Retraite de Rafael Nadal | Notre Rafa à nous : comment l'Espagnol a marqué la rédaction d'Eurosport

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Rafael Nadal s'arrêtera donc là. L'Espagnol est l'un des plus grands sportifs de l'histoire et l'annonce de sa retraite a, forcément, ravivé des souvenirs chez tous les amateurs de sport. Chez nous, aussi. Pour l'occasion, les membres de notre rédaction racontent, à travers des moments qu'ils ont vécus ou des sensations qu'ils ont eues, ce qui a fait de "Rafa" un athlète à part.

Nadal annonce sa retraite avec émotion : "Prendre cette décision m'a demandé du temps"

Video credit: Eurosport

Maxime Battistella

Une main posée sur l'épaule d'un rival en détresse. Lors de la remise des trophées de l'Open d'Australie 2009, alors qu'il venait de réaliser un nouveau rêve personnel en faisant la conquête de Melbourne, j'ai été frappé par ce geste d'empathie, cette accolade. C'est à ce moment précis que j'ai perçu devant ma télévision l'homme Rafael Nadal caché derrière le masque du "Taureau de Manacor" qui fusille ses adversaires du regard.
Il était la cause des malheurs de son rival Roger Federer, il aurait pu se contenter de célébrer son exploit mais il a pris le temps de consoler. Plus proche en termes de sensibilité tennistique et esthétique du Suisse, j'ai alors été subjugué par ce paradoxe : comment un tel tueur, un tel guerrier pouvait-il être si sensible ?
Et avec les années, la réponse m'a frappé. Cet engagement insatiable à ne rien lâcher sur chaque point, c'était vivre viscéralement la compétition, résister au torrent permanent des émotions. Une métaphore du tourbillon de la vie.
Et puis vient l'accalmie, le temps de panser les plaies et de féliciter le rival avant le prochain combat. Car seul lui est apte finalement à vous comprendre. C'est aussi pour cela que Nadal était inconsolable le soir de la retraite de Federer. Le Majorquin a modifié à jamais mon regard sur la rivalité dans le sport. Il lui a donné plus de sens. Et pour cela avant tout, il restera unique à mes yeux.

Thomas Bihel

Mars 2003. Cherbourg en Cotentin, jour de finale du tournoi Challenger de tennis. Un joueur Espagnol âgé de 16 ans, neveu du défenseur du Barça, Miguel Angel Nadal, joue cet après-midi contre l’Argentin Sergio Roitman, de 7 ans son aîné. Une seule place les sépare au classement ATP. Rafael Nadal est 177e joueur mondial. Déjà.
Son oncle Toni m’invite à rencontrer son prodige. À venir interviewer le phénomène à son hôtel, à quelques pas du complexe de Chantereyne. Dans sa chambre, c’est "plus simple", a dit le tonton. Assis sur son lit, ce sera même mieux. À quelques heures de la finale, après un parcours sans faute contre De Voest, Varlet, Saoudi et Elseneer, le tout jeune Rafael est accueillant. Timide, poli, souriant, determiné. Les réponses sont fluides. Son amour du jeu transpire. Son humilité aussi.
L’après-midi, l’excellent Roitman remportera le trophée en trois sets accrochés. Il est fort cet Argentin ! Promis à un avenir brillant. Le jeune Nadal, lui, jouera certainement d’autres finales. A suivre. Assurément.
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"Mon Nadal à moi", par la rédaction d'Eurosport

Crédit: Quentin Guichard

Anne Boyer

Entre Rafa et moi, l’histoire avait pourtant mal commencé. Comme beaucoup de fans inconditionnels de Roger Federer, j’ai vu d’un très mauvais œil ce gamin en pantacourt et marcel arriver sur le devant de la scène tennistique. Tout le contraire de mon esthète helvète... je l’ai rapidement détesté, avec ses tocs, sa transpiration et son coup droit lasso. En aimer un, c’était détester l’autre, dans un accord tacite entre représentants des deux clans.
Il y a eu beaucoup de mauvaise foi dans cette détestation. Du désespoir aussi, comme ce 6 juillet 2008, où celui qu’on s’entêtait à réduire à un terrien devenait le bourreau du roi du gazon. Longtemps, j’ai détesté Nadal ; souvent, il m’a fait hurler, rager, pleurer. Et puis, petit à petit, j’ai accepté. Et même glissé vers le respect. Puis l’admiration. Assez récemment, certes, quand il a commencé à moins gagner (ça aide !) et quand un autre monstre a endossé le rôle du bourreau.
Comme vous tous, j’ai frissonné en le voyant remporter un improbable 14e Roland Garros ; comme vous tous, j’ai craqué en le voyant pleurer, main dans la main avec Roger. Comme nous tous aujourd’hui, je vois à regret une page magnifique du tennis se tourner.
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Hommage de Federer à Nadal : "Il a transcendé le sport d'une telle manière"

Video credit: Eurosport

Vincent Bregevin

Je garderai deux choses de Rafael Nadal. D'abord une image. Celle de son premier sacre à Roland-Garros en 2005. Quand il s’est écroulé au sol après une victoire de haute lutte contre Mariano Puerta. Un mélange de couleurs gravé dans ma mémoire, avec sa tenue détonante, son pantacourt blanc et son débardeur vert sur la terre ocre. Et puis une gueule, son visage de gamin avec son bandana pour maintenir sa longue chevelure en bataille. Il avait l'allure de guerrier qui venait de gagner sa première grande bataille. Il allait devenir le guerrier absolu.
C'est la deuxième chose que je garderai de Nadal. Ce mental sans égal. Je l'ai toujours vu comme un modèle pour ça. Il avait du talent même s'il n'était pas le plus doué. Mais c'était celui qui combinait le plus de qualités. Surtout la résilience, sur le court et bien au-delà. Je crois que c'est cet atout qui l'a mené au sommet, qui a guidé son éthique de travail, qui lui a donné cette intelligence pour faire évoluer son jeu, et devenir l'un des tennismen les plus complets. Ce qui l'a rendu si dominant, pourtant chacune de ses victoires puait l'humilité. Ce n'était pas mon joueur préféré, j'ai souvent souhaité sa défaite. Mais si je devais définir l’incarnation du champion, c'est lui que je choisirais.
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Rafael Nadal celebrando su triunfo ante Roger Federer en Roland-Garros 2005.

Crédit: Getty Images

Christophe Gaudot

Au premier regard, je n'ai pas spécialement aimé Rafael Nadal. En Federien convaincu, j'ai regardé ce joueur venu perturber la domination de Roger un peu de travers, je l'admets. Comme d'autres, j'ai opposé la classe du Suisse à un jeu bien moins beau techniquement du côté de l'Espagnol. Les années passant et les défaites, sévères, s'accumulant pour Federer, j'ai de plus en plus repoussé Nadal. Avant d'être touché par ce dernier.
Il ne s'agissait pas de l'opposer à Roger Federer mais de s'intéresser au personnage qu'il était. Et comment ne pas être en admiration devant l'exceptionnelle humilité qui est la sienne ? Rarement dans le sport de haut niveau, un joueur ne m'aura autant frappé par la qualité des valeurs qu'il porte. Plus tard, j'ai donc appris à aimer Rafael Nadal. L'homme comme le joueur.
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Rafael Nadal & Roger Federer

Crédit: Getty Images

BERTRAND MILLIARD

27 janvier 2014, lendemain de finale de l'Open d’Australie. Dans le salon d’attente de l’aéroport Tullamarine de Melbourne, entre Rafael Nadal escorté de toute son équipe : coach, préparateur physique, kiné, agent, chargé de communication… La veille, blessé en cours de match, le Majorquin s’est incliné en quatre sets face à Stan Wawrinka alors qu’il était nettement favori.
L’excitation s’empare aussitôt du lieu, à l’ambiance plutôt feutrée en temps normal. Tout le monde a reconnu la star et se dit que c’est une occasion unique de se créer un souvenir avec lui ou de lui glisser un compliment.
De mon côté, deux sentiments se mêlent : d’un côté le souhait de respecter l’intimité d’un joueur certainement dévasté encore par la défaite ; de l’autre, la tentation du passionné, de l’enfant qui sommeille, aller faire la petite photo qui va bien.
Toujours en pleine réflexion sur l’attitude à adopter, j’aperçois Nadal quitter son groupe. Le gamin prend le pas sur l’adulte et je me dirige vers lui pour lui demander s’il accepterait de faire un selfie. Il répond favorablement et s’efforce de sourire légèrement sur le cliché. Au fil des minutes, c’est l’ensemble de la cinquantaine de voyageurs présents dans cet espace qui vont aller quémander leur autographe, leur photo, leur échange verbal… A tous, il va dire oui.
On ne mesure pas à quel point il doit être pesant de devoir composer avec une telle notoriété en tous lieux. A fortiori au lendemain d’une défaite aussi cruelle. Peu de temps avant l’embarquement, alors qu’il feuillette les magazines proposés sur le présentoir du salon, l’Espagnol est interpellé par une octogénaire, qui lui fait part de son admiration et le félicite pour sa carrière. Elle semble ignorer ce qui s’est passé la veille et lui parle comme s’il avait soulevé le trophée. Avec beaucoup de respect, le joueur écoute puis remercie chaleureusement en souriant. Il n’a pas essayé d’esquiver ou d’abréger l’entretien.
C’est un souvenir marquant : celui d’un être humain incroyablement simple et sympathique en toutes circonstances. Une éducation parfaite. La classe.
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Tennis Nadal Fans

Crédit: SNTV

Thomas Morel

Mon Nadal à moi, c’est celui de septembre 2022, lors des adieux de Federer. Après un ultime double ensemble et une défaite anecdotique, les deux meilleurs ennemis se retrouvent comme deux gamins en totale perdition au rythme du tube "Burn" d’Ellie Goulding. Craquage total qui était prévisible pour Roger, moins pour Rafa.
Cette image me brise. Voir les larmes incontrôlables de l’Espagnol, main dans la main avec Federer, me réconcilie avec cet immense champion que j’ai trop longtemps détesté. Tout m’énerve chez le Majorquin. Ses tics, ses tocs, son jeu, mais surtout cet ascendant qu’il a trop longtemps eu face à mon Roger. Jusqu’à cette victoire à la nuit tombée en 2008 dans le jardin du Suisse, un mois après l’avoir humilié dans le sien à Roland. Je le hais.
Oui mais Novak s’est ensuite invité dans la danse, et la rivalité Fedal s’est peu à peu estompée. La finale de légende de 2017 en Australie aura aussi permis de panser certaines plaies, et de pardonner Nadal pour tous ses crimes de lèse-majesté. J’ai beaucoup pleuré en septembre 2022. Mais en tant qu’amoureux de Roger, et surtout du tennis, nul doute que je pleurerai tout autant, si ce n’est plus, aux adieux de son plus grand rival. Gracias por todo señor Rafa.

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Alcaraz sur la retraite de "son idole" Nadal : "C'est encore plus dur pour moi"

Video credit: Eurosport

Cyril Morin

C'est mon 12 juillet tennistique à moi. Le genre de souvenirs qui restent si ancrés en soi qu'ils deviennent une évidence à l'heure de se choisir un destin. Je me souviendrai toute ma vie du 31 mai 2009, de ce dimanche de printemps où, au retour d'un tennis entre potes, j'ai allumé la télé chez l'un d'entre eux, par réflexe plus que par curiosité.
Nadal jouait et Nadal allait gagner, comme toujours. Et puis, le temps s'est arrêté, suspendu comme pour marquer la solennité d'un moment d'éternité. Je me souviens encore de la lumière tombante dans le salon de mon pote, de l'incrédulité d'une génération qui le pensait intouchable ici, de cette sensation si unique et si addictive d'avoir assisté à quelque chose qui restera. Une partie de mon orientation s'est jouée ce jour-là.
Il est cruel de se souvenir de défaites de Rafa à Roland-Garros, si rares. Mais c'est encore avec l'une d'entre elles que j'ai vécu l'une de mes plus belles émotions récentes. Le 27 mai dernier, après sa sortie face à Alexander Zverev, il y eut comme un flottement sur le Philippe-Chatrier, un mélange de tristesse, de mélancolie, de sidération et presque un petit coup de vieux. Rafa s'en va et c'est une partie d'entre nous qui part avec lui.
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Au bord des larmes, Rafael Nadal quitte Roland Garros peut-être pour la dernière fois

Video credit: Eurosport

Julien Pereira

Notre métier est un privilège mais il a tout de même un défaut. Voir, commenter, décortiquer, analyser les performances des sportifs nous pousse, parfois, à les banaliser. Il devient sans doute plus difficile de s'émerveiller devant un coup droit long de ligne, un passement de jambes ou un dépassement par l'extérieur lorsqu'on en a vu et revu des kilotonnes. Alors, pour entretenir la flamme que tous ces petits exploits faisaient grandir quand nous étions enfants, on s'attarde sur autre chose. Sur ce que sont réellement ces sportifs en tant qu'hommes ou femmes. Ce qu'ils ont d'inspirant.
Pour moi, Rafael Nadal a été capital dans ce cheminement. Il m'a amené au tennis par le jeune joueur qu'il était à une époque où je n'étais pas plus attiré par ce sport que par un autre. Mais il ne m'a surtout jamais lâché par l'homme qu'il est devenu : celui qui n'abandonne jamais, reste calme en toutes circonstances, cherche toujours à rebondir, évoluer, progresser.
S'intéresser, même de loin, à l'Espagnol, c'est s'assurer de trouver des moyens de s'élever en tant qu'être humain. Assez rares sont les athlètes capables de générer cet attrait-là avec autant de force. Serena ? Hamilton ? Biles ? Qu'importe. Mon Nadal à moi, c'est celui-ci : l'homme inspirant derrière le sportif exemplaire.
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Nadal est "une personne incroyable" selon Sinner : "J'ai eu la chance de le connaître"

Video credit: Eurosport

SEBASTIEN PETIT

Quand il déboule sur le circuit ATP à 19 ans, Rafael Nadal détonne. Dans son jeu : puissant et brutal. Et aussi dans son style vestimentaire : pantacourt, débardeur musclé, cheveux longs et bandeau autour de la tête. Personne ne s’habille alors comme lui. C’est un tout logique : il n’est pas là pour faire dans la dentelle, mais pour gagner. Il est facile de le détester, de l’adorer ou de le craindre. Rien qu’à le croiser dans le vestiaire, certains adversaires s’avouaient vaincus avant même de jouer contre lui.
 Peu réceptif à cela au départ, j’ai compris l’ampleur du phénomène en me rendant dans une académie de tennis dans les Yvelines en 2007. Ici, parmi les jeunes qui se rêvent joueurs professionnels, deux sortent du lot : en pantacourt, débardeur, bandeau, cheveux longs… Des pâles copies ? Non, deux fans absolus habillés dans la tenue de leur super héros. « Ils mangent, dorment et respirent comme Rafa », m’a-t-on fait comprendre devant ma stupéfaction. Le phénomène était bien là, prêt à tout emporter, même Roger Federer : on ne pouvait pas s’habiller comme lui.
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Roger Federer and Rafael Nadal pose for photographs before the Men's Singles Final on Day 13 of the 2008 Wimbledon Tennis Championship at the All England Tennis and Croquet Club in London, United Kingdom. (Photo by ben radford/Corbis via Getty Images)

Crédit: Getty Images

Laurent Vergne

Mats Wilander nous le disait jeudi, Rafael Nadal, c'est d'abord l'incarnation de la passion. Un feu sacré intérieur. Paradoxalement, ce n'est pas une raquette mais un drapeau dans la main que je l'ai la mieux ressentie. C'était au Maracana, le 5 août 2016, le soir de la cérémonie d'ouverture des Jeux de Rio.
Cet été-là est pourri pour Rafa. Blessé, il a été contraint de quitter Roland-Garros sans combattre, avant le 3e tour. Il a aussi dû renoncer à Wimbledon. Il n'a plus gagné un Grand Chelem depuis plus de deux ans. Quand il arrive à Rio, il n'a pas joué depuis deux mois et demi. On se demande presque ce qu'il fait là. 
Dans le temple du football, c'est lui, le champion olympique 2008, qui porte le drapeau espagnol. Il a l'air heureux comme un gosse d'être là. La passion, l'amour du sport, il incarnait tout ça en cet instant et je crois que je ne l'ai jamais autant aimé que ce soir-là. Nadal avait déjà goûté à l'or. Il n'avait pas besoin des Jeux cet été-là. Mais il en avait envie. La passion. Toujours.
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Pékin 2008 : Nadal s'écroule de joie, au sommet du mont Olympe

Video credit: Eurosport


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