Bienvenue dans Players' Voice, la tribune offerte par Eurosport aux grandes figures du tennis. Dans ce nouveau numéro, Grigor Dimitrov, quart de finaliste à l'Open d'Australie il y a quelques jours, revient sur les leçons qu'il a tirées de la pandémie de coronavirus, mais également son entrée dans la trentaine et sa fierté d'être bulgare.
Quand on m'a dit que j'avais le coronavirus, ça m'a littéralement coupé le souffle. J'avais côtoyé tellement de gens à cette époque, notamment des enfants et des familles entières. La première chose que je devais faire, c'était de m'assurer qu'ils savaient que j'avais été contaminé. Cela concernait aussi ma propre famille et je pense avoir vu chacun d'entre eux pendant cette période. Heureusement, personne n'a été infecté.
Après, il était également très important pour moi de diffuser le message et de sensibiliser plus largement. Je n’ai pas hésité. J'aurais pu facilement me taire, mais je voulais juste que tout le monde sache que, peu importe qui vous êtes, ce que vous faites et votre forme physique, vous pouvez être vulnérable.
ATP Monte-Carlo
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15/04/2021 À 14:47
Tout ça est arrivé à un moment très compliqué. Je m'étais isolé, j'avais pris mes précautions pendant si longtemps et j'avais beaucoup travaillé avant cela. C'était une période où je pouvais vraiment faire du travail supplémentaire et du renforcement, surtout après ma blessure à l'épaule l'année précédente. C'était une bonne opportunité pour moi de rattraper ce temps perdu. Mais quand le Covid frappe, vous ne pouvez pas faire grand chose d’autre que d’accepter et de voir cette situation comme une occasion de faire un point sur votre carrière et de tout réévaluer. Ça m'a offert beaucoup de temps pour réfléchir et permis de mettre pas mal de choses en perspective. Cela vous montre également à quel point vous êtes "faible" et à quel point tout est insignifiant, surtout en ce qui concerne la santé.
C'était sans aucun doute un processus d'apprentissage pour moi, mais j'étais très content d'avoir des gens formidables autour de moi pour me soutenir comme mon équipe, ma famille, les gens qui m'aiment. J'ai recommencé à jouer, mais je n’étais tout simplement pas au point, que ce soit physiquement et mentalement. Je n’étais pas prêt à faire de gros efforts. Mais petit à petit, j'ai commencé à trouver mon propre rythme et je suis revenu à une sorte de normalité.
Aujourd'hui, c’est agréable d’apprécier les petits moments. Je pense que nous négligeons souvent les choses qui nous entourent, que ce soit le magnifique lever de soleil ou le fait de pouvoir simplement s’asseoir et prendre un café avec des amis. Nous avons pris tant de choses pour acquises dans la vie, ce qui est un peu normal au final. La vie s'accélère, on veut beaucoup de choses et on se fixe des objectifs qui exigent tellement plus de nous que nous perdons de vue certaines notions. Cependant, je pense que cette perspective a changé pour tout le monde et peut-être que le bonheur sera interprété un peu différemment maintenant. En fin de compte, nous sommes tous de belles personnes. Nous voulons juste trouver notre propre petit coin de bonheur sous le soleil où nous pouvons atteindre nos objectifs et transformer ces rêves en réalité.
J'aurai bientôt 30 ans et je ne peux pas dire que j'y ai trop pensé jusqu'à présent. Mais la seule chose que je peux dire avec certitude, c'est que je suis excité. Trente ans, ce n’est pas jeune, ce n’est pas vieux, mais on a l’impression d’entrer dans une nouvelle phase de la vie où on commence à se regarder différemment. On se comprend un peu plus et on peut commencer à mettre de côté les choses un peu "inutiles" qui nous entourent. Vous n'avez pas envie de perdre de temps sur des choses qui n’apportent rien de spécial à votre vie.
"Chaque athlète a une date d'expiration"
Physiquement, je me sens bien, mentalement je n'ai pas l'impression d'avoir 30 ans, ce qui est une bonne chose mais j’ai quand même l’impression que je suis en train de mûrir. Alors qui sait ce qui va se passer ? Seul le temps nous le dira. J'adorerais continuer à jouer au plus haut niveau aussi longtemps que mon corps me le permettra. Cependant, le tennis n’est qu’une activité temporaire, il ne le sera pas pour toujours. Nous sommes des athlètes et chaque athlète a une date d'expiration, c'est comme ça. En ce moment, nous ne faisons que vivre notre rêve, mais après ça, la vraie vie commence.
Mis à part le tennis, le projet de fonder une famille à l'avenir est, je l'espère, dans les cartons tout comme travailler sur d'autres choses que j'ai toujours voulu faire. Un jour, quand il sera temps de dire au revoir à une chose, je serai prêt à accueillir l’autre à bras ouverts et excité pour le prochain chapitre de ma vie.
J'ai récemment créé ma propre fondation qui, je l'espère, jouera un grand rôle dans ce chapitre. C’est quelque chose qui a toujours été ancré dans mon esprit. Je voulais juste attendre pour trouver le bon moment. Pendant mon enfance en Bulgarie, ma mère venait me chercher à l'école et nous passions devant des enfants qui n'avaient fondamentalement aucune chance d'être assistés. Je me souviens lui avoir demandé si quelqu'un allait les aider et elle était très honnête avec moi et me disait : "Je ne vais pas te mentir mon fils : ils sont dans une situation très difficile. Mais si tu veux faire quelque chose un jour, pourquoi tu ne continues pas à jouer au tennis pour pouvoir les aider après ?"
Cet échange m’a marqué à jamais et j’ai d'ailleurs nommé ma mère à la tête de la fondation. Nous nous souvenons tous les deux de cette conversation. Elle symbolise beaucoup de choses pour nous. Elle pense différemment de toutes les personnes que j’ai rencontrées dans ma vie et je pense que c’est grâce à elle que j’ai toujours pensé en dehors des sentiers battus. Elle a cette positivité sans limite et une aura qui ne me sera jamais étrangère. Ça me pousse à atteindre cette prochaine étape et ce but. Je n'aurais pas pu rêver à une meilleure personne qu'elle et je crois qu'elle fera un excellent travail. Je n'en doute pas une seule seconde.
Nous sommes encore en train de structurer les derniers éléments et cela prend un peu de temps parce que je veux qu'on puisse couvrir un large spectre d'activités et non pas se focaliser sur une seule et même chose. Nous essayons de trouver un moyen de soutenir autant de domaines que possible que ce soit les familles, les enfants ou les adultes, essentiellement ceux qui ont besoin de l'aide nécessaire pour avancer dans la vie. Je suis enthousiaste avec ce projet, mais c'est un immense défi car je dois vraiment donner du plus profond de moi pour qu'il soit mené à bien.
J'ai le sentiment d'être l'un des rares chanceux à avoir eu une famille comme celle que j'ai. Chaque membre a contribué d'une manière très différente et significative dans ma vie. J'ai beaucoup appris de chacun d'eux et je veux juste donner quelque chose en retour, alors je vois cette fondation comme un moyen de compenser mon absence loin de ma famille et de mon pays.

Dimitrov wins his maiden career title at the 2013 Stockholm Open to become Bulgaria’s first champion in ATP Tour history

Crédit: Eurosport

Jouer pour la Bulgarie signifie beaucoup pour moi. Tous les membres de ma famille y vivent toujours et j'essaie de revenir autant de fois que je peux. J’ai eu tellement d’opportunités de jouer pour différents pays tout au long de ma carrière et je suis fier de n'avoir jamais pris de décision drastique et précipitée. Je suis fier d'être bulgare et ce sentiment m'a toujours habité. Poursuivre mon rêve de devenir joueur de tennis signifiait que je devais déménager très tôt dans la vie, mais je suis toujours la même personne que j'étais à l'époque. Mon passeport et mon drapeau sont bulgares et j’ai toujours eu l’impression de faire partie de ce beau pays. Je suis très heureux que nous puissions avoir une histoire dans le tennis masculin, surtout après ce que les sœurs Maleeva ont réalisé chez les dames. C’est très important pour moi. J’espère que le travail qu'on est en train de faire avec la fondation permettra qu'on se souvienne de moi d'une autre manière que ce que j'ai accompli sur le court.
Nous vivons dans une période d'incertitude et tout change chaque jour où que vous soyez dans le monde. Cependant, il y a une chose dont je suis certain : c’est que nous pouvons aussi bien rester dans le moment présent, l’apprécier, aller sur le terrain et donner 100% de ce que l'on a, sur et en dehors du court. C’est tout ce que vous pouvez demander. Contrôlez les contrôlables !
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