Open d'Australie 2026 - "Je ne suis plus le chasseur" : Pour Novak Djokovic, Alcaraz-Sinner, ce n'est pas Federer-Nadal
Par Laurent Vergne
Publié 29/01/2026 à 13:14 GMT+1
Alors que le tennis masculin rêve d'un troisième homme pour contrarier Carlos Alcaraz et Jannik Sinner, Novak Djokovic reste peut-être le plus proche d'eux, au moins en Grand Chelem, même à son âge avancé. Comme il le fut au début de sa trajectoire derrière Roger Federer et Rafael Nadal. Mais les deux situations n'ont rien à voir et, il l'assure, cela ne l'intéresse plus de raisonner ainsi.
Novak Djokovic.
Crédit: Getty Images
La carrière de Novak Djokovic ne se résume pas au rôle du chasseur, du troisième homme derrière un duo de tête bien installé. Pauvre de ceux qui penseraient de la sorte. Elle serait même plutôt l'exacte antithèse de cela. Il a plus souvent été gibier que chasseur. Mais il se trouve qu'il y a une forme de boucle bouclée dans son histoire. À 20 ans, il a tenu ce rôle. Devant lui, Roger Federer et Rafael Nadal. Deux géants. Deux monstres. Près de deux décennies plus tard, le voilà en apparence à nouveau dans ce rôle, derrière Carlos Alcaraz et Jannik Sinner. Comme si la vie était un éternel recommencement.
Mercredi, alors que se profilait un nouveau duel avec l'Italien, double tenant du titre de cet Open d'Australie qu'il a lui-même fait sien à 10 reprises (un record), il n'a guère goûté qu'un confrère établisse en conférence de presse un parallèle entre ces deux époques. "Donc, je suis toujours le chasseur et je ne suis jamais chassé ?", a-t-il ironisé. "Je trouve ça un peu irrespectueux d'omettre ce qui s'est passé entre les deux périodes, a-t-il enchaîné, soudain plus sérieux, parce qu'entre celle où j'ai commencé à courir après Roger et Rafa et maintenant où je suis derrière Carlos et Jannik, il y a probablement environ 15 années où j'ai dominé les Grands Chelems. Je pense que c'est important de mettre tout ça en perspective."
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"Si Sinner n'a pas un problème physique, Djokovic ne pourra pas aller le chercher"
Video credit: Eurosport
Roger et Rafa seront toujours mes plus grands rivaux
Au-delà de l'orgueil piqué, Novak Djokovic tient à distinguer les deux éléments. Il comprend bien la tentation de la comparaison, mais elle n'est pas raison à ses yeux. Oui, toute la première partie de sa carrière a été irriguée par son désir brûlant d'égaler puis de surpasser Federer et Nadal. Pas grand-monde n'imaginait cela possible, tant le Suisse et l'Espagnol étaient les plus beaux, les plus grands et les plus dominateurs. Mais il y est parvenu, dans des proportions inimaginables, peut-être même à ses propres yeux. Sinner et Alcaraz ? Rien à voir.
"Pour être honnête, je n'ai pas l'impression de courir après eux", tranche-t-il. Ce n'est pas son histoire. Il se trouve qu'elle passe et passera probablement par le fait d'affronter et donc de battre Carlos Alcaraz et/ ou Jannik Sinner, mais d'une certaine manière, ce n'est pas son problème. Pas comme ça l'était avec Federer et Nadal. Avec eux, c'était un peu plus "personnel". Il les avait dans son viseur, comme deux cibles à abattre, métaphoriquement, bien sûr. Ses rêves de gloire passaient par eux. Il a toujours de l'ambition, mais sa carrière, sa gloire et sa légende sont faites et établies, quoi qu'il advienne avec Sinner et Alcaraz.
"Roger et Rafa seront toujours mes plus grands rivaux", pointe-t-il comme pour remettre l'église au milieu du village tennistique. Ce n'est pas pour rien que le Serbe a expliqué, à plusieurs reprises, qu'une partie de lui était partie en même temps qu'ils ont pris leur retraite. Rien ne pourra combler ce manque. Il nourrit toujours le même amour pour son sport et peut-être plus encore pour la compétition, mais cette histoire de troisième homme n'est plus la sienne, quand bien même, techniquement, il demeure celui-ci. Il est le dernier à avoir battu un des deux cadors en Grand Chelem et ses cinq demi-finales consécutives parlent pour lui. Mais il laisse ça à d'autres.
"C'est une sorte de cycle naturel dans le sport, évoque l'ancien numéro un mondial. Là, on a deux superstars et peut-être qu'il y aura bientôt un troisième gars. Il aura tout mon soutien, parce que j'ai été ce troisième gars au début. Tout ça est bon pour le sport. Mais en quoi ça m'affecte aujourd'hui ? Comme je l'ai dit, je ne suis plus le chasseur derrière qui que ce soit." Si Djokovic court après quelque chose, c'est après la quête d'un 25e titre du Grand Chelem. Il n'a plus l'âge des obsessions, mais s'il en avait une, elle se nicherait là. Pas dans l'identité de tel ou tel.
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Video credit: Eurosport
Est-ce que ça veut dire que je dois hisser le drapeau blanc ?
"J'écris ma propre histoire", dit-il. Un peu comme s'il était dans son coin, lui, le type de bientôt 39 ans, la figure tutélaire, toujours impressionnante même si sans doute un brin moins intimidante qu'il y a encore trois ou quatre ans. Mais peu lui importe. Il continue d'en vouloir et d'y croire. "J'ai été très clair, les Grands Chelems, c'est ce qui me motive encore, en termes d'objectifs et de résultats. C'est la raison pour laquelle je continue à me battre et à jouer au tennis."
Il mesure mieux que quiconque la nature du défi et sa difficulté, car il sait, au fond, qu'Alcaraz et Sinner sont de leur trempe. La sienne, celle de Nadal et de Federer. Ils s'arrêteront à 8, 10, ou iront jusqu'à 15, 20 ou plus, personne ne le sait, mais ils ont cette dimension exceptionnelle en eux. "Est-ce qu'ils sont aujourd'hui meilleurs que moi ou que tous les autres ? Oui, ils le sont, concède-t-il. La qualité, le niveau de leur tennis est incroyable. C'est phénoménal. Mais est-ce que ça veut dire que je dois hisser le drapeau blanc ? Non, je continuerai à me battre jusqu'au dernier coup, jusqu'au dernier point et je ferai de mon mieux pour les challenger."
Vendredi, il va donc remettre le couvert, face à Jannik Sinner, qu'il retrouve après avoir coincé contre lui en demi-finale à Roland-Garros puis Wimbledon, avant d'en faire de même à l'US Open contre Carlos Alcaraz. Si tout se passe bien pour lui, peut-être affrontera-t-il l'un puis l'autre en cette fin de semaine en Australie. Pas pour chasser ce clinquant gibier. Mais pour continuer d'écrire sa propre histoire.
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