Roger Federer intronisé au Hall of Fame : "Je continue d'écrire ma lettre d'amour au tennis"

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Roger Federer a intégré samedi soir le Hall of Fame du tennis. C'est son épouse en personne, Mirka, qui s'est chargé de l'introduire. Dans un discours d'une demi-heure marqué par les larmes, le Suisse est revenu sur une vie de tennis, ce sport qu'il a dans son sang depuis sa plus tendre enfance. Du petit ramasseur de Bâle au champion admiré et bardé de titres, un même fil conducteur : la passion.

Roger Federer, ému, lors de son intronisation au Hall of Fame.

Crédit: Getty Images

Mats Wilander avait évidemment raison, mais sans rien enlever au consultant vedette d'Eurosport, il n'avait guère de risques de se tromper. "Je suis certain que Roger va pleurer", nous avait-il dit à propos de l'intronisation de Federer au Hall of Fame. Samedi soir, dans le cadre délicieusement champêtre et néanmoins prestigieux du site verdoyant de Newport, le Suisse a effectivement déversé les grandes eaux au moment de devenir le 271e membre du Temple de la renommée du tennis. Un moment toujours spécial, qu'il a qualifié dans son discours "d'un des plus grands honneurs" de sa vie.
Les larmes ont coulé dès son arrivée au pupitre, alors que son épouse, Mirka, venait de parler pour l'introduire. Chez les bookmakers, elle était la favorite, avec un certain Rafael Nadal, pour se charger de tenir ce rôle, chaque nouvel entrant étant toujours présenté par une personnalité. "Ce soir, j'ai l'honneur de présenter mon mari, mon meilleur ami et désormais le tout nouveau membre de l'International Tennis Hall of Fame", a-t-elle conclu avant de transmettre la parole et le flambeau de l'émotion au personnage central de la soirée.
"C'est du très haut niveau, difficile de faire aussi bien", a plaisanté l'homme aux 20 titres du Grand Chelem à propos du discours de celle qui a non seulement été la personne la plus importante dans sa vie, mais aussi dans sa carrière, ainsi qu'il l'a souvent souligné. Roger Federer a alterné le rire et surtout les larmes, qui ont beaucoup coulé, comme à chaque grand moment de sa vie de champion, les plus savoureux comme les plus douloureux. Voilà pourquoi il était impossible et impensable que ce discours ne soit pas empreint d'émotion, car tel était le joueur Roger Federer. "Il me faut beaucoup de mouchoirs et des lunettes de soleil pour cacher tout ça", a-t-il ironisé.
Je vous vois. Je vous remercie. J'ai été à votre place
Pendant 28 minutes, il s'est confié et raconté, tentant de n'oublier personne, à commencer par un jeune Bâlois de 13 ans, lui-même, quand il était ramasseur de balles dans le tournoi de sa ville, celui qu'il finirait par remporter à 10 reprises. "Je suis debout contre le mur du fond, les mains dans le dos, les yeux rivés sur la balle, s'est-il souvenu. Je n'oublierai jamais les sensations procurées. Le frisson d'être si près des joueurs, de leur envoyer les balles, de leur tendre la serviette, de les voir transpirer, de les observer se battre et chercher des solutions. Je me souviens que le lendemain matin, j'avais les jambes en coton. Rester debout toute la journée, c'est éprouvant." Mais c'était le bonheur de celui qui n'imaginait pas qu'il deviendrait un jour ce qu'il observait alors, dans une version magnifiée et plus aboutie encore.
Alors, à Newport, Roger Federer a appuyé son hommage à ces milliers de ramasseurs de balles croisés pendant un quart de siècle sur le circuit professionnel. "Je vous vois. Je vous remercie. J'ai été à votre place." Pas grand-monde n'a ensuite été à la sienne, au firmament de ce sport qu'il idéalisait. Car, ce n'est pas de grandeur, de gloire ou de célébrité dont a d'abord rêvé le jeune Federer, mais simplement de jeu. "Ils appellent cela le Temple de la Renommée, mais la renommée n'a jamais été un objectif, a-t-il joliment formulé samedi. J’ai essayé de montrer mon amour pour ce sport. Parce qu’il comptait vraiment pour moi, et je voulais aussi qu’il compte pour vous."
Entre deux poussées lacrymales, l'ancien numéro un mondial a tenu à évoquer ceux qui l'ont accompagné dans son incroyable destin de champion. Son père, qui lui a transmis sa première raquette. "Une raquette en bois si lourde que je devais la tenir à deux mains pour jouer en coup droit comme en revers, car je suis si vieux que j'ai grandi avec une raquette en bois et des balles blanches", a-t-il rigolé. Ce père, Robert, que Federer nomme encore "le véritable RF", en référence à ces initiales devenues une lucrative marque aujourd'hui. Il a également associé sa mère, "celle qui organisait mes cours, m'inscrivait aux matchs et soutenait mes entraîneurs. Maman a fait en sorte que cela se réalise. Merci maman."
Puis il a souligné l'apport de ses entraîneurs, tous ses entraîneurs, "y compris ceux qui ne sont plus là", à l'image du regretté Peter Carter, disparu en 2002 dans un accident de voiture et dont le vide a décuplé chez lui le besoin et l'envie de réussir à tout prix pour l'honorer. Il les a tous nommés, de Peter Lundgren à Paul Annacone en passant par Ivan Ljubicic. Avec deux hommages un peu plus appuyés que les autres, pour le discret, mais précieux Séverin Luhti, bien sûr (envers qui il a eu cette formule superbe : "Il m'a motivé quand j'avais besoin d'être motivé et protégé quand j'avais besoin d'être protégé"), ou encore Stefan Edberg. "Le héros de mon enfance", a rappelé l'octuple vainqueur de Wimbledon.

L'hommage à Mirka : "Ensemble, nous sommes capables de traverser les murs"

Il a finalement été assez peu question de ses collègues, même ses plus illustres rivaux. Pete Sampras, croisé à ses débuts, "le meilleur serveur de tous les temps". À l'évocation de l'Américain, Federer a craqué sur ces mots : "Quel privilège d'avoir joué contre Pete…". Il a mentionné Rafael Nadal et Novak Djokovic, évidemment, ainsi que Martina Navratilova, Martina Hingis, Björn Borg ou Boris Becker comme autant de sources d'inspiration, pour des motifs divers.
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"Un moment unique" : Federer a retrouvé l'US Open en gagnant deux fois

Video credit: SNTV

"Et maintenant, Mirka…". La partie la plus longue, la plus intense et la plus émouvante de cette quasi-demi-heure de discours. A juste titre. La femme de sa vie d'homme et de joueur. "Elle m'a transformé", dit-il. Elle a changé un adolescent blond peroxydé et parfois gauche qui fracassait ses raquettes en un modèle d'élégance à qui personne ne peut contester le titre officieux de joueur le plus aimé et admiré de tous les temps. "Elle a été ma partenaire d'entraînement, mon coach, mon amie, ma styliste… Mirka m'a appris à rester davantage concentré sur mon tennis. Ensemble, nous sommes capables de traverser les murs."
Roger Federer a gagné 1251 matchs, 103 titres dont 20 en Grand Chelem, trôné 310 semaines au sommet du tennis mondial et incarné son sport comme personne, mais il a d'abord et surtout aimé profondément le tennis. C'est cet amoureux à qui le Hall of Fame a ouvert ses portes samedi. Il y est à sa place. À 45 ans, il promet d'y rester fidèle, quoi qu'il advienne. "Je continue d'écrire ma lettre d'amour au tennis, a-t-il conclu. Ma carrière de joueur est terminée, mais le tennis restera toujours au carrefour de ce qui m'est le plus cher : ma famille, nos amitiés, les quarante années écoulées et l'avenir que nous bâtissons. Pour moi, le tennis est à l'origine de tout cela."
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Roger Federer est officiellement un "Hall of Famer"

Crédit: Getty Images


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