Opend 'Australie 2026 - Mission impossible ? De Minaur n'a jamais été aussi fort, mais Alcaraz, c'est l'Everest
Par Laurent Vergne
Publié 26/01/2026 à 17:00 GMT+1
Alex De Minaur est de retour en quarts de finale de Grand Chelem pour la septième fois. Jusqu'ici, il a toujours trébuché aux portes du dernier carré. La bonne nouvelle ? À bientôt 27 ans, il semble avoir clairement pris une nouvelle dimension. La mauvaise ? Il fait face à Carlos Alcaraz mardi, à Melbourne. Même pour la version améliorée du "Demon", la marche semble trop haute.
Alex de Minaur et Carlos Alcaraz.
Crédit: Getty Images
"Je crois que je suis en train de montrer à tout le monde que j'ai progressé, non ? Et j'ai encore plus à donner." Alex De Minaur a changé. Dans le discours et dans les actes. L'échantillon reste mince, mais sur ce début d'Open d'Australie, jamais on ne l'avait vu aussi fort et jamais il n'était apparu aussi confiant. Quelque chose a changé chez lui, en lui. Tout ceci donne envie de voir jusqu'où cela peut le mener. Ça tombe bien, Carlos Alcaraz est au menu de son prochain match, mercredi, en quarts de finale. Difficile de faire pire, donc difficile de faire mieux pour mesurer l'étendue de son évolution.
De l'Australien, il y a d'abord tout ce que l'on savait déjà. Il est un combattant acharné, à l'état d'esprit irréprochable et sa vélocité sur le court a peu d'égal dans le tennis actuel. "C'est une fusée sur le court. Physiquement, c'est un avion, s'émerveille Nicolas Escudé. Il a une couverture juste démentielle. Il colle à la balle en plus, c'est-à-dire que ce n'est pas une couverture de terrain en te retrouvant trois mètres derrière ta ligne. Il joue limite sur la table." Il semble toutefois y apporter désormais un supplément d'âme. De coffre, surtout. "Bien sûr, il y a sa vitesse de déplacement, ce qu'on connaissait tous, mais je le trouve encore un peu plus affûté aujourd'hui. Il semble avoir pris un peu de muscles", relève Justine Henin.
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Il faut avoir cette conviction profonde de se dire 'Je peux le faire'
L'Australien en impose plus, à tous points de vue. C'est ce qu'il voulait. Il en avait marre, Alex. Quand bien même il n'écoute pas tout ce qui se dit, il entend. Il sait ce qui se disait de lui. "Top 10, De Minaur ? C'est bien, bravo, mais jamais il n'ira plus haut. Trop limité. Trop léger." Après avoir éparpillé Bublik sur la Rod Laver Arena dans le choc des Alex en huitièmes, il a ainsi vidé son sac et savouré sa petite revanche : "J'en ai marre de cette idée que les gros frappeurs peuvent faire ce qu'ils voulaient contre moi. Ce que j'ai toujours voulu, c'est justement ça : quand je joue contre des gros cogneurs, ne pas être leur punching-ball, leur montrer que je peux leur tenir tête, dicter le jeu et les secouer."
À 26 ans, la mue est réelle et elle n'est pas loin d'être spectaculaire. Oui, il a pris du coffre et il en impose davantage, mais tout ça se passe aussi grandement entre les deux oreilles. "Il faut avoir cette conviction profonde de se dire 'Je peux le faire', proclame Justine Henin. Oui, il est accrocheur, on sait qu'il ne va pas balancer un match ou capituler, mais quand même, ça se ressent ça chez un joueur quand la conviction profonde n'est pas là." C'était un peu son mal jusqu'ici. Sans jamais renoncer, tant ce n'est pas le genre de la maison, il pouvait parfois verser dans une forme d'acceptation, comme s'il avait compris qu'en face, c'était plus fort que lui, trop fort pour lui.
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Il semble avoir laissé ces complexes qui ne disaient pas leur nom derrière lui, même si cela demande encore confirmation. "Sans parler de déclic, il a dépassé certaines choses, veut croire l'ancienne numéro un mondiale et consultante d'Eurosport. Ce qu'il s'est passé lors du Masters, le fait de battre Taylor Fritz et de se qualifier pour les demi-finales, c'est peut-être venu valider des choses chez lui. Dans les paliers qu'il est capable de franchir, ce match-là lui a fait du bien. On parle de Sinner et d'Alcaraz, mais il y en a d'autres dans le Top 10 face à qui il doit prouver certaines choses."
L'Australie y croit-elle vraiment ?
Et si c'était lui, à terme le fameux troisième homme ? "Avec Ben Shelton, c'est celui qui dégage le plus de garanties, va jusqu'à plaider Nicolas Escudé. Il lui manquait cette bascule, cette projection un peu plus vers l'avant, sur une balle un peu courte. Cette transition entre son jeu de contre et la faculté à prendre la balle tôt, et entrer un peu plus dans le terrain. C'est ce qui se passe depuis le début de cet Australian Open. Il lui manquait ça avant : 'OK, t'es là, tu me rentres dedans ? Je te réponds et dès que je peux y aller, j'y vais'. Avant, le 'J'y vais' on ne l'avait pas forcément."
Dans les mois à venir, c'est dans la confirmation de ce nouveau registre, parallèlement à ses qualités déjà bien connues, qu'il sera guetté et scruté. Mais mardi, c'est une autre histoire. Un autre fossé à combler. De l'autre côté du filet, Carlos Alcaraz, le numéro un mondial. Alors, le nouveau De Minaur peut-il déjà chatouiller ce qui se fait de mieux sur le circuit aujourd'hui ? "Il joue évidemment à un niveau incroyablement élevé, je sais à qui m'attendre", admet le héros espéré de l'Australie.
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Mais cette dernière y croit-elle vraiment ? Le voit-elle capable de soulever cette montagne, cet Everest se dressant devant lui dans ce quart de finale, un stade sur lequel il a systématiquement buté jusqu'ici en Grand Chelem ? Ce n'est pas son problème. "Ce n'est pas mon boulot, lâche-t-il. Ce que chacun peut penser sur son canapé avant le match, ce n'est pas mon problème. Je ne peux rien faire pour contrôler ça. Je ne vais pas me pointer ici en implorant l'Australie de croire en moi. Je vais entrer sur le court, me battre, laisser parler mon tennis. Oui, je n'ai jamais réussi à franchir ce cap. Mais il y a un début à tout."
A 48 heures du coup d'envoi de cette quinzaine, De Minaur et Alcaraz ont participé à une exhibition à Melbourne Park. "Il jouait à un niveau plutôt élevé", sourit le "Demon". Nicolas Escudé se souvient de ce moment. "Bien sûr, ça reste une exhibition et l'un et l'autre ne poussaient pas le curseur à fond les ballons, mais c'était quand même révélateur, estime l'ancien demi-finaliste du tournoi. En cadence du fond, OK, très bien. Mais quand Alcaraz avait besoin de passer juste un petit peu au-dessus, De Minaur n'existait plus."
Tenir l'approche de sa ligne face à Alcaraz, c'est un défi énorme
Ce quart de finale a tout de la mission en apparence impossible, nonobstant le changement de stature de De Minaur. "La marche est très haute, soupire Justine Henin, malgré tout ce que je vois, malgré sa vitesse de déplacement, malgré sa confiance, sa lecture du jeu. On voit l'évolution, mais peut-elle suffire à perturber Alcaraz ? Ce n'est pas Bublik cette fois, en face. Alcaraz va lui en imposer autrement. Avec sa puissance, ses variations. Ce sera une autre histoire. Il va essayer de le repousser constamment, de le faire céder par rapport à sa ligne de fond. Tenir l'approche de sa ligne face à Alcaraz, c'est un défi énorme. Il ne pourra pas se permettre de reculer. On sait que l'équation est… Il est sur un fil. Le défi est immense."
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De Minaur dans sa zone de confort
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"À part être un mur démentiel et être dans un état second et en surchauffe pendant quatre heures, si je dois aller chez les bookmakers, je ne mets pas un centime sur De Minaur, malgré la cote, acquiesce le 'Scud'. Aujourd'hui, face à ce qui se fait de mieux sur le circuit, c'est-à-dire face à Alcaraz et Sinner, sans un coup destructeur, c'est compliqué. Après, la confiance aidant, ce sont des choses qu'il peut arriver à pallier, mais il lui manque ça. Il ne l'aura jamais, et il ne va pas l'inventer."
Malgré tout, vous pouvez lui faire confiance pour ne pas s'avancer en victime expiatoire. Il est à un stade où il veut y croire. "Je pense qu'il a envie, de voir, de savoir, d'aller titiller, dit Justine Henin. Mais pas comme Corentin Moutet l'autre jour, pour voir à quoi ça ressembler de jouer Alcaraz. Lui, il connait, ce qu'il veut voir, c'est si avec ses armes du moment, ses progrès et sa confiance, s'il peut le titiller un petit peu. Tout le monde se dit que ça ne va pas suffire mais..."
C'est peut-être le défi d'une vie qui l'attend, comparable à celui de l'an passé, au même endroit et au même stade, contre Jannik Sinner. On sait et surtout, il sait comment tout ceci s'était fini. Très mal (6-3, 6-2, 6-1). Il n'est plus le même, mais le résultat peut-il lui aussi s'avérer différent ? La foi, dit-on, peut parfois soulever des montagnes. Et peut-être renverser Carlos Alcaraz, l'Everest du tennis.
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