Danielle Collins se souviendra longtemps de cette année 2021. Malgré un bon début de saison, elle a souffert de douleurs incontrôlables pendant des mois. Une situation qui l'a amenée, en avril, à prendre le temps de suivre un traitement laparoscopique pour l'endométriose (une infection qui voit des cellules similaires à celles de la muqueuse de l'utérus se développer dans d’autres zones du corps).
Après une période de rééducation de deux mois, elle est revenue plus forte que jamais et a remporté son premier titre en carrière à Palerme. Avant d’enchaîner quelques jours plus tard avec un deuxième sacre consécutif à San Jose. Des performances obtenues grâce à un jeu cohérent et une confiance retrouvée qu'elle attribue à sa chirurgie qui a changé sa vie. Dans la dernière édition de Players' Voice, la joueuse de 27 ans explique comment vivre avec la maladie, comment la chirurgie l'a aidée à tourner la page et son désir de mener plus de discussions sur le sujet auprès des femmes.
J'ai toujours eu des règles douloureuses. Je me souviens d'avoir été, il y a quelques années, réveillé dans mon sommeil et d'avoir immédiatement dû me rendre à la pharmacie pour acheter des anti-inflammatoires, juste pour pouvoir passer la nuit. Depuis cet incident, j’ai commencé à tomber vraiment malade quand mes règles arrivaient, avec des symptômes presque grippaux : de la fièvre, des frissons, des vomissements, des évanouissements parfois et même une hospitalisation. J’avais aussi beaucoup de liquide dans mon estomac, ce qui me faisait vraiment "gonfler". C'est arrivé à un point où c'était devenu vraiment angoissant. Le fait que cela puisse se produire chaque mois me secouait vraiment beaucoup mentalement. C'était vraiment difficile de savoir que je devais être en forme physiquement malgré tout.
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Ça m'épuisait énormément. Il y a une fois où je n'ai pas pu prendre l'avion pour me rendre à un tournoi en raison du début de mes règles. Ensuite, il y a eu des moments où j'ai été obligée de déclarer forfait lors de mes matches parce que j'avais cette douleur lancinante du dos jusqu'au pied car mon utérus s'était retourné et avait exercé une pression sur le nerf sciatique. Tout cela signifiait se retirer régulièrement des tournois parce que mon corps ne me permettait tout simplement pas de m'entraîner ou de concourir correctement.

Danielle Collins examinée par le staff médical avant d'abandonner face à Iga Swiatek, en quarts de finale du tournoi d'Adelaide, en février 2021.

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J'ai parlé à beaucoup de médecins qui m'ont dit que les règles douloureuses étaient normales... Bien sûr, parfois elles le sont, mais parfois quand vous avez les symptômes que j'avais, ce n'était tout simplement pas le cas... J'étais dans une position très “chanceuse” parce que j'avais une très bonne amie qui avait déjà reçu un diagnostic d'endométriose. On s’est rendu compte que nous partagions des symptômes presque identiques. C'est elle qui m'a encouragée à consulter un gynécologue spécialisé dans le domaine. C’est à ce moment-là que l'option de la chirurgie a été évoquée pour la première fois.
L’endométriose, vous ne pouvez pas la diagnostiquer catégoriquement avant d'être examinée par laparoscopie car l'IRM et l'imagerie ne montrent pas toujours tout. En fin de compte, ils ont trouvé un kyste de la taille d'une balle de tennis qui n'avait pas été détecté lors d'une échographie transvaginale, ce qui était un peu fou. Une opération signifiait devoir suspendre ma saison, ce qui était assez angoissant parce que je jouais bien depuis le début de l'année. J’avais obtenu de bons résultats en Australie, j’avais battu la numéro un mondiale (ndlr, à Adelaide, en février). Le fait que c'était une année olympique me faisait aussi beaucoup réfléchir. Cependant, je savais au fond de moi que si je continuais à jouer avec tout ça, je n'aurais jamais pu arriver là où je voulais être avec mon tennis.
La chirurgie impliquait de déchirer ma paroi abdominale à quatre endroits différents. Il m’a donc fallu beaucoup de rééducation pour retrouver la force que j’avais en début de saison. Le retour à la compétition était assez intimidant car il y a beaucoup de répétitions de mouvements en particulier avec le service. J'ai fini par me blesser lors de mon troisième tour contre Serena (Williams) à Roland-Garros.

Danielle Collins hugs Serena Williams at Roland-Garros after falling 6-4 6-4

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J'ai eu une déchirure au deuxième degré aux abdominaux. Cela signifiait que je devais rentrer chez moi et rater tous les tournois sur gazon jusqu’à Wimbledon. Ensuite, je n'ai eu que quelques jours d'entraînement pour me remettre. J'avais vraiment peur de me blesser à nouveau. Il y avait des moments où j’allais pour taper la balle et je me demandais si je devais essayer de les frapper ou si cela finirait par causer plus de dégâts. Je pense qu'en tant qu'athlète revenant d'une opération ou d'une blessure importante, surmonter ce blocage mental est l'un des défis les plus difficiles et vous devez trouver un moyen de vous débarrasser de ces pensées négatives.
J'ai eu une petite douleur quelques semaines plus tard, à Palerme. En Sicile, j’avais d'ailleurs une petite tendinite au coude, ce qui m'a un peu fait oublier ce qui se passait dans ma région abdominale. Tout d'un coup, c'était super parce que je n'avais plus la douleur que j'avais ressentie dans mes abdos et ça me faisait du bien, enfin. J'ai remporté mon premier titre WTA là-bas, puis mon deuxième une semaine plus tard à San Jose. J'étais juste dans un groove incroyable ! Je n'ai pas eu à trop réfléchir sur le court. Avoir cette endurance soutenue et pouvoir jouer match après match, tous les jours, a rendu l'opération beaucoup plus gratifiante. C’était une chose à laquelle je n'étais plus habituée depuis longtemps
J'avais le sentiment que cela n'aurait fait qu'améliorer les choses, mais je ne me rendais pas vraiment compte à quel point. C’était le jour et la nuit par rapport à ce que j’avais connu : ne pas avoir à s'inquiéter de l'arrivée de mes règles et penser à tous les scénarios d'impact sur mes performances, comment je devais ajuster mon entraînement, combien de temps de sommeil j’avais besoin… Savoir que je peux maintenant tenir bon physiquement et mentalement, sans avoir la peur persistante d'être coincée avec des symptômes horribles pendant deux semaines, ça m'a vraiment aidée à refermer ce mauvais chapitre et m'a donnée beaucoup plus de confiance pour aller de l'avant.

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Certes, je dois prendre des médicaments pour le reste de ma vie pour que le tissu de l'endométriose ne revienne pas. Je sais que parfois, après la chirurgie, ce tissu peut repousser en quelques années, mais le médicament est conçu pour l'empêcher de revenir. J'espère donc que je n'aurai plus besoin de subir la même opération.
C'était vraiment important pour moi de partager mon parcours car sans mon amie qui vivait déjà avec, j'aurais vraiment eu du mal à savoir à quoi j'avais affaire. Étant dans le monde du sport professionnel et avec les fans que j'avais, j'ai senti que c'était une opportunité parfaite d'être l'amie de quelqu'un d'autre qui a besoin de ce soutien. C'est incroyable ce qu'on peut faire aujourd’hui grâce aux chirurgies laparoscopiques et aux médicaments. Cela devrait rappeler aux gens que l'endométriose est quelque chose qui peut être guéri. Mais, il faut d’abord être conscient de l’avoir. C'est pourquoi la discussion est si vitale.
Récemment, j’ai remarqué que de plus en plus de médias étaient prêts à relayer ce genre d’histoire. De nombreuses personnalités n’ont pas hésité à révéler leurs propres luttes. Amy Schumer, par exemple, a été phénoménale sur Instagram et elle a un grand nombre de followers pour porter son message. Mais en général, je pense que nous les femmes ne parlons pas assez de nos règles. Nous les gardons "en bas". Il est donc beaucoup plus difficile de vraiment déterminer ce qui se passe. Même lorsque nous grandissons, nous ne recevons pas une tonne d'informations à l'école et l'endométriose ne faisait certainement pas partie du programme ! Cependant, nous devrions pouvoir parler de ces choses sans gêne afin de pouvoir nous entraider.
J'ai vécu un moment vraiment incroyable il y a quelques mois à San José, lorsqu'une femme est venue me voir et m'a dit que la lecture de mon histoire l'avait poussée à consulter un médecin en Californie et à se faire opérer. Certes, je ne rencontrerai sûrement pas toutes les personnes atteintes d'endométriose, mais j'espère qu'en parlant de ma propre expérience, il y a des personnes comme elle qui pourront trouver une solution à ce qu'elles vivent.
Environ une femme sur dix souffre de l’endométriose. Plus d’informations sont à retrouver ici : www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/endometriosis
Suivez Danielle Collins sur Instagram - @danimalcollins.
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