serait en cas de succès le plus vieux lauréat d'un Grand Chelem dans l'ère Open. À 38 ans et 8 mois, il surpasserait d'assez loin celui que l'on penser installé pour l'éternité dans ce fauteuil du patriarche, Ken Rosewall, qui venait tout juste de souffler ses 37 bougies depuis un mois lors de l'Open d'Australie 1972. Le record absolu est sans doute inatteignable (encore qu'avec papy Novak, ne jurons de rien), Arthur Gore ayant glané Wimbledon à 41 printemps. N'empêche que Djokovic serait le plus vieux vainqueur d'un tel tournoi depuis… 1909.
Alors, in fine, qui, de Djokovic ou d'Alcaraz, joue historiquement le plus gros dimanche ? À chacun de voir, tout peut se défendre, mais s'il faut choisir, notre vote irait au bout du compte à une victoire du Serbe. Alcaraz aura d'autres occasions de faire le Grand Chelem en carrière. Oui, il perdrait là l'opportunité d'établir un record de vitesse et de jeunesse, mais est-ce vraiment un enjeu fondamental ? Djokovic, lui, n'aura peut-être pas quarante opportunités d'ajouter des signes à son palmarès majeur. Il ne joue pas à quitte ou double mais… pas loin.
Surtout, laissons pour finir les chiffres et les statistiques à leur place, à savoir sur le bas-côté. Concentrons-nous sur l'essentiel : le jeu. S'il s'impose, l'homme de Belgrade n'aura pas seulement renoué, deux ans et demi après, avec ce qui avait fini par s'apparenter à un paradis perdu depuis l'affirmation du vorace duo Alcaraz-Sinner. Non. Il l'aura fait en battant l'un, puis l'autre. Et cela, il y a encore quelques jours, semblait totalement invraisemblable, aux frontières de l'impossible, même. Dans la dernière ligne droite de sa vie de champion, ce serait ni plus ni moins que le plus grand accomplissement de son immense carrière. Quand on connait l'épaisseur surréaliste de cette dernière, cela veut tout dire.
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Un improbable manqué avant de pouvoir jubiler : Djokovic tient sa finale
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