Djokovic - Alcaraz, chacun cherche sa part de légende
Par Laurent Vergne
Publié 03/08/2024 à 20:53 GMT+2
En l'absence du numéro un mondial Jannik Sinner, c'était la finale idéale. Trois semaines après leur affrontement pour le titre à Wimbledon, Novak Djokovic et Carlos Alcaraz remettent le couvert à Roland-Garros, or olympique en jeu. L'Espagnol peut signer un fabuleux triplé. Le Serbe, lui, n'est plus qu'à une marche de combler son dernier manque. Une finale pour l'histoire, la grande.
La délivrance : Djokovic s'écroule après sa qualification en finale olympique
Video credit: Eurosport
Dans une carrière, certains matches sont plus rares que d'autres. Par nature, aucun ne l'est plus qu'une finale olympique. Il y a quatre finales de Grand Chelem par an. Il y a une finale olympique tous les quatre ans. Les Jeux ne constituent pas le centre du tennis et la réciproque est encore plus vraie. Le tennis n'est pas au centre de la quinzaine olympique. Mais dimanche, l'affiche finale entre Novak Djokovic et Carlos Alcaraz mérite une attention que jamais sans doute l'Olympe n'a accordé à la petite balle jaune.
C'est la finale attendue, espérée, rêvée et elle porte en elle un enjeu historique colossal. Bref, c'est un des événements majeurs de la saison. "La finale rêvée, comme le souligne notre consultant, Alex Corretja. Le fait qu'ils soient là tous les deux génère une attention toute particulière. Aux Jeux Olympiques, le monde entier regarde, et cette finale est la meilleure chose qui pouvait arriver à notre sport. Des millions de gens vont regarder, c'est important pour le tennis. Je suis vraiment impatient."
La donne est limpide. Carlos Alcaraz joue pour signer un triplé rarissime, seulement accompli jusqu'ici par Steffi Graf chez les dames et Rafael Nadal chez les messieurs : Roland-Garros, Wimbledon, Jeux Olympiques. Novak Djokovic, lui, rentrera sur le court pour boucher le dernier trou de son gigantesque palmarès. Parce que le premier a 21 ans et l'autre 37, le Serbe joue sans aucun doute beaucoup plus gros. Sa première finale pour l'or sera peut-être (sûrement ?) aussi sa dernière chance.
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Affronter Alcaraz, c'est ce qu'il y a de plus difficile pour moi
En accédant à la finale vendredi, Djokovic a déjà franchi un premier cap. Jamais il n'avait jusqu'ici dépassé le cap des demies aux J.O. A Pékin en 2008, Londres en 2012 et Tokyo en 2021, il s'était cassé les dents et la figure sur l'avant-dernière marche. Alors il ne faut pas s'étonner de l'avoir vu tomber au sol après sa victoire libératrice contre Lorenzo Musetti (6-4, 6-2). "Ça fait 20 ans que j'attends ça, a-t-il rappelé. J'ai participé quatre fois aux Jeux, ce sont mes cinquièmes, et je suis enfin en finale. J'ai réussi à effacer un énorme obstacle. Je dois être honnête, j'avais en tête toutes ces demi-finales perdues."
Reste que Djokovic ne joue ni pour une finale ni pour l'argent. Il veut l'or, le titre, l'histoire, la légende absolue, celle qui ferait de lui un champion sans le moindre manque. Il n'a pas besoin d'or pour être le plus riche en termes de palmarès. Il en a envie, plus que besoin. Cette quête d'absolu lui ressemble bien. Elle explique aussi pourquoi elle le met dans une situation de tension assez inédite pour lui à son âge. "Je voulais tellement jouer cette finale que contre Musetti, j'étais extrêmement nerveux", a admis "Nole".
Maintenant, il lui reste le plus dur. Battre Carlos Alcaraz. L'Espagnol surfe sur une incroyable vague après ses titres à Roland-Garros et Wimbledon et la manière dont il a dominé Djokovic en finale à Londres voilà trois semaines a laissé une forte impression, chez les observateurs et plus encore sur le Serbe. "Affronter Alcaraz, c'est ce qu'il y a de plus difficile pour moi aujourd'hui", concède Djokovic. Mais il s'agit d'un constat, pas d'une marque d'allégeance.
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Alcaraz : "Maintenant que j'ai assuré une médaille, je vais pouvoir m'amuser en finale"
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Première médaille depuis 16 ans
Paradoxalement, il est même plus optimiste avant cette finale olympique qu'il ne l'était avant celle de Wimbledon. Pas tant pour le souvenir de la demi-finale 2023 de Roland-Garros que pour lui-même. Inquiet de l'état de son genou droit après son match contre Stefanos Tsitsipas, au point de se demander s'il pourrait venir sur le court en demie, il n'a pas semblé souffrir face à Musetti. "Je me sens mieux qu'à Wimbledon, je bouge mieux, dit-il. C'est une autre surface, un autre contexte et j'espère que je pourrai jouer mon meilleur tennis."
"Novak sera prêt, estime Alex Corretja. Au meilleur des trois sets, il bouge beaucoup mieux qu'à Wimbledon. Et il sait comment gérer la pression." En revanche, personne n'est obligé de le croire sur parole quand il dit qu'il n'a "rien à perdre" parce qu'il est "déjà assuré d'une médaille". C'est vrai, ce sera sa première depuis le bronze de Pékin il y a 16 ans puisqu'à Londres et Tokyo il avait fini en chocolat, sans parler de son élimination d'entrée à Rio.
Sauf qu'on l'imagine mal se satisfaire d'un statut de vice-champion olympique. "L'argent, c'est un bel accomplissement, mais tout ce qui est en-dessous de l'or est en-dessous de ses attentes", clame Corretja. Même si, "au vu des circonstances", selon l'expression du Djoker (sa blessure à Paris et son opération dans la foulée), cet argent ne manquerait pas de mérite, il ne joue pas pour les circonstances, mais pour ancrer toujours davantage sa place dans l'histoire.
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