L'homme qui a tiré sa révérence jeudi, avec 20 titres du Grand Chelem en poche, 103 titres glanés ou encore 310 semaines passées en tête du classement ATP est une légende absolue du tennis. Mais Roger Federer aura également, depuis son avènement en 2003 jusqu'à ce 15 septembre, dépassé les frontières de son sport comme aucun autre tennisman avant lui, Björn Borg excepté.
Après le Suédois au bandeau, si Andre Agassi fut une bête médiatique et une star au sens premier du terme, l'Américain n'a pas coché les cases d'excellence du Suisse. Quant à Pete Sampras, le dominant du siècle dernier - dont le record de 14 titres en Grand Chelem n'a pas résisté aussi longtemps que prévu -, il n'avait pas le goût des projecteurs, dont la lumière n'avait de toute manière pas la même portée qu'aujourd'hui.
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La bonne personne au bon moment : pendant plus de deux décennies, Roger Federer aura lui évolué comme un poisson dans l'eau, aussi à l'aise sur les courts, qu'à côté. Ce qui lui a permis de devenir l'icône que l'on connaît. Le Suisse n'est pas seulement le ou l'un des trois meilleurs joueurs de tous les temps avec Rafael Nadal et Novak Djokovic, il est aussi et surtout devenu l'un des plus grands sportifs de l'histoire. Et ça, c'est exceptionnel.

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"Il faut dire et souligner le fait que Roger Federer a porté le tennis au sommet des plus grands sports, parce que Roger Federer n'était pas seulement le plus grand joueur de tennis de tous les temps à un moment donné, il a aussi été plusieurs fois été élu parmi les plus grands athlètes du monde, juge Mats Wilander, consultant pour Eurosport. Et cela n'était jamais arrivé avec des joueurs comme Björn Borg, Pete Sampras ou Rod Laver. Federer n'a pas seulement dominé le tennis, il l'a fait à sa manière et nous n'avions pas réalisé que c'était possible avant lui."
A la manière d'un Michael Jordan
Raquette en main, Roger Federer a généré une fascination et une attraction naturelle du public. Par son élégance, sa technique et une forme de grâce doublée d'une impossible légéreté, il a ouvert des portes dans lesquelles le tennis - sport majeur s'il en est - ne s'était pourtant encore jamais engouffré. A la manière d'un Michael Jordan, qui a donné une autre dimension au basketball durant les années 90.

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"Sa manière de jouer avec sa raquette nous a poussés à jeter un coup d'œil à son jeu de jambes. Et nous nous sommes rendu compte que cet homme, à l'air si facile, pouvait être comparé par ses qualités athlétiques aux plus grands sportifs de tous les temps comme Michael Jordan au basket, Pelé au foot ou Nadia Comaneci en gymnastique. Aucun joueur de tennis avant Roger Federer ne s'était approché de ce niveau", martèle Wilander.
C'est comme si Pavarotti avait chanté des chansons de Bob Dylan
Le Suédois parle en connaissance de cause : "J'ai gagné trois Grands Chelems, plus Cincinnati et Key Biscayne en 1988. J'étais loin d'être le sportif de l'année. D'une certaine manière, Roger Federer a fait entrer notre sport dans le salon de personnes qui n'avaient jamais regardé de tennis et se sont mis à l'apprécier. Pour moi, c'est comme si Pavarotti avait chanté des chansons de Bob Dylan. J'y vois une forme de perfection. En tennis, elle est incarnée par Roger Federer".
Wilander, les amoureux de la balle jaune et le grand public ne sont pas les seuls à avoir été sensibles à la personne et au charisme de Roger Federer. Le comportement et le style de Federer, immaculé et global (ndlr : polyglotte, le Suisse parle parfaitement allemand, anglais et français), ont nourri l'appétit des sponsors de luxe, comme Moet & Chandon, Mercedes-Benz, etc. Lionel Maltese, économiste, le résume dans la relation nouée entre le néo-retraité et Rolex. "Rolex axe ouvertement son travail sur des principes comme l'élégance, l'authenticité, l'excellence... Federer n'a pas eu à forcer sa manière d'être, il était parfaitement aligné avec ces principes", explique-t-il à l'AFP.
Quand il était manager délégué du tournoi de Marseille, Maltese n'avait pas hésité à parier sur le jeune Federer. "En 1999, on a mis cinq ans de garantie sur Roger Federer, pour environ un million d'euros. Il signait ce genre de contrats, c'est lui qui a déclenché le marché de la garantie, qui faisait que les tournois voulaient l'avoir. Un peu comme Michael Jordan, c'était la personne qu'il fallait voir." Comme Jordan, il est devenu une icône du sport. Et l'a fait avancer dans son sillage. Jeudi, le tennis a dit adieu à une légende des courts. Mais un simple au revoir à l'ambassadeur naturel et éternel qu'il est devenu.

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