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Nadal, l'invraisemblable routine

Nadal, l'invraisemblable routine

Le 10/06/2018 à 21:02Mis à jour Le 10/06/2018 à 21:10

ROLAND-GARROS 2018 – Rafael Nadal, toujours seul sur terre, a remporté dimanche Roland-Garros pour la 11e fois de sa carrière. Total délirant, qui banalise l'irréel. Pour autant, vu son envie, son niveau de jeu et l'état actuel de la concurrence, il n'est pas interdit de penser que cette folle quête n'est pas encore achevée.

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Comme l'écrivait Antoine Blondin à propos d'Eddy Merckx sur le Tour de France, Rafael Nadal poursuit son surhomme de chemin à Roland-Garros. La glorieuse certitude du sport a encore frappé cette année Porte d'Auteuil. Il n'y a rien à faire contre un Rafael Nadal en pleine possession de ses moyens physiques. Depuis son retour au premier plan, qui a coïncidé avec le recul sensible de Novak Djokovic, personne sur le circuit n'est aujourd'hui en mesure de le battre à Paris. Le Djoker a été le dernier à lui poser durablement des problèmes sur terre, en tout cas au meilleur des cinq sets, format mortel pour tout adversaire se dressant sur le chemin de l'ogre de Manacor.

Comme Stan Wawrinka l'an passé, comme David Ferrer il y a cinq ans, Dominic Thiem a été loin du compte dans cette finale 2018. Il y a quelque chose qui relève presque de la routine dans cette marche en avant permanente que rien ne semble pouvoir arrêter, ni même freiner. Gagner un tournoi du Grand Chelem est une performance hors normes. C'est un fait exceptionnel. Il n'y a rien de banal là-dedans et, pourtant, il devient tentant de voir dans ce 11e titre une forme de normalité. Nadal banalise l'extravagant à travers son invraisemblable routine.

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Le gouffre

Ce nouveau sacre n'avait pas tout à fait la même portée émotionnelle et symbolique que celle de l'an dernier. La decima marquait un cap historique, que personne, en tout cas pas moi, n'aurait imaginé vivre un jour, et surtout pas à Roland-Garros. Mais Nadal l'a fait. En ajoutant une couronne de plus, il met encore davantage de distance entre lui et le reste de l'histoire de son sport pour ce qui concerne la terre battue.

Imaginez que le Majorquin compte désormais presque le double de titres de son plus proche poursuivant à l'échelle de l'histoire, Bjorn Borg. Sachant que Borg, déjà, possédait deux fois plus de titres que les plus gloutons derrière lui. C'est en cela que sa suprématie terrienne a quelque chose d'irréel. Roger Federer s'est octroyé l'an dernier le record de victoires à Wimbledon avec son huitième succès, mais Pete Sampras (et Willie Renshaw) n'est qu'à une unité derrière. Rien de comparable avec le gouffre qui sépare Borg, longtemps la référence ultime sur terre, et Nadal.

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Combinaisons ahurissantes

11 titres, c'est autant, par exemple, que Lendl, Wilander, Kuerten, Federer et Djokovic réunis, soit trois triples vainqueurs (ce qui n'est quand même pas rien) et deux des plus grands champions de l'histoire du tennis. 11 titres, c'est aussi trois de plus que les Mousquetaires français réunis, Cochet, Borotra et Lacoste, qui ont donné aux Internationaux de France leurs premières lettres de noblesse en trustant les huit premières éditions. On pourrait, ainsi, multiplier les combinaisons ahurissantes à l'infini.

Borg, sur terre, Sampras ou Federer, sur herbe, ont connu des périodes de domination exceptionnelles. Mais rien d'approchant, rien qui puisse être mis sur un pied d'égalité avec la manière dont Rafael Nadal, depuis bien plus d'une décennie maintenant, martyrise la concurrence sur sa surface fétiche. Sa suprématie, par son ampleur comme par sa durée, a quelque chose d'unique.

Au point qu'on peut sérieusement se demander jusqu'où elle peut l'emmener, et nous avec. L'avenir de l'écrasante domination nadalienne est une équation à deux inconnues. Elle peut s'arrêter de son propre fait, ou par l'émergence d'une nouvelle menace extérieure. Pour la seconde, je ne retiens pas mon souffle. Dominic Thiem était son challenger légitime. Sans vraiment démériter, il a pu mesurer dimanche à quel point il était encore loin du compte. A 24 ans, il peut encore progresser, bien sûr. Mais ce n'est pas comme s'il était passé tout près dans cette finale. Qui d'autre ? Zverev ? A voir, même s'il est encore très jeune. Un retour de Djokovic au premier plan ? C'est encore très hypothétique.

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Pour lui, tout dépendra du corps

Non, le principal obstacle sur la route de Nadal, c'est Nadal lui-même. Il a 32 ans, et son corps peut (re)devenir un frein à tout moment, comme lors de la période 2015-2016. Il est improbable qu'il puisse être gagné par une forme de lassitude semblable à celle qui a cueilli Djokovic voilà deux ans. Compétiteur absolument hors normes, Nadal prend toujours autant de plaisir à jouer, et plus encore, à gagner. Je le vois mal amorcer un abrupt déclin à cause d'un manque d'envie. Pour lui, tout dépendra donc du corps. Et tout sera une question de timing. Il y a deux ans, son poignet l'a lâché en plein Roland-Garros. Fin 2017 et début 2018, il a enchainé les blessures. Mais il est revenu à temps pour opérer une nouvelle razzia sur terre.

Si, l'an prochain, l'Espagnol aborde le printemps dans les mêmes conditions que cette année, il n'y a vraiment aucune raison d'envisager qu'il puisse être moins performant sur terre battue que lors de ces deux dernières campagnes. Alors, un 12e titre en 2019 ? Pourquoi pas. Après son quadruplé (2005-2008) et son quintuplé (2010-2014), il a amorcé une nouvelle série qui pourrait même l'amener à compter autant voire plus de titres dans ce seul tournoi que Pete Sampras sur l'ensemble de sa carrière en Grand Chelem. Je n'imaginais pas voir un jour quelqu'un gagner 10 fois Roland-Garros. Aujourd'hui, je me dis que voir Nadal s'approcher, voire atteindre la quinzaine, ne relève pas complètement de l'impossible.

Rafael Nadal est toujours le maître de Roland-Garros.

Rafael Nadal est toujours le maître de Roland-Garros.Getty Images

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