Une belle page de l'Histoire du tennis s'est tournée vendredi dernier à l'O2 Arena de Londres. En arrêtant sa carrière à 41 ans, Roger Federer a laissé un grand vide dans le cœur de bien des passionnés de petite balle jaune, de ses fans et de ses proches. Mais il a aussi laissé énormément de souvenirs. C'est de ce point de vue qu'Ivan Ljubicic, qui fut longtemps son adversaire sur les courts avant de devenir son coach en 2016 (au côté de Severin Lüthi), préfère voir la retraite du champion suisse. Le Croate s'est confié en exclusivité à Eurosport, revenant tout d'abord sur ce dernier week-end beau mais difficile à digérer.
"Ça va prendre du temps, mais nous avons été mis au courant un petit peu en avance évidemment. On a donc pu s'y préparer, mais c'est dur. Je savais que Roger aurait du mal sur le plan émotionnel, bien sûr, tout le monde le savait. Mais ce qui m'a fait craquer personnellement, c'est de voir les autres - Rafa, Novak et Andy - être vraiment touchés. Puis, vous voyez la Team World et où que vous regardiez, tout le monde est en larmes. C'est vraiment difficile de traverser ce moment, mais en fin de compte, nous avons décidé d'en faire une célébration. Ce ne sont pas des funérailles, personne n'est mort, tout va bien", a-t-il estimé.
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Roger ne disparaîtra pas, il aime trop le tennis
Avant d'ajouter dans une prise de recul salvatrice : "Il faut avancer et se rendre compte de ce que Roger a apporté à notre sport, et ce qu'il continuera à apporter dans le futur. Comme il l'a dit, il ne disparaîtra pas. Il va rester proche de notre sport, il l'aime trop pour couper les ponts. (…) Et ces proches, dont j'ai la chance de faire partie, auront d'autres moments privés à partager avec lui, nous allons encore passer du temps ensemble."
L'ère Federer a donc pris fin. Vingt-quatre ans d'une immense carrière et donc une quantité presque inépuisable de moments de grâce, d'émerveillement, de beauté tennistique. De la période du "monstre", numéro 1 mondial indéboulonnable, au retour flamboyant de 2017 à l'Open d'Australie, il y a l'embarras du choix. Ljubicic, lui, a été un témoin privilégié à Melbourne voici cinq ans, un "très grand moment" comme il l'a évoqué sur le site de l'ATP, car le Suisse revenait de blessure et n'avait plus gagné en Grand Chelem depuis Wimbledon 2012.
Mais au cours de l'entretien accordé à Eurosport, le Croate a surtout insisté sur sa chance d'avoir été le coach de Federer. "C'était facile ! Parce qu'il rend les choses faciles pour ses coaches. C'est quelqu'un de très ouvert et qui s'assure que vous ayez votre liberté. Vous êtes à l'aise dans votre rôle et vous sentez que vous pouvez dire ce que vous pensez être juste. Il me disait toujours : 'Je ne veux pas t'entendre me dire ce que tu penses que je veux entendre. Je veux entendre ce que tu penses vraiment, je veux entendre la vérité.' Il l'a répété à plusieurs reprises pour être sûr que je me sente libre et à l'aise", a-t-il rappelé.

Bien plus "plaisant" d'être son coach que de l'affronter

Au point de minimiser son influence, surtout dans les périodes fastes du Bâlois. "Il y a eu plein de moments où je n'avais rien à lui dire parce que c'était parfait. Vraiment, il y a eu des entraînements incroyables. Je lui donnais juste les balles et lui disais juste : 'Tu es bon !' Nous avons eu aussi des moments durs, des périodes compliquées, mais la plupart du temps, c'était vraiment très, très plaisant."
Ljubicic a d'ailleurs en quelque sorte connu plusieurs Federer. Il l'a rencontré chez les juniors, a gagné son premier titre sur le circuit à Lyon la même année que le Suisse à Milan (en 2001). Et il a croisé le fer sur le circuit avec lui à 16 reprises pour… 13 défaites. "La chose la plus impressionnante face à lui, c'est qu'il ne jouait pas deux matches de la même manière sur le plan tactique. Il faisait toujours quelque chose de nouveau sur la rencontre suivante pour s'assurer qu'on ne puisse pas prendre un duel en référence. C'était le seul joueur que j'ai affronté qui faisait ça, et quoi qu'il fasse sur le court, c'était toujours de très haute qualité", a-t-il d'ailleurs noté sur le site de l'ATP.
Pas étonnant qu'il ait pris infiniment plus de plaisir à entraîner Federer qu'à l'affronter, comme il l'a écrit avec humour sur les réseaux sociaux. A ses côtés, Ljubicic a pris un plaisir fou, mais le Bâlois lui est tout aussi reconnaissant. Car le Croate a joué un rôle-clé dans la dernière période de domination du Suisse entre l'Open d'Australie 2017 et l'Open d'Australie 2018 : à la clé, trois derniers titres en Grand Chelem enlevés, puis une place de numéro 1 mondial retrouvée en février 2018 (puis en juin) en cerise sur le gâteau.
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