"En réalité, je suis unique." En 2008, dans un entretien accordé à CNN, Serena Williams se définissait ainsi. On pourrait y voir une forme d'arrogance. Ce n'était que de la lucidité, sans fausse modestie mal placée. Comme quand elle clamait, dans la même interview : "Je suis convaincue d'être la meilleure et d'être ma seule adversaire."
Elle a raison. Elle est unique. Elle l'était en 2008, et peut-être davantage encore aujourd'hui. Son jeu, dans le paysage du tennis féminin. Son parcours. Sa longévité. Son personnage. Il n'y avait jamais eu de Serena Williams et il n'y en aura jamais d'autre.
Est-elle la plus grande joueuse de l'histoire du tennis féminin ? La plus grande championne ? Ce débat-là sera sans fin et aussi épuisant que celui qui consiste à départager Federer, Nadal et Djokovic en prétendant mettre de la rationalité dans un débat qui ne l'est pas. A chacun, donc, de juger selon sa sensibilité, ses goûts et, plus encore, ses critères.
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Serena Williams, casseuse de stéréotypes

Serena Williams bute depuis quatre ans sur la 24e marche en Grand Chelem, celle du record de victoires, toujours détenu par Margaret Court. Est-elle plus grande que Martina Navratilova et Chris Evert, qui ont sans doute porté le tennis féminin au sommet de sa popularité ? Que Steffi Graf ? Que Billie Jean King ? Tout le monde peut mettre un avis, personne ne peut prétendre asséner une vérité. Serena, comme les autres reines évoquées ci-dessus, a ses arguments. Mais l'essentiel est ailleurs.
Sur le strict plan tennistique, elle fut une révolution. La première fois que l'on a entendu parler d'elle, c'était par la bouche de sa sœur, Venus, de 15 mois son ainée. A moins de 16 ans, Venus émergeait sur le circuit. Elle allait être forte, très forte, c'était une évidence, et elle le fut. Mais Venus avait prévenu : "Ma petite sœur, Serena, qui va bientôt arriver sur le circuit, est encore meilleure que moi". Elle n'avait pas menti.
Serena n'avait pas encore 18 ans quand elle a décroché son premier titre du Grand Chelem, à l'US Open, en 1999. Lors de la finale, contre Martina Hingis, au tennis d'un merveilleux classicisme, cette impression, comme une évidence : c'était le tennis du XXIe siècle qui arrivait. Ce n'est pas une question de goût. Ce n'était ni mieux ni moins bien. C'était autre chose. C'était Serena. Deux décennies (et des poussières) plus tard, en termes de puissance, elle n'a toujours pas été dépassée. C'est dire à quel point elle était en avance sur son temps.

Serena Williams à l'Open d'Australie : le top 10 de ses coups gagnants

Miss Williams a gagné un Grand Chelem adolescente. Elle en a gagné un, le dernier, alors que sa grossesse débutait à peine. De la toute jeune femme à la mère de famille, on a vu l'ado grandir, la femme évoluer et la championne "vieillir". Le plus bluffant ? Sa passion intacte à l'approche de la quarantaine. Celle du jeu et de la compétition.
Lorsque les sœurs Williams ont déboulé comme deux tornades sur le circuit WTA, elles ont apporté une vraie fraicheur mais, pour beaucoup, elles ne dureraient pas. Trop marketées. Trop "programmées", par un père, Richard, obsédé par la réussite de ses progénitures et désireux de les voir accéder au sommet. C'était son rêve à lui, pensait-on, plus que le leur. A 40 et 39 ans (la cadette avait 14 ans lors de son premier match sur le circuit pro), elles sont toujours là. C'est peu dire que les Cassandre s'étaient trompées. Sur Serena, maintes fois enterrée, elles ont souvent eu tout faux.
Si elle n'était que l'immense championne dont personne ne peut contester l'importance, Serena Williams tiendrait déjà une place d'envergure dans son époque. Mais elle n'est pas que cela. C'est un personnage, une star, ayant largement transcendé son sport. Plus qu'un palmarès, c'est une histoire. Celle d'une enfant de Compton, cette ville de la banlieue sud de Los Angeles, si délabrée, pauvre et criminogène qu'elle fut baptisée à la fin des années 80 "la capitale américaine du crime". C'est là qu'elle tape dans une balle pour la première fois à l'âge de quatre ans, sur un terrain indigne de ce nom.
Pour arracher sa famille à cette condition, Richard Williams va emmener sa famille en Floride. Après la pauvreté, Serena découvre le racisme. Papa Williams les retirera du circuit officiel pour les jeunes pour protéger ses filles des insultes. Plus que de la colère ou de l'amertume, elle en gardera le goût du combat, une volonté phénoménale et des convictions qui lui feront boycotter pendant 15 ans le tournoi d'Indian Wells où elle estimait avoir été victime de racisme.
"Si je suis différente, précisait-elle en 2008, c'est parce que ma vie a été dure, surtout au début." Même une fois la gloire et la fortune acquises, sa vie ne sera pas toujours un lit de roses. En un quart de siècle de carrière, elle a connu de multiples pépins de santé, dont certains très sérieux au point qu'on l'a crue perdue pour le sport de haut niveau en 2011 après son embolie pulmonaire, et quelques drames intimes, comme l'assassinat de sa demi-sœur, Yetunde, en 2003. Elle a connu beaucoup de bas, s'est toujours relevée.
Elle peut agacer, Serena. Elle est parfois agaçante. Elle peut déraper, même, sur un court. Ce n'est pas une sainte. Ne cherchez pas son auréole. Suivez son aura. Celle qui lui a permis de s'imposer comme incontournable et de brandir avec une réelle autorité et une fierté certaine son histoire, son sourire, sa couleur de peau, ses looks, son corps et, bien sûr, son jeu. Femme puissante du plus anodin détail à la plus forte de ses positions, elle aura épousé son époque tout en la symbolisant.

Serena Williams, vraiment unique.

Crédit: Eurosport

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