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Paire : "À un moment, ce n’était plus du tennis…"

Paire : "À un moment, ce n’était plus du tennis…"

Le 03/06/2019 à 17:17Mis à jour Le 03/06/2019 à 17:36

ROLAND-GARROS - Eliminé en huitième de finale ce lundi après avoir remonté un débours d’un set et servi pour le match dans la manche décisive, Benoît Paire a été très lucide quant à son niveau de jeu face à un Kei Nishikori loin d’être irréprochable. S’il était évidemment déçu de l’issue finale de son drôle de combat, il a aussi voulu mettre en avant son tournoi comme gage d’un avenir meilleur.

Tout pratiquant de tennis connaît cette sensation. De 7 à 77 ans, les syndromes sont les mêmes. Chez les pros comme chez les amateurs. Ce bras qui tremble. Cette accélération cardiaque. Ces questions qu’on a chassées pendant toute la partie et qui s’accumulent d’un coup, tel un tsunami, dans notre cerveau. Souvent, au pire moment. Quand il s’agit de conclure. "C’est la beauté de ce sport", a glissé d’entrée Benoît Paire ce lundi en conférence de presse après son élimination en cinq sets face à Kei Nishikori (6-2, 6-7, 6-2, 6-7, 7-5). La beauté mais aussi la cruauté.

C’est d’un pas déterminé que Paire s’est présenté en conférence de presse après sa rencontre. Pas dans son meilleur jour bien sûr, impossible après une telle défaite, peut-être la plus grande occasion ratée de sa carrière, mais clairement pas au fond du trou. "Ce n’est jamais facile de terminer un match, a-t-il d’abord expliqué, philosophe, à une journaliste japonaise. Normalement, je dois perdre ce match en trois ou quatre sets… J’étais assez tendu dans le tie-break du quatrième mais c’était pareil pour lui. Il a fait deux ou trois doubles fautes dans le jeu décisif alors que normalement, il les gagne ceux-là. Ça a été presque pareil pour moi à 5-3 dans le dernier set".

S’il fallait symboliser ce match en une séquence, le tie-break du quatrième, remporté 10-8 par le Français après deux balles de match grossièrement ratées par Nishikori, serait idéal. Le résumé d’un match au couteau certes, mais terrible en termes de niveau de jeu. Après coup, l’Avignonnais ne disait pas autre chose : "On l’a vu aussi dans le tie-break du quatrième, pour Kei, c’était la même chose : il a fait des doubles fautes dans des moments importants, les balles ne passaient quasiment plus, ce n'était plus du tennis, c'était juste dans la tête à essayer de mettre juste la balle de l'autre côté du terrain, a-t-il détaillé. A 5-3, je me suis retrouvé un peu dans cette situation et lui, il a serré le jeu". La différence se fait là. Mais aussi dans la tête.

Vidéo - Ce fut une guerre d'usure et Paire l'a perdue : les temps forts de sa défaite face à Nishikori

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" Quand tu sers à 5-3, tu veux jouer le quart de finale contre Nadal"

Car, dans le jeu, Paire a été meilleur ce lundi. Ou moins mauvais, c’est selon. Physiquement au-dessus d’un Japonais inquiétant au service, l’Avignonnais a rapidement eu de quoi matérialiser sa supériorité du jour. Un break pour mener 4-1 dans la dernière manche mais surtout ce jeu de service à 5-3 pour conclure le match et s’offrir une grande première en Majeur. L’autre symbole de ce drôle de huitième de finale. Raté.

"Quand je me retrouve à gagner le quatrième alors que celui-là je dois le perdre, que je me retrouve à mener dans le cinquième 4-1, cela cogite un peu dans ma tête et on commence à penser à la suite, on se dit : on est proche de la victoire, a-t-il avoué. Ce n'est surtout pas ce qu'il faut faire mais, ce n’est pas ma faute, honnêtement, tout le monde y pense. J'ai beau me dire : non, n'y pense pas, super…". Autrement dit, ça lui fait une belle jambe.

"Ce qu'il y a, c’est que quand tu sers à 5-3, tu veux jouer le quart de finale contre Nadal", a-t-il finalement lâché. Entre vouloir et pouvoir, le fossé est parfois grand. Paire a pu le constater, à contre-cœur mais presque sans regret à l’écouter.

Benoît Paire

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" Il y avait souvent ceux qui ne m'aiment pas trop parce que je m'énerve"

Parce que, mine de rien, le Français s’est prouvé des choses Porte d’Auteuil cette année. Et a même été récompensé de matches à émotions fortes, à l’image de son duel épique face à son ami Pierre-Hugues Herbert au 2e tour. "Ce que je retiens aussi, je n’en ai pas beaucoup parlé, c'est le public : pour moi, j'ai rarement vu des ambiances comme celle-là, j’ai rarement eu cela à Roland-Garros, a-t-il glissé dans un sourire qui en disait long. Dès mon premier match, cela a été exceptionnel. […] Il y avait souvent ceux qui ne m'aiment pas trop parce que je m'énerve mais là c'était plus la France contre le reste du monde. C'est vrai que j'ai pris énormément de plaisir et je me suis régalé. Bien sûr, je suis déçu d'avoir perdu mais ça restera quand même, quoi qu'il arrive, des souvenirs incroyables. Quand j'aurai des enfants, quand je serai plus vieux, quand j'aurai une copine, je pourrai leur raconter tout cela et leur montrer des vidéos".

Des vidéos dans lesquelles il faudra cependant couper ces vilaines doubles fautes et toutes ces occasions manquées. Car Paire est passé à côté d’un gros coup. Son Roland-Garros est effectivement réussi si l’on s’en tient à ses objectifs initiaux : la deuxième semaine. Mais rien n’enlèvera ce gout amer d’une fin où son bras n’aura pas répondu comme il l’aurait fallu. Le bras qui tremble, un syndrome que l’on aurait aimé croire réservé aux licenciés les moins aguerris. Mais qui touche finalement l’un des derniers espoirs français à Roland-Garros. Toujours au pire moment possible.

Vidéo - Paire : "Quand j'aurai des enfants et une copine, je pourrais leur raconter tout ça

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