Roland-Garros 2025 - L'antisèche : C'était beau, ça aurait pu être immense, mais Sinner a dit non
Par Laurent Vergne
Mis à jour 07/06/2025 à 14:18 GMT+2
La demi-finale entre Jannik Sinner et Novak Djokovic a tenu ses promesses vendredi soir à Roland-Garros. D'un engagement et d'un courage énormes, le Serbe a tout essayé pour déboulonner le numéro un mondial. Il a été grand, mais Sinner a été gigantesque pour s'imposer en trois sets (6-4, 7-5, 7-6) au terme d'un match superbe à qui il n'a pas manqué grand-chose pour devenir légendaire.
Djokovic a-t-il joué pour la dernière fois à Roland-Garros ? "Je ne sais pas"
Video credit: Eurosport
Le pourquoi du comment
En discutant avant le coup d'envoi de cette demi-finale avec l'ami Rémi Bourrières, que vous connaissez bien dans ces parages, nous étions d'accord pour dire que ce tournoi masculin manquait d'un soupçon de souffle épique. De la qualité, des matches intéressants, oui, mais encore rien de nature à nous transporter, nous transcender. Et si ce soir, c'était le soir ? Voilà ce que nous pensions ou, a minima, ce que nous espérions. Jannik Sinner et Novak Djokovic pouvaient nous donner cela.
À l'arrivée, le duel entre le meilleur joueur du monde et le plus grand joueur de l'histoire a presque débouché sur un monument. L'intensité des débats, particulièrement dans les deux dernières manches, a été phénoménale. Trois heures et quart d'une bataille par moments exceptionnelle. Le point d'orgue de cette édition 2025, au moins jusqu'à dimanche, à n'en pas douter. Mais une dimension supplémentaire, légendaire, aurait pu envelopper le court Philippe-Chatrier. Il aurait fallu, pour cela, au moins un set de plus.
Novak Djokovic a tout tenté pour nous l'offrir. Pour faire chanceler le roc italien. Mais Sinner a dit non. Il n'était pas d'accord. Il a tangué, par moments. Sans jamais craquer. Ce Sinner, c'est un roseau, capable de plier sans se briser. Et pourtant… Le Serbe a servi pour le gain du deuxième set. Il a ensuite obtenu trois balles de set dans le troisième. Il aurait "mérité" d'aller chercher au moins une de ces deux manches. Mais Sinner se fout du mérite.
Sa Sainte-Trinité, cette combinaison rarissime de puissance, de vitesse et de précision dans la frappe de balle a quelque chose de délirant. Il n'a pas toujours bien servi, vendredi soir, mais il est souvent allé chercher sa première balle quand il en avait le plus besoin. Il a toujours réponse à tout même quand les questions posées sont complexes et nombreuses. Oui, il a été grand, parce que l'immensité de son adversaire du soir est venue magnifier sa propre performance. Maintenant, il nous reste à reprendre notre souffle que les deux hommes, chacun à leur manière, nous ont coupé au bout de ce combat en apnée.
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La joie de Jannik Sinner, qualifié pour la finale.
Crédit: Getty Images
Le moment clé
Poussé par le public et revigoré par la panne de premières balles de son adversaire, Djokovic a tenté de forcer son destin en fin de deuxième set, au prix d'un gros effort physique. Alors que l'Italien servait pour mener deux manches à rien à 5-4, le Serbe a recollé en signant son premier break de la soirée. Le Chatrier était prêt à s'enflammer. Mais Sinner n'a pas bronché.
Au contraire. Il a fait subir à Djokovic ce que le Serbe a si souvent appliqué : tu me prends mon service ? Je te rebreake dans la foulée. "Nole" n'a pas eu le temps de capitaliser sur ce début d'élan qui ne l'a pas porté plus loin que dans l'instant. C'est vraiment là que ce match aurait encore pu basculer.
Certes, le 3e set fut le plus disputé et intense des trois, mais même si Djokovic l'avait arraché, il est difficile d'imaginer qu'il aurait pu aller au bout d'une remontada qui eut été invraisemblable et historique puisque, dans l'ère Open, aucune des 74 demi-finales de Roland-Garros où un joueur a mené deux sets zéro a vu un retournement de situation. En revanche, à une manche partout, l'affaire aurait pu être différente...
La stat : 29
Holger Rune est toujours le dernier joueur à avoir pris un set au numéro un mondial en Grand Chelem. C'était lors de la 2e manche de leur huitième de finale à l'Open d'Australie en janvier dernier.
Après cela, Jannik Sinner a gagné les 11 derniers sets joués à Melbourne (Rune, De Minaur, Shelton, Zverev). Ici, à Roland-Garros, le voilà donc en finale sans avoir concédé la moindre manche. Faites les comptes : 11 en Australie plus 18 à Paris, l'Italien atteint donc les 29 sets de rang glanés en Grand Chelem. Carlos Alcaraz pourra-t-il stopper la série ?
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Même cotonneux, Sinner a congédié Rune : le grand format de son succès décousu
Video credit: Eurosport
La décla
Je n'ai jamais reçu autant de soutien dans ma carrière dans ce stade
De Novak Djokovic, durant sa conférence de presse. Difficile de le contredire. Dans une ambiance proche de feue la Coupe Davis, Nole de Belgrade a quasiment joué à domicile vendredi. Cela n'a pas suffi, mais cette preuve d'amour ne l'a pas laissé insensible.
La question : Est-ce la plus belle de Sinner en Grand Chelem ?
Pour Jannik Sinner, battre Novak Djokovic n'est pas un exploit. Et pour cause. Il a désormais remporté ses quatre dernières confrontations avec l'homme aux 24 titres du Grand Chelem. Mais ramener ce Djoko-là à la raison en trois sets, dans un contexte presque hostile tant la foule parisienne avait décidé de prendre comme jamais fait et cause pour papy Nole, ça, oui, c'est colossal. Il faut mesurer cet accomplissement à sa juste valeur.
Le Serbe n'a d'ailleurs pas manqué de souligner que, dans l'adversité, son jeune rival avait prouvé vendredi soir de quelle trempe il était. Celle des grands, des vrais champions. Cette victoire-là se place en tout cas très au-dessus d'une autre demi-finale, face au même joueur, à Melbourne, il y a un an et demi. Djokovic était nettement moins présent dans le combat ce jour-là, même s'il avait pris un set.
Alors, est-ce la plus grande victoire en Grand Chelem de l'actuel numéro un mondial, même si ce n'était "qu'une" demie ? Peut-être l'effervescence du moment perturbe-t-elle notre jugement, mais la question se pose, en tout cas. Certes, battre Daniil Medvedev en finale de ce même Open d'Australie 2024 pour conquérir son premier grand titre était immense, surtout après avoir été mené deux sets zéro. Mais sa supériorité physique était telle qu'il avait presque déroulé. Là, seul un numéro un mondial, un patron, pouvait se tirer en trois sets de ce qui aurait pu devenir un vrai traquenard. Oui, peut-être Sinner n'a-t-il jamais été aussi grand.
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Pour Sinner, le diable est dans les détails
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